LvK, Nostrogamer

FFVII Remake, les couloirs du temps

Nous sommes en 2020, j’ai bientôt 33 ans et je découvre que je peux voir mon profil de joueur évoluer et s’ouvrir à d’autres genre de jeux. Le plus ironique, c’est que c’est un jeu dont je me suis énormément moqué qui m’a fait réaliser cela.

Comme tout le monde, récemment, je me suis retrouvé enfermé et à jongler entre les tâches ménagères, mon rôle de père au foyer et à rattraper un retard ciné, séries tv et jeux vidéo. Plutôt bon timing, puisque depuis l’été dernier, je me suis engagé dans une lutte infernal avec un backlog colossal. J’ai repris une Playstation 4 pour remplir cet objectif et surtout pouvoir jouer à deux “exclusivités” : Death Stranding et The Last Of Us 2. Deux jeux attendus et dont j’ai une approche assez différente. Pour le prochain jeu de Naughty Dog, je suis très impatient, le premier épisode de The Last Of Us était et est toujours un chef d’oeuvre narratif malgré un gameplay très très pénible. En ce qui concerne le bébé d’Hideo Kojima, on est plutôt à l’opposé avec une jouabilité novatrice et un contenu ultra bavard. Death Stranding m’a agacé tout au long de son processus de production. De l’annonce à la sortie, j’ai été très irrité par la mise en avant de Kojima, les teasing pour au final me prendre une sacrée claque. Ceux qui me connaissent on vu là, mon plus beau retournement de veste. A ce sujet, n’hésitez pas à lire les articles de Kevo ici, et mon test de Death Stranding est à lire par .

Aujourd’hui, ma veste a craqué, et il ne doit en rester plus qu’une manche puisque j’ai joué, terminé et adoré Final Fantasy VII Remake. Une “exclusivité” dont là aussi, le parcours m’a quelque peu décontenancé. J’ai toujours eu un peu de mal avec la politique du remaster, reboot et remake. Bien que de mon côté je rêve d’un retour de Max Payne, j’ai toujours trouvé que ce genre de procédé relevé un peu de la paresse ou du besoin de renflouer un peu les caisses. ATTENDEZ, on ne s’énerve pas, aujourd’hui j’ai totalement changé d’avis.

Lorsque j’ai découvert le teaser d’annonce du projet FF VII Remake (FFVIIR), j’ai évidemment eu la corde nostalgique qui a vibré dans un premier temps avant de soupirer. Mon rapport avec le jeu original est assez compliqué. Je ne l’aime pas et pourtant c’est le premier FF auquel j’ai joué. Je le trouve trop bavard, très naïf voir niais avec des personnages superficiels et une histoire qui s’étale beaucoup trop. Je lui préfère les épisodes VIII, VI, IX, X par exemple. Je n’oublie pas tous les portages sur consoles actuelles qui n’ont fait que renforcer son aura et lancer une succession de remaster/portage pour les autres épisodes. Et puis il y a eu cette annonce prévenant que ce Remake serait en plusieurs parties dont le premier épisode ne concernerait que les aventures dans Midgar.

Comme beaucoup, je me suis interrogé sur la durée de vie de ce premier jeu puisque les événements liés à Midgar tiennent sur 3-4h. Une dilution des faits pour allonger la durée de vie était obligatoire. L’autre problème que j’ai rencontré dans mon approche de ce FFVIIR, réside dans le fait que je n’avais pas touché à un JRPG depuis 2013 avec Final Fantasy XIII Lightning Returns. En sept ans, le jeu vidéo japonais a beaucoup changé, il a rattrapé son retard et moi je suis passé à côté d’une pile gigantesque de jeux vidéo. Etant éduqué aux jeux occidentaux et fonçant tête baisser sur les œuvres AAA, j’ai forcément pris du retard et négligé beaucoup de pépites (coucou Persona, Nier, Yakuza, The Last Guardian etc…)

Alors évidemment quand au mois de février, j’ai téléchargé la démo de FFVIIR, j’ai forcément pris une claque, visuelle dans un premier temps puis j’ai découvert ce système de combat salué par la critique. En une vingtaine de minute, j’ai ravalé la tonne de sel que j’avais déversé et je suis passé à la caisse. FFVIIR installé sur ma PS4, je me suis pris 35h de plaisir.

