Blogception

Le Top 3 2019 des Nostroblogeurs

Une année s’achève et une autre commence, l’heure est donc aux bilans sur Nostroblog, et quoi de plus ludique que dresser des petits classements commentés ? Certainement pas livrer des colis en terres désertiques et hostiles, déjà. Encore moins ronchonner car il y a trop de tops sur internet en ces temps de fêtes. Voilà. Alors amusons-nous et revenons sur cette année 2019 riche. Car même si on a moins été actifs sur le blog durant cette année, on n’a jamais cessé de s’adonner à nos activités préférées : lire et écrire pour moi, Joan, regarder des films et des séries ou se plonger dans des jeux vidéo pour d’autres. Mais tout cela, vous le découvrirez en lisant nos différents tops. Bonne lecture !

BOBO

Now Apocalypse

J’avais découvert Gregg Araki avec son Kaboom au début de la décennie, et cette série en 10 épisodes est dans la même veine. On y suit Ulysses, jeune adulte un peu paumé, et dont la quête pour trouver l’amour est régulièrement troublée par d’étranges visions d’un alien reptilien (?) en plein acte sexuel (??) avec un humain (???). Abus de drogues ou véritable complot ?… Alors qu’Ulysses tente de trouver un sens à sa vie, il va devoir aussi trouver un sens à ses possibles hallucinations…

C’est donc un récit « slice of life » plutôt très sexy et frôlant à chaque fin d’épisode le WTF que nous offre Gregg Araki, avec un casting charismatique (Roxane Mesquida en scientifique grincheuse, Tyler Posey de Teen Wolf, Beau Mirchoff, le colocataire d’Ulysses en scénariste un peu teubé…), des dialogues ciselés et évidemment beaucoup de situations rocambolesques. Les épisodes s’enchaînent sans bouder son plaisir. Seul bémol : l’annulation par Starz (aux dernières nouvelles, Araki essayait de vendre la série à d’autres networks) en plein cliffhanger.

Divines ~ Eniale & Dewiela

Ce fut une très bonne année niveau manga, entre le très attendu Blue Flag, la surprise Ragna Crimson et quelques autres titres cités par mes collègues ici même ou dans des articles publiés précédemment. Mais pour moi, le titre que j’étais ravi de retrouver, avec impatience même, ce fut Divines, trilogie de Kamome Shirahama, déjà connue pour L’atelier des Sorciers (également chez Pika).

Ici, la mangaka nous propose de suivre les déboires d’une ange et d’une démone en constante guéguerre, puisque leur objectif est d’amener le plus d’âmes chez elles : au Paradis pour l’une, en Enfer pour l’autre. Leurs inlassables chamailleries dégénèrent toujours et donnent lieu à des situations abracadabrantesques, avec par exemple un chihuahua devenu géant en plein New York !

Le tout est richement mis en scène, et avec talent. L’autrice sait mettre en avant les tenues et les poses de ses personnages (par exemple avec la séance de shopping du premier tome). De plus, le background religieux est bien utilisé : tout ce qui est démonologie avec Dewiela, la hiérarchie des anges avec Eniale, des prêtres et des exorcistes… Un univers très riche, mais qui s’interrompt très brutalement, sans réelle fin. Dommage.

DAMIEN

Un kleenex soyeux parfumé à la menthe :

Je pourrais parler du magistral Les Liens du Sang de Shuzo Oshimi chez Ki-Oon,

Je pourrais parler du superbe Beastars de Paru Itagaki chez Ki-Oon,

Je pourrais parler du merveilleux BL Métamorphose de Kaori Tsurutani chez Ki-Oon,

Je pourrais parler du surprenant Natsuko no Sake d’Akira Oze chez Vega,

Mais voilà, quitte à en choisir un seul, autant prendre à la fois le plus court (il s’agit d’un one-shot) et le plus émouvant. Au sens littéral du terme. C’est la seule nouveauté 2019 à avoir été capable de me faire verser de vraies larmes de bonheur et de tristesse. Chiisako Garden marque d’abord le grand retour en France de Yuki Kodama, l’autrice qui nous avait enchanté avec Kids on the Slope chez Kaze (tapez son nom dans la barre de recherche du blog et vous trouverez une mine d’articles et d’analyses autour de ce manga hors-pair).

