Gare au manga

Tokyo Babylon : Les sciences occultes au service des problèmes de la société

À l’été 1990, les femmes du studio CLAMP signent un nouveau coup d’éclat dans le monde du manga en débutant dans le magazine Wings l’une de leurs séries fondatrices : Tokyo Babylon. Le manga s’est poursuivi principalement dans la revue saisonnière South avant de s’achever à l’hiver 1993 avec une fin délibérément ouverte puisque l’intrigue se poursuit dans un autre titre du studio, X. Cependant Tokyo Babylon est un manga qui se suffit à lui-même. Sous fond d’exorcisme, de fantastique et de maîtrise du Yin et du Yang, les autrices se sont servies de leur média pour prendre la parole et pointer du doigt des problèmes de société.

Tokyo Babylon met en scène Subaru Sumeragi, un jeune exorciste de 16 ans, chef de sa lignée, qui se sert de sa maîtrise du Yin et du Yang pour venir en aide à des gens. Il s’agit pour lui d’un travail qu’il est contraint d’exécuter, quand bien même il préférerait devenir vétérinaire ou s’occuper des animaux dans un zoo. Il est souvent collé par Hokuto, son extravertie sœur jumelle qui prend soin de lui, et Seishiro Sakurazuka, un homme de 25 ans qui prétend l’aimer. Ces trois personnages vont cohabiter dans la série pendant une année afin de vivre des aventures ésotériques au cœur de Tokyo, un temps partagé sur 7 volumes de l’édition originelle, qui est l’occasion pour CLAMP de passer des messages forts sur notre monde. Dépassant le cadre de la trame principale du manga, nous allons nous intéresser aux sujets sociétaux que le studio aborde au sein de Tokyo Babylon ainsi qu’à la manière dont ils sont transmis.

Tokyo Babylon - Bannière

L’homosexualité au cœur du manga

CLAMP vient du milieu du dôjinshi, le manga amateur où sont parodiées des séries. Bien évidemment parmi ces créations, de nombreuses prêtent ou explicitent des relations gays. Le studio a été très actif dans le milieu, en publiant de nombreux livres indépendants dans lesquels on trouvait déjà des idées précurseuses telles que le mariage gay ou l’homoparentalité. On ne sera donc pas étonné de découvrir que Tokyo Babylon propose une romance homosexuelle, quand bien même elle est platonique, entre Subaru et Seichiro. D’abord en toile de fond, cette relation devient le véritable fil rouge du manga au fur et à mesure que Seichiro dévoile son jeu.

De nombreuses choses sont à noter concernant le lien entre les deux personnages, et notamment le fait que, sans en être un, le manga reprend des codes narratifs et graphiques du boy’s love, notamment dans le rapport entre uke et seme, dominé et dominant. Sans entrer dans des archétypes, car les personnages imaginés par CLAMP sont suffisamment charismatiques pour s’en détacher, Subaru est en effet construit sur les caractéristiques d’un uke. Il est plus jeune, naïf et pur, en plus d’être efféminé, ce qui est souligné par sa ressemblance avec Hokuto, sa sœur jumelle. Alors que de son côté, Seichiro est construit comme un seme. Il est plus âgé et imposant physiquement, avec ses épaules carrées qui lui confèrent de l’envergure. Il a également une position sociale enviable, puisqu’il travaille comme vétérinaire, un rêve que Subaru ne pourra jamais atteindre car devoir disséquer des animaux le répugne. Et surtout il fait du rentre dedans à Subaru, avec humour dans un premier temps puis en le considérant de plus en plus comme une proie.