Le jeu n’est pas exempt de défauts. Il est un étrange mélange de nouveautés et d’archaïsme. Visuellement il est globalement très beau mais quand on s’arrête pour contempler, on ne peut s’empêcher de voir des textures lisses et fades, des bugs d’affichages. FFVIIR est un jeu ultra linéaire, il y a pour 90% du temps qu’une route à suivre et on se demande même pourquoi on nous indique des flèches quand il faut grimper à une échelle ou passer sous une poutre. C’est un savant mélange entre tradition et modernité comme dirait n’importe quel journaliste/youtubeur à propos du Japon.

Malgré cela, quand je songe à FFVIIR aujourd’hui, je pense à tout ce plaisir qu’il m’a apporté. Il y a d’abord ces combats face aux boss qui sonnent comme une récompense après avoir enchaîné les kms pour aller du point A au point B. Il y a un dynamisme qui m’a conquis sans devoir me draguer bien longtemps. Et puis il y a cette équipe, cette ville, cette ambiance. Comme si en 35h, je m’étais lié à eux aussi rapidement que j’ai défait les liens sociaux de la réalité.

Je suis un gros consommateur de jeux vidéo solo. Les modes multijoueurs m’ennuient pour plein de raisons, (et vivre à la campagne avec un débit ridicule n’aide pas) et c’est pour cela, que je me focalise sur des jeux qui sont capables de raconter une histoire et de m’emmener dans leur univers. FFVIIR est un bon compromis, sa démo m’a emballé, il propose une durée de vie plutôt sympathique gonflée par des quêtes annexes (pas hyper folles certes) et un univers connu repensé. L’intérêt est là donc et il n’exige pas un investissement horaire trop grand. Passer du temps avec Cloud, Barret, Tifa et Aerith est un réel plaisir, au fil de l’aventure, on en apprend plus sur eux, on voit grandir leur relations et les dialogues parsemés ici et là donnent quelques sourires. Ce remake offre énormément de profondeur aux héros et antagonistes. Aujourd’hui, on peut mettre des voix sur des personnages, percevoir leurs émotions là où il y a 17 ans, on devait se contenter de voir des corps trembler pour exprimer une colère, une joie ou une tristesse. D’ailleurs compliments à la version française qui fait un travail impeccable. C’est aussi ça qui renforce les liens entre joueurs et avatars.

L’autre plaisir, est la découverte de Midgar version 2020. A l’époque Square (ou Squaresoft de mémoire), offrait une ville industrielle vue d’en haut, la profondeur des bidonvilles face aux divers réacteurs et plateaux demandaient un peu d’imagination aux joueurs. Avec ce remake, on est littéralement écrasé par la bourgeoisie et l’industrie de la Shinra. Lorsque Cloud arpente le secteur 7 puis le 5, en levant la tête, on découvre l’immensité de Midgar. La technologie a forcément évolué et Square Enix peut désormais renforcer le sentiment de misère des bidonvilles. Le discours de Barret sur l’appauvrissement de la planète prend bien plus de sens ici bien que malheureusement cela sonne comme un gimmick presque épuisant.

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Cette nouvelle proposition est une invitation à la contemplation d’un monde, la compréhension d’un contexte et à l’exploration. On a beau savoir que ce jeu est un immense couloir qui ne surprendra presque jamais, on a envie de s’arrêter écouter tous ces PNJ que nous croisons. L’histoire de FFVIIR ne bouge pas, c’est la même que l’originale avec quelques fulgurances narratives qui doivent exciter beaucoup de monde sur les forums et réseaux sociaux. C’est là où peut être que les joueurs les plus chanceux sont ceux qui n’ont jamais joué à FFVII et découvre Cloud et son équipe via ce Remake. Ils bénéficient de la découverte d’un univers et d’une histoire. Le plaisir est doublé.

Plus on avance dans le temps, plus on se dirige vers la conclusion et plus l’envie de quitter Cloud, Aerith, Tifa, Barret est faible. A plusieurs reprises, le jeu nous explique qu’au-delà de tel lieu, il sera impossible de faire marche arrière. On a beau marcher en file indienne dans ces couloirs froids ou dans ce Wall Market digne d’un vrai souk, on sait qu’il va falloir avancer. Alors on accepte que le jeu nous oblige à avancer, après tout, une fois que les quêtes annexes sont bouclées et qu’on a éclaté les records de squat au gym club, il faut bien aller botter les fesses de la Shinra. On se sépare petit à petit du jeu comme deux personnes devant se dire au revoir, voient leurs mains glisser jusqu’à la dernière surface de peau touchée.