chiisako-garden-vega

Ce titre se constitue de 5 récits mettant en scène des humains ayant la capacité de voir et de communiquer avec de petits lutins nommés les chiisakos. Bien évidemment, ceux qui ne les voient pas croient très difficilement à leur existence. Pour entrer en contact avec eux, il faut respecter une seule règle : n’être jamais tombé amoureux. Et accessoirement ne pas leur nuire. De leur côté, ils donnent leur avis sur une situation donnée ou bien conserve une forme de neutralité, teintée de fatalisme, sans oublier de passer du bon temps avec les gens qui peuvent les voir. Mais voilà que certaines rencontres laisseront de profondes traces dans l’existence de quelques personnages, comme l’autrice Mitsuru ou encore l’éditeur Araï.

Cette lecture atemporelle est subjuguée par les rapports humains/chiisakos où l’on se ressource avec une louche de sourires et une citerne de larmes sucrées-salées. C’est enivrant, émouvant et bouleversant. Ne pas lire ce titre serait une erreur monumentale.

J’avais déjà dit tout le bien que je pensais de Vega avec Peleliu dans mon Top 2018. Je récidive. Et c’est amplement mérité.

« Coucou, tu veux voir mon secret ? » :

La lecture de Régression, second roman de Fabrice Papillon, s’est décidée en une fraction de seconde. La raison ? Sa couverture.

Régression

La promesse d’un thriller qui voyage à travers le temps, du Paléolithique à nos jours ? Ce n’est qu’après l’avoir dévoré en une journée que j’ai décider de lire la quatrième de couverture (qui passe encore mieux avec le thème principal de Terminator ou Rambo dans les oreilles).

Ils sont prêts.

Ils reviennent d’un lointain passé, d’une époque glorieuse.

Ils forment ce que Socrate et Homère nommaient déjà la race d’or.

Ils viennent sauver la terre, et les hommes qui peuvent encore l’être.

Pour les autres, ils n’auront aucune pitié.

Et cet avertissement sonne très juste puisqu’on assiste aux prémices d’une guerre dont les conséquences seront aussi violentes que les deux guerres mondiales réunies. A la frontière entre histoire, science, fantastique et ésotérisme, cet éco-thriller dresse un constat évident depuis quelques décennies : l’homo sapiens (autrement dit, nous) détruit plus qu’il ne construit. Pollution, disparition d’espèces vivantes et/ou de leurs habitats, réchauffement climatique, nucléaire, etc. Bref, autant de méfaits que nous avons commis depuis près de 40.000 ans. Soit depuis la disparition d’une autre race. Et si cette dernière était toujours là, tapie dans l’ombre, attendant sa vengeance ?

C’est sur cette interrogation de prime abord farfelue que ce livre va nous balader d’un lieu à un autre (Corse, Sibérie, Allemagne, etc.) et d’une époque à une autre (Paléolithique, Antiquité, XIXème siècle, etc.) pour comprendre les raisons qui ont poussé une ou plusieurs personnes à commettre des crimes atroces en divers lieux géographiques judicieusement choisies. Assemblées bout à bout, ces scènes de boucherie dévoilent un message en filigrane à l’attention des Sapiens comme Vannina Aquaviva, capitaine de gendarmerie à la section de recherche d’Ajaccio, et le commandant Brunier : il est grand temps que vous en preniez plein votre mouille, sans distinction d’âge, de sexe ni de classe sociale. Tou.te.s concerné.e.s, tou.te.s coupables.