Tokyo Babylon - boy's love

L’exemple le plus connu et peut-être le plus grandiose de la pop-culture japonaise reste Neon Genesis Evangelion qui a réussi à créer des personnages répondant à des attentes du public en utilisant des archétypes de la culture otaku en leur faisant dépasser le statut de simples personnages afin qu’ils deviennent des symboles essentiels à des réflexions sur l’individu. Si bien qu’aujourd’hui encore on peut avoir des débats sur qui l’on préfère entre Rei et Asuka, fantasmer sur les fameux mechas de la série d’animation ou bien être touché à jamais par la vision du Moi qui rejaillit de l’œuvre. Sans aller aussi loin que le chef-d’œuvre de Hideaki Anno, Tokyo Babylon se sert de la culture boy’s love pour parler de l’homosexualité dans la société. Trouver sublime, tragique ou fascinante la relation entre Subaru et Seichiro n’empêche pas de souscrire aux messages que nous propose CLAMP. Ce qui marque avant tout dans ce manga est le naturel de la relation entre les deux hommes. Elle n’est pas remise en cause ni questionnée, et les rares personnages qui s’en étonnent sont ceux venant de comprendre que Subaru n’est pas une fille. C’est un choix fort des autrices que de traiter cette relation gay exactement comme si elle aurait été hétérosexuelle. Et paradoxalement, c’est justement parce qu’elle ne l’est pas qu’elle est si marquante. CLAMP va même jusqu’à aborder l’idée des fiançailles et du mariage gay comme si elle coulait de source alors que 30 ans après le début du manga, le débat fait rage au Japon… En somme le quatuor a pour objectif de montrer à quel point l’homosexualité est normale à une société pleine de préjugés. Et si l’homophobie est absente de Tokyo Babylon, c’est pour mieux appuyer sa présence dans la réalité et le fait qu’il faille combattre les idées préconçues. Mais si CLAMP évite de remettre en cause la perception qu’ont les gens de l’homosexualité dans Tokyo Babylon, elles abordent d’autres thématiques sociétales avec beaucoup plus de puissance.

La difficulté d’être une femme dans la société

Dès le début de Tokyo Babylon, Subaru résout une affaire concernant une femme qui devient violente. Il en conclut que son tailleur Chanel est possédé par la haine des personnes qui se sont battues pour mettre la main dessus durant les soldes. Suite à cet exorcisme, Hokuto fait un discours sur l’hypocrisie des femmes qui ont une conscience écologique mais qui utilisent du gaz fréon ou surconsomment de l’eau pour se faire belles. Une critique acerbe que Subaru déconstruit en lui rétorquant qu’il est temps de ne plus utiliser de gaz fréon pour elle la première. Ce à quoi elle répond que puisqu’il est vendu, autant que ce soit elle qui l’utilise, car sinon une autre le fera. Un échange anodin qui montre la dualité et la complexité d’être une femme dans la société, prise entre son idéologie et le soin de l’apparence, tout en rejetant aussi la faute sur les entreprises qui font du profit en participant à la destruction de la planète.

Tokyo Babylon - suicide

Si le ton est léger dans cette séquence, il peut rapidement s’aggraver lorsqu’il est question de dualité et de la vision de la femme par la société. C’est notamment le cas d’une affaire d’adultère qui a conduit l’une d’entre elles au suicide. On la suit grâce aux pouvoirs surnaturels de Subaru qui s’entretient avec la défunte. Le manga pose la question de savoir quoi faire lorsque l’on devient l’amante d’un homme marié, que l’on finit par tomber amoureuse de lui et qu’il nous rejette. Et là où le sujet devient intéressant, c’est à partir du moment où CLAMP insiste sur les pressions sociales. En tant qu’amante, la femme a commis un crime moral et n’a pas le droit de s’en plaindre, comme si elle était la fautive, dédouanant la responsabilité de l’homme marié. Du coup, elle se retrouve seule, sans personne pour comprendre l’intensité de sa douleur. Elle chante des chansons d’amour tragiques au karaoké qui lui font l’effet de ne pas être la seule à souffrir. Mais celles-ci sont impersonnelles et elle finit par s’ôter la vie. Une cruauté mettant en exergue une société sexiste qui accule les femmes jusqu’à leur faire commettre l’irréparable.