Je parlais plus haut de nostalgie. J’ai la chance d’avoir grandi avec l’essor des jeux vidéo et vu grandir cette industrie. J’ai aussi grandi avec Cloud comme une légende, un pilier de ce média. Même si je ne porte pas FFVII dans mon cœur, ce jeu est une référence et son héros une sorte de repère dans le temps. Pour ma part je me rappelle du joueur que j’étais en 1997 et il étrange de le voir aujourd’hui avec les mêmes intentions et le même comportement antipathique. FFVIIR marche sur moi pour toutes les raisons évoquées précédemment mais aussi parce que dans ma mémoire de joueur je connais tout de Cloud, de l’avenir d’Aerith et du groupe Avalanche, le méchant de l’histoire est inscrit dans la pop culture et la licence possède un lore très riche (mais très criticable).

Avec son remake et ce nouveau Midgar, Square Enix a réussi à me convertir et à me lié d’amitiés avec ces personnages. En axant l’aventure sur les personnages et non pas l’objectif principal, FFVII Remake devient une formidable expérience. Comme dirait l’autre, ce qui compte ce n’est pas la destination mais le voyage. Il y a une invitation à prendre le temps, ce que nous ne faisons sans doute que trop rarement. La destinée de FFVII Remake était de sortir en plein confinement, au moment où les gens devaient trouver à s’occuper en bénéficiant d’une enveloppe d’heures pour pouvoir jouer. Tout le voyage de Cloud et sa bande réside dans le fait de renforcer leurs liens et le joueur est directement impliqué. La conquête de la tour Shinra par les escaliers est un brillant exemple du parcours effectué par les personnages. On a atteint les sommets de Midgar et on se remémore tout ce qui a été traversé depuis les tréfonds de la ville. On regarde en arrière, on peut rejouer les chapitres bouclés, compléter quelques trophées et accentuer la difficulté. Le découpage du jeu en chapitre, permet d’aborder le jeu d’une manière tranquille, il n’y a aucun intérêt à rusher. On sirote ce jeu en prenant une petite dose par jour. Et plus l’aventure passe et plus le jeu se bonifie.

Les remake comme FFVII sont une bonne chose pour les joueurs. Sous réserve que leurs qualités soient reconnues bien sur, ils peuvent enrichir une licence, mettre à jour un propos en phase avec son époque. Ils peuvent également permettre à certains qui ont raté le train ou qui étaient tout simplement pas nés de pouvoir rejoindre une communauté. Les remasters et portages peuvent avoir le même but même si les carences technologiques se montrent souvent frustrantes. Bien évidemment, il y aura toujours ce questionnement sur le rapport prix/intérêt, mais aller piocher dans des légendes du jeux vidéo pour les proposer à une nouvelle audience est loin d’être idiot. Où est donc l’intérêt de garder pour soi des jeux de notre enfance. Ils resteront toujours nos doudous. Il y a assez d’originalité dans ce média pour satisfaire tout le monde.

Depuis quelques temps, j’aborde le jeu vidéo différemment, j’accorde plus de temps à chaque jeu, je consomme ce média d’une manière plus contemplatrice. FFVII Remake a aussi été révélateur de mon profil occidental de joueur. Je n’ai quasiment qu’une seule lecture de jeu, avec un gameplay pantouflard. Bien sûr il y a de belles trouvailles par moment (coucou Control) mais je crois que FFVII Remake est venu me mettre une petite claque derrière la tête pour m’inviter à être plus curieux. C’est peut être ça mon monde de demain.

3 réflexions au sujet de “FFVII Remake, les couloirs du temps”

  1. C’est vraiment chouette ton parcours ! Le mien est un peu inversé, je devrais prendre exemple… J’ai toujours été attiré par les jeux japonais, surtout les RPG, en étant curieux de ce qui se fait ailleurs. Mais plus le temps passe et moins j’arrive à m’ouvrir. J’ai beaucoup aimé The Witcher 3, GTA 5 ou Life is strange comme jeux occidentaux sur PS4 mais Fallout 4 m’est tombé des mains (j’ai adoré le 3 pourtant), The Last of Us m’a fait aucun effet et des titres comme Horizon ou Control, dont tu parles pourtant très bien, ne m’attirent pas du tout. Je tenterai juste RDR2, même si j’ai aimé sans plus le premier. Je ne parle même pas de tout les Spider-man, God of War et compagnie. Mais ce rejet vient sans doute de fait que j’ai moins d’argent et de temps.

    Sinon pour revenir à FF7, je suis trop content que tu aies fini par aimer le jeu, quand bien même il ne tient pas du remake à mes yeux. Du coup je ne suis pas tout à fait d’accord avec une phrase et je vais essayer d’expliquer pourquoi en spoilant (oui flemme de faire un article sur le sujet, désolé).