Ce thriller promet effectivement une plonge spatio-temporelle vertigineuse et captivante, truffées de mythes antédiluviens (Thulé, les Hyperboréens), des données scientifiques sur les génomes préhistoriques, des faits historiques (avec son incontournable Point Godwin sinon ce n’est pas amusant) ou encore un lot d’actions titanesques. Un livre qui peut faire progresser chacun d’entre nous sur ce que nous faisons subir, involontairement ou non, à notre Mère…

Une corne d’abondance :

Découverte en 2017 via le compte twitter d’Ugo (Confessions d’Histoire) dont j’ai déjà dit le plus grand bien dans un top précédent, Herodot’com est une chaîne de vulgarisation historique conçue et animée par Frédéric Louarn depuis sa création à l’automne 2015. Ce sémillant personnage nous narre, entre autres, les péripéties des croisées (pour la période allant de 1095 à 1099), de certains pirates ou encore le compte à rebours de la chute de Constantinople. Passionné et passionnant, le vidéaste est un « contextacteur » : un conteur sans prompteur qui contextualise un maximum ses sujets d’études à grands renforts d’outils bibliographiques, disponibles dans les descriptions de chaque vidéo. Là où d’autres présenteraient sommairement la croisade dès l’appel d’Urbain II, ce sympathique gonze remonte le temps afin de saisir les origines sémantiques et géopolitiques de ces expéditions militaro-religieuses.

Ses vidéos sont captivantes avec l’ajout de cartes et de portraits, le tout emballé dans un langage familier mais pas vulgaire. Elles sont très souvent entrecoupées d’extraits de films (ex : La Folie des Grandeurs, Les Barbouzes) ou de séries (Kaamelott) pour appuyer certains faits cocasses et ainsi offrir une respiration dans cet océan de savoirs qu’il nous partage. Sauf ici, ce qui en fait néanmoins, à mon sens, une de ses meilleures vidéos :

Forte d’une communauté solide et solidaire (conseils, financement, etc.), la chaîne Herodot’com devrait franchir l’an prochain le cap des 50.000 abonné.e.s. Il est à noter que Frédéric ne recherche pas à tout prix la visibilité « putaclic » en adoptant un rythme quantitatif effréné (et superficiel) pour conserver une constance dans sa quête de contenus réfléchis et de qualité avec une moyenne d’environ une vidéo par mois. Il a gagné en puissance ces derniers temps en concluant la Première Croisade, en terminant son projet autour de l’avant et l’après-chute de Constantinople et en nous faisant voyager avec des ouvrages aussi méconnus que remarquables. Regarder une vidéo sur cette chaîne revient à manger une boîte de macarons Ladurée : c’est délicieux et on évite d’en perdre une miette.

Camarades de tous les FAI, abonnez-vous !

D’s©

ECK

DEATH STRANDING

Death-Stranding

Attendu depuis son annonce, avec ses trailers mystérieux qui annonçaient un univers vraiment nouveau et incompréhensible, Death Stranding se sera montré plus en profondeur que sur la fin. Un peu trop même, à croire que Hideo Kojima s’est vu obliger de dévoiler davantage de gameplay et d’histoires pour lever un peu le voile sur sa création somme toute singulière. Et effectivement, qui aurait pu imaginer que le jeu final allait être ce qu’il est ? Une aventure à travers un monde post-apocalyptique en pleine reconstruction, une fable sur la paternité, un jeu à la fois d’exploration, d’horreur et de rêves. C’est un véritable vent de fraîcheur sur une industrie parfois trop concentrée sur la violence et qui rend gratuit le meurtre, là où Death Stranding attache une importance intra-diégétique primordiale à ce sujet et rend chaque acte important et pousse à la réflexion. Pas compris de tous, pas forcément aimé de ceux qui s’attendaient à un jeu d’action en monde ouvert, cette oeuvre est néanmoins généreuse et saura offrir un road trip fort en émotions et découvertes, où chaque pas pour reconnecter les réfugiés sera gratifié et où l’effort paie. Death Stranding est disponible sur PS4 (été 2020 sur PC).