Un autre sujet abordé dans le manga est celui du viol avec le cas d’une jeune fille qui a été agressée sexuellement par un groupe de garçons. Des rumeurs ont commencé à naître dans son quartier, et très vite la pression sociale a eu raison de la lycéenne, qui a préféré fuir la réalité et se plonger dans un long sommeil. Ici le fantastique revêt une forme onirique, et Subaru se plonge dans les songes de l’adolescente pour tenter de la faire s’éveiller. Celle-ci rêve de son enfance et se complaît dans un monde où elle n’a pas été abusée. Par le prisme de la magie, et aussi par la gentillesse qu’il incarne, Subaru la pousse à affronter son traumatisme et à revenir à la réalité afin de reprendre sa vie. La jeune fille peut exprimer ce qu’elle ressent et même s’adresser aux lecteurs à travers des phrases marquantes dont l’impact est amplifié par la mise en scène sur des doubles-pages épurées. On retiendra notamment la puissance psychologique d’un texte tel que : « J’ai toujours cru que ça n’arrivait qu’aux autres… Je ne pouvais pas imaginer que ça m’arriverait ! Aucun d’entre eux n’a eu pitié… aucun d’entre eux… Ils disaient qu’ils voulaient simplement s’amuser… Moi, j’aurais préféré mourir… ». Ou encore le message nous prenant directement à partie, témoignant du fait que CLAMP se sert de Tokyo Babylon pour faire passer ses messages sur la société : « C’est tellement facile de détruire la vie d’une jeune fille en quelques instants. Soudain tout s’arrête. Il ne semble plus y avoir ni présent… ni futur. N’oubliez jamais que ce genre d’événement a lieu chaque jour… quelque part dans le monde. ».

Tokyo Babylon - viol

Les autrices utilisent donc le média qu’est le manga pour exprimer des opinions et faire passer sur leurs messages sur la féminité dans la société, et cela au début des années 90, alors que Kyoko Okazaki vient tout juste d’amorcer une révolution rose avec la publication de Pink, qui brise de nombreux tabous liés à la sexualité féminine. Il est très important de remettre Tokyo Babylon dans son contexte car si de nombreux mangas ont abordé le sujet du viol avant lui, il s’agissait en général de séries écrites par des hommes, Osamu Tezuka en tête de liste. Et quand des femmes étaient aux manettes, il s’agissait en très grande partie de personnages masculins qui se faisaient agresser, comme on a pu le lire dans des séries comme Banana Fish ou encore Kaze to Ki no Uta auparavant. De plus, le sujet était abordé d’un point de vue avant tout scénaristique, là où Tokyo Babylon se sert du récit pour faire passer ses messages. C’est une pratique forte et audacieuse, car elle est mal vue encore aujourd’hui par une société japonaise qui affirme que les opinions personnelles des auteurs n’ont pas leur place dans les mangas. Une pensée que combat par exemple Hideki Arai dans ses mangas corrosifs ou dont a fait les frais Naoki Urasawa qui s’est fait vivement critiquer pour avoir caricaturé le Premier ministre Shinzô Abe sur Twitter, avant de recevoir de nombreux soutiens du monde du manga, fort heureusement.

Les laissés pour compte prennent la parole

Pour en revenir à Tokyo Babylon et aux années 90, le manga s’ancre dans la réalité de son époque en parlant entre autres des surtaxes des lignes téléphoniques à travers une histoire où trois jeunes filles s’appellent afin de jeter des sorts. Bien évidemment, elles paient une fortune pour cela, ou la font payer à leurs parents… Mais ce qui compte avant tout est que ces lycéennes ne se sentent pas à leur place dans le monde actuel, elles ne veulent pas être normales. Ce rejet les conduit à s’isoler et à s’intéresser à l’occultisme. À l’image de ces adolescentes, Tokyo Babylon dresse le portrait de nombreux personnages laissés pour compte par la société, avant de mieux mettre en évidence les problèmes qui rythment leur quotidien dans le but de les faire comprendre aux lecteurs.