    « C’est là où peut être que les joueurs les plus chanceux sont ceux qui n’ont jamais joué à FFVII et découvre Cloud et son équipe via ce Remake. Ils bénéficient de la découverte d’un univers et d’une histoire. Le plaisir est doublé. »

    Du coup, on sait jamais pour qui passe en commentaires et n’a pas fait le jeu, ne lisez pas mon commentaire !

    /!\ SPOILER ALERT /!\

    Bon pour commencer, je suis quand même d’accord pour dire qu’on peut profiter du jeu sans connaître celui de base, mais… quid de la suite ? L’équipe de production promet de nous faire visiter les mêmes lieux mais l’histoire sera-t-elle identique ?

    Pour moi, et elle ne l’est pas de base dans ce remake qui n’en est pas un. Et je pense que pour en saisir l’entièreté, il faut avoir FF7 ET Crisis Core en tête.

    Bon, le jeu brise à de nombreuses reprises le 4e mur, avec les dialogues, notamment une phrase d’Aerith dans les égouts. Mais je pense que ça va encore plus loin, et que la jeune femme est au courant de son funeste destin, de celui de Zack et qu’elle essaie de changer l’avenir, quitte à devenir elle-même la véritable ennemie de la planète. Les filers sont des gardiens du temps, autrement dit les avatars des joueurs puristes que ne veulent pas que leur histoire chérie soit modifiée. Je trouve d’ailleurs très drôle qu’ils soient traités de serpillières par Barret. Ils empêchent Aerith d’agir et interviennent dès que le scénario originel est en passe d’être modifié. Comme lors de la scène avant la tour du Secteur 7 où elle est implore de les laisser passer à temps. Je trouve cette scène particulièrement marquante car même le joueur qui ne veut pas qu’on touche à son scénario se dit dans le feu de l’action « allez, vas-y, vite » et là le chemin s’ouvre… Bref ce sont les équipes de FF13 et KH, donc les voyages dans le temps, les univers parallèles et compagnie, ils aiment ça. D’après moi, seuls Aerith et Sephiroth sont au courant de la réalité alternative dans laquelle on est plongé. Pour moi, l’une des scènes clés est optionnelle, c’est celle dans laquelle Aerith demande à Cloud de ne pas tombeer amoureux d’elle. Elle sait que son destin est de mourir et elle sait aussi qu’elle peut sauver Zack. Je trouve la relecture très audacieuse, mais du coup les néophytes risquent de passer à côté. Et si ça suffit pour comprendre le premier, comme je le disais avant, ça risque de devenir complexe pour la suite.

    Bref du coup, je m’attends à tout pour la suite, dont une version lumière et ténèbres d’un même jeu, où on incarnerait un Dark Cloud qui combattrait pour la planète mais contre Aerith. Ou alors la blague qui tournait il y a des années et qui disait que si FF7 était un jeu actuel, on pourrait payer en mode DLC pour sauver Aerith… Bah punaise, elle semble plus que jamais crédible ! Et je suis prêt à payer tellement le personnage est attachant !! Ce sont des fantasmes, évidemment, mais Nomura, on commence à bien le connaître… J’ai très hâte en tout cas.

    /!\ SPOILER ALERT /!\

    Et je trouve dingue qu’il n’existe pas de compil FF7+CC, comme il en existe pour KH. CC n’est jamais sorti de sa version PSP, c’est ouf pour un tel jeu… J’espère que ça viendra car j’ai envie de rejouer à tout ça.

    1. Je prends enfin le temps de te répondre et je suis entièrement d’accord avec tout ce que tu dis. Je pense d’ailleurs que Square a voulu satisfaire son public historique en utilisant tout les codes du jeu de 97 et y apporter une mise à jour importante, en modifiant et en renforçant propos et personnages, sans hésiter à mettre quelques balayettes aux plus tenaces. Pour moi les fillers sont les joueurs et Cloud et sa bande les développeurs.

      Le scénario et les sorts des personnages modifiés par rapport à l’original permettent évidemment de spéculer sur les voyages dans le temps, monde parallèle etc. Il n’y a plus qu’à espérer que cela sera cohérent vis à vis des règles que ce thème exige.

      En ce qui concerne l’appelation Remake, je ne sais pas si je possède la bonne définition mais je l’envisage plutôt comme un reboot puisque fond et forme sont bien différents du matériaux d’origine.

      Et je mettrai bien une petite pièce sur un épisode II qui raconte … Crisis Core. Why not.

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