SAMURAI 8

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Encore un renouveau, après le retour de Kojima voici un autre japonais populaire qui revient en force : Masashi Kishimoto, le papa de Naruto. Cette fois seulement au scénario, avec un ancien assistant devenu dessinateur à part entière, qui sait rester fidèle au style du maître, Akira Okubo. En 2 tomes, il est difficile de réellement juger l’histoire mais l’univers et le parti pris graphique sont par contre bien là : du space opera aux relents de conte épique et une touche visuelle qui flirte du côté de Moebius, où l’onirisme enivrant de paysages vus depuis le ciel nous fait flotter. L’aventure avec un grand A, avec ses héros, princesses, et autres rencontres au hasard d’un long chemin. L’univers prend place dans une sorte de mélange de Japon féodal et post-cyberpunk, avec du transhumanisme teinté de philosophie bushido. C’est curieux, c’est prometteur et on redemande. Samurai 8 est publié par Kana.

WATCHMEN

Watchmen

Premièrement : lire ou relire Watchmen, oeuvre culte que je n’oserais pas présenter tant ça demanderait de temps et de pages à noircir. Deuxièmement : regarder la série de Damon Lindelof. Troisièmement : n’avoir plus que ses yeux pour pleurer. Merci d’être passés, n’oubliez pas de laisser un pouce bleu et d’activer la cloche. … Quoi dire sur la série Watchmen ? Que c’est la suite dont personne ne voulait mais que l’on ne peut plus refuser maintenant tant elle fait du bien ? Que c’est un complément contemporain à une oeuvre politiquement ancrée dans un contexte d’époque qui a certes varié, mais dont les fondements sont intemporels ? Que Lindelof est un génie du cinéma (bien qu’il était impossible d’en douter en ayant vu The Leftovers) et qu’il a su réaliser coup sur coup parmi les meilleurs épisodes de séries TV ? Bah oui on peut le dire, car ça serait être malhonnête que de l’ignorer. La série est savamment dosée entre mystères et révélations du début à la fin pour que tout fasse sens, en respectant la mythologie et l’esprit de l’oeuvre originale de Alan Moore, sans dénaturer ni altérer le propos initial, et en ajoutant davantage de profondeur ainsi qu’un suivi sur les années post-final du bouquin, et réussi avec brio. Un talent qu’il est rare de témoigner mais qui déborde d’amour pour le matériel de base. Encore merci. Watchmen peut être vu sur HBO / OCS.

EL TOOMS

Midsommar

Midsommar

Véritable séisme dans le panorama de l’horreur, le second film d’Ari Aster balaie la nuit du pacte habituel de la peur et de l’angoisse. Il vient offrir un cauchemar et un malaise en plein jour sans complexe mais venant très vite prendre à la gorge le spectateur. Pire encore, il accentue encore le malaise en lui donnant une grâce inédite pour un genre souvent éclipsé par d’autres besoins esthétiques. J’espère avoir l’occasion d’en partager plus avec un article qui dort depuis trop longtemps mais c’est clairement un film qui marque les esprits bien après sa séance. Encore maintenant, à l’heure où j’écris, je ne verrai plus jamais le pittoresque d’un hameau de la même manière. Il est évident que je scruterai avec minutie le Director’s Cut et la suite de la carrière du réalisateur car l’ascenseur émotionnel en appelle d’autres.

Errance

errance inio asano

Histoire de prouver qu’il est encore le maître des lieux dès qu’il s’agit d’agencer les bulles et les fulgurances de ses dessins, Asano signe à nouveau un bijou d’introspection avec Errance. Son grand retour au one-shot après Le champ de l’arc-en-ciel et La Fin du monde avant le lever du jour est une bénédiction. Un livre qui ne laisse pas indifférent, centré sur les difficultés qu’implique le métier de mangaka et plus généralement sur les métiers d’art. Asano se nourrit à merveille du sujet et il va encore asséner des portraits et des planches mémorables qui s’impriment durablement sur les rétines. Il dissèque en profondeur les conséquences d’une panne sèche d’inspiration survenue sans crier gare. Un abysse incompréhensible se dresse. Et un sentiment d’injustice s’installe après le flot des flûtes de champagne des premiers succès.