Tokyo Babylon - Mégalopole

La question de Tokyo comme mégalopole est centrale, et si Seichiro aime observer son déclin, d’autres se battent pour vivre. Monter à la capitale en souhaitant devenir actrice peut être un rêve pour une jeune femme, mais la réalité se montre parfois cruelle. Vivre dans la précarité, devoir coucher avec un producteur pour réussir et connaître la désillusion en touchant son objectif du doigt a conduit une actrice en herbe à se donner la mort et à détester cette ville. Elle déclare notamment : « Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours détesté Tokyo… C’est une ville ingrate qui semble vous accueillir à bras ouverts mais qui vous laisse mourir dans la solitude la plus totale… ». Un constant effrayant qu’elle nuance quelque peu, qui témoigne de l’urbanisation d’une mégalopole qui engloutit ses habitants. Ce n’est pas pour rien que Tokyo est comparé à Babylone dans le titre du manga, ville maudite dans laquelle les humains ont péché par orgueil avant de subir la colère de Dieu.

Venir vivre à Tokyo n’est donc pas évident, et CLAMP nous le rappelle à plusieurs reprises, en accentuant le cas lorsque le personnage en question vient d’un autre pays. Point de magie cette fois-ci puisque Subaru est absent. C’est sa sœur, Hokuto, qui se fait une amie étrangère. Elle la rencontre en lui venant en aide face à des hommes qui l’agressent. Ces hommes s’avèrent être des policiers, venant contrôler ses papiers… La jeune femme explique à Hokuto sa situation concernant la précarité de sa famille dans son pays d’origine et le fait qu’elle doive travailler dans un bar à hôtesses pour subvenir à leurs besoins. Même si elle a appris le japonais, elle n’arrive pas à communiquer, se faire réellement comprendre dans cette immense citée ou à tisser des liens. Elle subit le racisme et le fait qu’elle soit née dans un pays étranger ne lui permet pas saisir l’esprit japonais, ce qui l’empêche de s’intégrer correctement à la société. Si Tokyo est une ville riche, la jeune femme a perdu son sourire… Avec énormément de bienveillance, Hokuto saisit la mesure de ce que vit sa nouvelle amie. La compréhension dont elle fait preuve dans ce récit ne fait qu’accentuer le message passé par CLAMP sur le fait que l’on soit japonais ou non, on est tous des humains. Aussi simple cette morale soit-elle, elle a le mérite de le rappeler car dans la société, on a souvent tendance à oublier les étrangers, voire à les déshumaniser.

Tokyo Babylon - racisme

Les gens que la société oublie donc, ce n’est pas ce qui manque et CLAMP entend bien les mettre en avant pour sensibiliser ses lecteurs à leurs cas. C’est ce que les autrices font avec le handicap, et particulièrement en évoquant le sujet de la non-voyance. Lorsque Seichiro est blessé à l’œil pour le protéger, Subaru entre dans une grande déprime, il s’en veut terriblement et a peur que ce dernier ne perde totalement la vue. Le protagoniste rencontre alors un homme non-voyant, à qui il vient en aide car des jeunes embêtaient son chien guide. Souhaitant l’inviter dans un salon de thé, il se rend compte que l’homme qu’il vient de croiser ne peut aller nulle part puisque les cafés n’acceptent pas les animaux. Et si ce dernier est habitué à ce genre de situation, Subaru connaît une importante désillusion en découvrant cette réalité et se résigne à simplement partager une canette sur le banc d’un parc. Le jeune protagoniste en profite donc pour discuter et poser des questions au sujet du handicap. Et si ce que lui répond le passant est fondé sur des informations utiles à Subaru qui s’inquiète pour Seichiro, CLAMP profite de ce dialogue pour transmettre le point de vue d’une personne handicapée et donner des explications aux lecteurs pour mieux les sensibiliser. Notamment en ce qui concerne les chiens guides, en révélant que même si ce n’est pas avec une mauvaise intention, le simple fait d’en caresser un peut déstabiliser totalement son maître. Les autrices vont encore plus loin en détaillant la difficulté éprouvée pour obtenir un chien du genre, pourtant indispensable pour les personnes mal-voyantes, au Japon, en expliquant pourquoi. En somme, elles manient à merveille les informations didactiques sur le handicap et le sens qu’elles ont dans le récit.

