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Tales from the Loop, de l’artbook à la série

Derrière ce titre mystérieux se cache, à l’origine, une série de peintures de Simon Stålenhag (aussi connu pour les artworks de No Man’s Sky). Ici, on parlera de la série rétrofuturiste de huit épisodes développée par Nathaniel Halpern (aussi responsable de Légion, la série de mutants totalement psychédélique) et disponible légalement sur Amazon Prime depuis début avril. Situé à Mercer, Ohio, petite ville rurale, au milieu des années 1980, Tales from the Loop est une uchronie dans laquelle des individus normaux vont vivre l’extraordinaire à cause de cette machine, le Loop, dont le but est de rendre possible l’impossible. Les scénaristes vont donc s’inspirer des travaux de l’artiste suédois, décrivant des décors ruraux ou semi-urbains plutôt ordinaires, dans lesquels s’immiscent des robots ou machines, donnant au tout une impression d’anachronisme.

tales loop comparaison2
Artbook vs série tv

Dans la série, on retrouve ces éléments ça et là. Des enfants peuvent passer à côté d’un robot abandonné dans les bois sans s’émouvoir, comme si cela était banal. Cet esthétisme est conservé tout au long des épisodes. La rupture apportée entre l’aspect vieillot des bâtiments, des voitures ou de la mode et la modernité des structures imposantes visibles au lointain a quelque chose de fascinant. Mais cela ne suffit pas à captiver. Pour adapter un artbook en série, les images de cartes postales ne suffisant pas, il faut aussi raconter une ou plusieurs histoires.

Chaque épisode se veut indépendant des autres, comme si c’était une série d’anthologie. On retrouve les mêmes personnages d’un épisode à un autre, puisque tout se déroule dans la même ville. Ainsi, Jakob peut être le héros d’un épisode, puis se sera au tour de May, entraperçue quelques scènes. Chacun leur tour, ils subissent les conséquences des bizarreries technologiques, un peu comme dans Black Mirror, en moins pessimiste, et sauf qu’ici la technologie futuriste est comme laissée à l’abandon dans la forêt, le champ de blé ou le jardin du voisin. Les épisodes s’enchaînent sans logique apparente, avec une nouvelle petite histoire, sans oser poser trop de questions non plus.

the loop

Il faudra s’armer de patience pour voir un fil rouge se créer, grâce aux liens familiaux et générationnels. Ce fut d’ailleurs une source de soulagement de mon côté. J’avais peur de n’avoir que des épisodes stand-alone, alors qu’un tel récit pouvait prendre plus d’ampleur. Cependant, ce liant entre chaque épisode est parfois trop ténu, et du coup j’ai trouvé le milieu de saison un peu mou (honnêtement rien à cirer du mec qui utilise un  robot façon « mécha du pauvre » pour protéger sa famille car il est parano), le rythme de chaque épisode n’aidant pas. Une certaine situation arrivant très tôt dans la saison me poussait à continuer car je voulais savoir comment elle allait être résolue (je ne peux rien dire sans spoiler). Mais est-ce que j’ai envie de perdre une heure sur la romance mignonnette d’une jeune fille qui prolonge son idylle grâce à une machine à arrêter le temps alors que je sais qu’ailleurs dans la même ville au même moment une situation beaucoup plus dramatique est laissée en suspens ? Heureusement que les trois derniers épisodes sont bien plus captivants (en partie parce qu’ils reviennent sur les personnages et histoires introduits en début de saison).

Cette lenteur s’explique, pour moi, par le choix de s’attarder plus sur les relations humaines en mettant les personnages au cœur du récit, que sur l’aspect SF de la série. Être aimé, être accepté, vivre sans contraintes, survivre, supporter la perte d’un être cher… Tant de thématiques diverses qui seront abordées au fil des épisodes, au travers de différents regards, enfants et adultes. Si cela apporte un côté The Leftovers bien agréable (les musiques composées par Philip Glass et Paul Leonard-Morgan aidant aussi à faire le rapprochement, au passage), les nombreuses questions que le Loop amène semblent n’intéresser personne (en tout cas : pas les scénaristes). Sans compter le fait que les histoires ne sont pas toutes des plus originales. Le coup de la machine qui arrête le temps mentionnée précédemment ? Déjà vu. C’est agréable, bien réalisé, bien narré, bien mis en scène, les acteurs sont touchants, mais ce n’est pas si original.

tales loop intrus

 

Mais pourquoi de tels objets aux capacités si dangereuses entre de mauvaises mains sont-ils abandonnés dans la nature ? D’où viennent toutes ces inventions ? Si elles sont construites par les gens qui bossent au Loop, pourquoi les éparpiller partout ? Pourquoi personne ne cherche à les utiliser (armée, politiciens ?) ? Qui subventionne le Loop ? Dans quel but ? Pourquoi dans cette ville ? Quels sont les boulots exacts de Loretta et George au sein du Loop ? Pourquoi les habitants sont-ils si passifs face aux bouleversements subis ? Il faut se faire rapidement à l’idée que les (nombreuses) questions qui m’ont traversé l’esprit n’auront pas de réponse. C’est la vie, aussi étrange soit-elle à cause du Loop. Peut-être aurons-nous quelques bribes d’informations dans une éventuelle saison 2, potentiellement inspirée par le second artbook, intitulé Things from the Flood ?…

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