Chernobyl

chernobyl

Certainement le projet de série le plus ambitieux de l’histoire par sa volonté de reconstitution et de restitution des faits, Chernobyl marquera les esprits peut-être plus loin que 2019. Preuve en est sa présence constante dans la plupart des classements de la décennie irradiant actuellement les réseaux. HBO a bien compris qu’il fallait l’aborder comme un divertissement de premier ordre et a mis les moyens pour dynamiser la mini-série comme un récit et non comme un documentaire. Résultat sans appel. Truffé d’excellents d’acteurs parfaitement dans leurs gants pour assumer le drame et fournir de troublantes anecdotes, porté par un étincelant Jared Harris dans sa quête de l’urgence et de la vérité, Chernobyl ne pose jamais un pied au sol et signe un sans faute dans la toile chargée de 2019.

2020 ?

Une année folle pour la culture semble s’amorcer pour la décennie à venir et tous les domaines sont en ébullition. Dans les salles, les retours de Sam Mendes (1917), Christopher Nolan (Tenet) ou Denis Villeneuve (Dune) entre dizaines d’autres. Le « à la demande » sera extrêmement riche avec les retours d’Euphoria et de Westworld, le rouleau compresseur Disney+ avec Moon Knight, la fraîcheur avec Sandman et Little Fires Everywhere et un retour royal avec Le Seigneur des Anneaux. Galettes non négligeables avec les retours de Dooz Kawa, Green Day, Tame Impala, Mint Julep ou encore Bohren & Der Club of Gore sans parler du tout premier album solo de l’incroyable Kate Davis. Les romans comme les comics et l’ensemble des bulles occidentales ne sont pas en reste même si mes envies se situent à contre-courant chronologique notamment avec l’œuvre de Damasio ou les travaux herculéens de Kirby. Enfin le bout des doigts n’aura pas fini de me démanger entre les incroyables promesses de Sucker Punch (Ghost of Tsushima), CD Projekt (Cyberpunk), Naughty Dog (The Last of Us 2) et la future addiction Animal Crossing en mars prochain.

KEVO

Mister Miracle de Tom King et Mitch Gerads (histoire complète en un volume, on apprécie)

Mister Miracle

Scénariste vedette aux États-Unis, Tom King a alterné un run de 3 ans pour Batman et différentes séries courtes, plus intimistes. Après la Vision pour Marvel, il réinvente Mister Miracle, qui lui permet d’aborder l’histoire des new gods par un héros qui cherche à fuir la guerre pour se consacrer à sa famille. Le résultat est un récit brillant, à la fois métaphore de ce que vivent les soldats de retour du front et vrai récit de super héros, intime et épique, dépressif et optimiste.

Hunter X hunter – Yoshihiro Togashi

Hunter_x_Hunter

Je n’avais jamais lu le grand œuvre de Togashi, et pour être honnête je l’ai malheureusement en grande partie découvert via l’animé disponible sur Netflix. Je n’ai pourtant qu’une envie, celle de tout lire. Si la série reprend bien le scénario, elle ne rend pas justice au dessin de Togashi, qui se transforme de mignon à ultra réaliste, de détaillé à nerveusement esquissé, à l’image de ses personnages joviaux et pourtant tout entiers mus par leurs pulsions de meurtre. Hunter X Hunter est un feuilleton palpitant, porté par des personnages charismatiques, des combats spectaculaires et des pétages de plomb complets. Il est aussi un récit moralement trouble, porteur d’une vision de l’humanité et de la politique étonnamment critique. Plus que jamais fascinant, à redécouvrir et relire.

Watchmen – Damon Lindelof

On pouvait craindre le pire à l’annonce du projet, après la déception de Before Watchmen, qui réunissait beaucoup de talent pour ne rien raconter. Lindelof décide lui de s’approprier l’œuvre pour non seulement la continuer, mais aussi lui faire dire d’autres choses, de telle manière que la série est tout autant une suite qu’un palimpseste. Les 9 épisodes réussissent à mêler récit feuilletonnesque et réflexion sur l’ancrage du racisme dans la société américaine. Beau, intéressant, avec une super musique de Trent Reznor et Atticus Ross, Watchmen est l’exemple du projet casse gueule parfaitement géré. Bravo.

Quelques remarques sur l’année écoulée

– En termes d’animation pour adulte, le bilan est contrasté entre d’un côté la très bonne santé artistique et d’un autre côté, un bilan financier peu spectaculaire. On a pu voir des films aussi différents que Les enfants de la mer, Buñuel après l’âge d’or, Promare (trois films distribués par Eurozoom, merci à eux) ou J’ai perdu mon corps. Aucun de ces films n’a dépassé les 200 000 entrées, et le tout cumulé a fait moins d’entrées que Dragon ball super : Broly, qui lui-même est un semi-succès quand on compare les 500 000 ventes du manga. Combien de temps pourra perdurer cette belle diversité quand les prises de risques se soldent par des échecs ? En tout cas, au Nostroblog, on aime ces œuvres un peu marginales, et on vous invite fortement à les découvrir.

– Autre remarque : en matière d’édition, les destins croisés de Ki-Oon et Komikku. D’un côté Cécile Pournin et Ahmed Agne, les créateurs de Ki-Oon, ont fêté les 15 ans de leur maison d’édition en recevant le prix du meilleur éditeur de la part des lecteurs de la revue professionnelle de référence Livres Hebdo. D’un autre côté, Komikku a vécu une année effroyable, avec des parutions retardées et une kommunication chaotique, entre lourd silence et posts facebook qui ne font que provoquer de nouvelles polémiques et incompréhensions. Pas étonnant dès lors de voir qu’une série vedette comme Beastars, qui aurait été cohérente dans le catalogue de Komikku, ait finalement été éditée par Ki-Oon. On peut même craindre le pire pour l’éditeur de The ancient magus bride et L’enfant et le maudit.

On gardera espoir malgré tout en pensant à Panini qui, après avoir réussi à foirer le démarrage des rôdeurs de la nuit et s’être fait détester par à peu près toute la communauté manga pour son absence de fiabilité, a changé de tête pensante et semble prendre de bien meilleures décisions.

LUDO

Control

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Impossible de faire un top sans parler jeux vidéo et encore moins possible de ne pas parler de Control. Sorti tranquillement à la fin de l’été 2019 sans en faire des caisses mais avec l’intention de se faire remarquer, ce jeu développé par les finlandais de Remedy a marqué mon esprit et fracassé mon petit coeur. Je pourrai en parler des heures mais essayons de faire bref en parlant d’un jeu qui mélange à merveille le fantastique et le grotesque avec une élégance folle. Ce metroidvania moderne possède une direction artistique qui permet de découvrir le brutalisme, un courant architectural étonnant et un sound design très travaillé. Idéalement, il faut y jouer dans le noir et au casque. Il faut également favoriser la version PC ou alors miser sur la One X et la PS4 pro (et encore). Remedy a réalisé Max Payne qui est aujourd’hui leader de mon coeur et Control en est aujourd’hui son parfait héritier.

Chernobyl (HBO)

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Cette année, j’ai été plutôt gâté avec les secondes saisons de Mindhunter et Dark puis la série Watchmen qui, même si le final s’est montré un peu décevant, possède des épisodes marquants. La bande son signée Reznor et Atticus Ross est une compagne bouleversante. Mais en 2019, c’est Chernobyl qui m’a mis une claque. Avec une justesses déconcertante, les 5 épisodes d’environ une heure chacun relatent les événements avant, pendant et après la catastrophe nucléaire de 1986. Par justesse, j’entends par là le ton grave employé par Craig Mazin et Johan Renck (respectivement créateur, scénariste et réalisateur) tout au long de cette mini-série. Le récit est pas mal critiqué pour certains faits évoqués mais qu’importe, l’essentiel reste glaçant avec un casting plutôt réussi même si on peut regretter qu’il ne comporte aucun.e acteur.ice russe, ukrainien.ne ou d’ex-URSS.

Solanin

Je clôture mon top 3 2019 en trichant grossièrement mais avec beaucoup d’amour. J’ai enfin découvert Solanin. Enfin, car c’est avec Nostroblog et Joan que j’ai entendu parler de cette merveille et cela dès mon entrée dans l’équipe il y a presque 6 ans. Je ne suis pas un lecteur de manga à cause d’un manque de connaissances, de curiosité et de temps. Ceci dit, si je dois me prendre une baffe aussi violente que Solanin à chaque fois que je décide de m’y mettre alors je pense répéter l’opération plus souvent. L’histoire de Meiko et Taneda m’a ramené à ma jeunesse puis mes débuts dans la vie active avec tout ce que cela peut comporter en terme de naïveté et de “violence”. J’ai déjà coché Bonne Nuit Punpun sur ma liste mais juste avant je dois découvrir Spirale.

JOAN

Difficile de dresser un bilan de l’année tant il y a eu de nombreuses merveilles, que ce soit au cinéma, en série ou même en jeu vidéo. Et pourtant, c’est bel et bien sur trois mangas que vont se porter mes choix, tout simplement car j’aime ces auteurs plus que de raison, ce que les fidèles du blog savent. Sans plus tarder et sans trop de suspens, voici mon top 3 :

Les Liens du Sang de Shuzo Oshimi

les liens du sang manga visuel

Difficile de passer à côté de la nouvelle série de Shuzo Oshimi, un auteur qui ne cesse de nous surprendre depuis qu’il a écrit Les Fleurs du Mal. Ici, il continue à nous livrer ses obsessions et ses troubles liés l’adolescence, en réinventant le thriller. Il dépeint une relation incestueuse provoquée par une mère instable tantôt érotique, tantôt horrifique. Si le propos ou la manière dont les thèmes sont abordés rendent ce manga fascinant, je suis surtout marqué par l’évolution graphique de l’auteur. Car oui, depuis Les Fleurs du Mal, je connais évidemment son talent pour raconter ses troubles liés à la jeunesse, mais plus le temps passe et plus ses récits me parlent d’un point de vue purement esthétique. Il se dégage de sa dernière série un parfum qui m’enivre, à tel point que je ressens l’ambiance de manga s’ancrer dans ma chair, comme si j’y étais.

Errance d’Inio Asano

errance manga visuel

Impossible pour moi de me lancer dans la rédaction d’un top sans garder une place au chaud pour mon auteur de cœur, Inio Asano. C’est un artiste qui a su me parler à travers chacune de ses œuvres, toutes correspondant à mon état d’esprit ou mon vécu au moment où je les ai lues. Peu de temps après mon article sur la mise en abyme du manga chez Inio Asano, il a annoncé se lancer dans un titre mettant en scène un mangaka : Errance. En résulte un récit en grande partie autobiographique au sein duquel l’auteur démystifie la figure du mangaka. Il y présente une relation d’amour à l’excès pour le média, qui se mue en haine à tel point qu’il en vient à rejeter les productions des autres ou même sa femme, éditrice. C’est sans aucune concession qu’Inio Asano livre un témoignage sur son métier bien plus pertinent que celui des deux rêveurs de Bakuman. Comme Godard avec Le Mépris, Lynch avec Mulholland Drive ou plus récemment Tarantino avec Once upon a time in Hollywood, j’attends d’un artiste qu’il aime tellement ce qu’il fait que cela lui donne envie de créer une histoire dans son élément. Et Errance, avec en plus son intonation autobiographique, est sans aucun doute le meilleur manga sur le manga que j’ai lu.

Les Fleurs du Mal de Kazuo Kamimura et Hideo Okazaki

les fleurs du mal manga visuel

Kazuo Kamimura… Encore un auteur que les fidèles du blog connaissent forcément. Son association avec Hideo Okazaki est magique, puisqu’elle avait déjà donné naissance à l’un de mes mangas fétiches, Le Fleuve Shinano. Cette fois, les deux auteurs nous plongent en plein empire du vice, où l’art floral se mêle au sadisme. Des pratiques sexuelles malsaines sont dépeintes avec horreur et poésie, mettant à mal tout ordre moral, dont les garants, ministres et importants hommes d’affaires, sont de toute façon impliqués. La valse macabre dessinée avec grâce par Kazuo Kamimura est tellement sensuelle qu’elle en devient troublante. Le récit n’est évidemment pas à mettre entre toutes les mains, mais pour peu que l’on soit réceptif à l’érotisme malsain, plus proche de Sade que de Baudelaire, qu’il propose, il paraît bien difficile de résister à son aura fascinante.

Ils auraient pu y être :

  • Fleur de l’ombre de Kazuo Kamimura : Impossible de ne pas succomber au charme de Sumiko. L’auteur nous conte le quotidien d’une jeune femme à la fois abordable et inaccessible, sensuelle et mesquine, entre deuil, prostitution et voyage. Un manga magnifique que l’on voudrait sans fin.
  • Éveil de Taiyo Matsumoto : J’ai toujours le même rapport à l’auteur. En étant objectif, je vois à quel point ses mangas sont immenses, mais ils me touchent pour des raisons purement personnelles. Ici, je suis sensible au cycle de la vie qu’il décrit si bien, ainsi qu’au lien avec la nature.
  • Beastars de Paru Itagaki : Une plongée dans le monde des animaux humanoïdes vraiment passionnante. Les intrigues sont prenantes, les dessins et la mise en scène sublimes et les personnages sont tellement attachants… L’autrice réussit un tour de maître en créant une première série au style aussi marqué et accompli. Ce n’est pas pour rien qu’elle est la seule mangaka que je découvre pour la première fois parmi ma – je m’en excuse – bien trop longue sélection.
  • Chiisako Garden de Yuki Kodama : Lorsque l’autrice de Kids on the Slope revient en France, il faut s’y attarder. Elle crée un monde fantastique où se croisent diverses petites histoires jouant aussi bien sur la corde sensible que sur notre rapport à l’imaginaire.
  • La vie devant toi de Hideki Arai : Un autre retour, celui de l’auteur de Ki-itchi et The World is Mine. Pas connu pour faire dans la finesse, l’artiste revient tout de même avec un style plus posé, en adaptant un roman. En résulte un manga marquant qui offre une leçon de vie tant il aborde avec justesse des sujets tels que la place de l’individu dans la société ou encore le rapport à la mort.
  • Docteur Inugami de Suehiro Maruo : L’étoile noire du manga nous plonge cette fois dans un recueil de nouvelles mêlant la cosmologie et l’occultisme, avec un lot de personnages tous plus bizarres les uns que les autres. Nul besoin d’épiloguer, tant il est évident que le style de l’auteur me fascine toujours autant par le mélange entre son élégance et les horreurs représentées.
  • Miss Hokusai de Hinako Sugiura : Nous faisant découvrir O-Ei, fille du célèbre peintre Hokusai, le manga brille par sa richesse, et le fait que son autrice soit historienne n’y est pas étranger. Il est pointu et exigeant donc, mais il n’oublie jamais d’être passionnant, fantastique, drôle, impertinent ou émouvant.
  • Dans l’abîme du temps de Go Tanabe : Décidément, personne n’adapte mieux Lovecraft que le dessinateur japonais. Une nouvelle fois, il retranscrit à merveille l’horreur du reclus de Providence et nous en met plein les yeux avec ses illustrations époustouflantes. Voilà de quoi marquer mon imaginaire…

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