Tokyo Babylon - handicap

Un autre sujet abordé dans le manga, qui fait aussi l’objet d’une rencontre de Subaru, est celui de la vieillesse. Que faire des personnes âgées ? Une question posée au début des années 90 par CLAMP, qui trouve un écho très fort aujourd’hui, et qui est par exemple abordée dans la nouvelle de science-fiction Tempest d’Inio Asano, puisque le vieillissement de la population est l’une des préoccupations majeures du Japon actuel. Dans Tokyo Babylon, il est question d’une famille vivant dans des conditions financières précaires, avec en plus le grand-père habitant à la maison. Tout le monde n’attend qu’une chose, c’est qu’il décède. Le couple, étriqué par des dettes financières, ayant déjà du mal à vivre avec deux enfants à charge, ils n’ont pas les moyens de s’embarrasser d’une personne âgée. Une situation cruelle, inhumaine même, où le grand-père est moins bien traité qu’un animal de compagnie, il ne mange même à table avec le reste de la famille, faute de place. Et pourtant, il ressent toujours l’envie de faire plaisir à sa fille, ne serait-ce que pour respecter la promesse faite à sa défunte épouse. Un jour où sa descendante tombe malade, il se conduit comme lorsqu’elle était enfant et va lui acheter des bananes. En se dépêchant, il se fait renverser par un camion et meurt. C’est à ce moment que le récit raconté par CLAMP prend tout son sens, car après nous avoir sensibilisé à son cas jusqu’à nous émouvoir, c’est autour de sa famille de se rendre compte du déchirement qu’est la perte un être cher. Et c’est bien malheureusement trop tard. À travers cette histoire, les autrices nous invitent à prendre conscience qu’il faut prendre soit de nos proches, et en particulier des personnes âgées. Il ne faut pas les abandonner à leur sort sous prétexte qu’elles ont déjà trop vécu, et même si la situation financière est intenable, il convient de ne sacrifier personne.

En plus du handicap ou de la vieillesse, CLAMP aborde également le sujet de la maladie, un thème sociétal délicat mais qui leur tient à cœur. Dans un récit où Subaru se rend à l’hôpital, il croise la route d’un petit garçon avec qui il se lie d’amitié. L’exorciste découvre très vite que son jeune ami a des problèmes de rein et qu’il est contraint d’être dialysé. L’occasion pour les autrices de nous parler de sa souffrance et sa solitude, mais aussi et surtout de nous avertir de la situation des personnes qui attendent des greffes de rein. Elles sont nombreuses et doivent patienter des années en avalant des paquets de médicaments et en devant se rendre régulièrement à l’hôpital avant de pouvoir être opérées, surtout dans un pays comme le Japon où le corps humain est considéré comme sacré après la mort. Tokyo Babylon sensibilise donc au don d’organes par le prisme du personnage de Subaru qui se remet en cause en voyant la détresse du garçon et sa mère, et aimerait qu’une fois décédé, il puisse encore venir en aide à des personnes dans le besoin. En nous présentant des situations certes fictives mais qui font écho au quotidien de nombreuses personnes réelles, CLAMP nous incite à ne serait-ce qu’au moins réfléchir à ce genre de questions morales et en fin de compte très personnelles.

Tokyo Babylon - manga

Même un jeune en bonne santé peut rencontrer des problèmes, c’est le cas d’une lycéenne que croise Subaru lorsqu’il infiltre une secte. Cette dernière est brimée et harcelée par ses camarades de classe, et ni ses professeurs ni la secte qu’elle fréquente ne parviennent à l’aider. Mais pour commencer, la comprennent-ils donc réellement ? En donnant des conseils aussi insipides qu’essayer de s’ouvrir aux autres ou prier pour oublier, ils ne mesurent pas la gravité du harcèlement physique et moral qu’elle subit, en plus d’implicitement rejeter la faute sur elle. Le manga montre clairement des adultes dépassés par la violence scolaire. Et même si la jeune fille s’exprime sur son mal-être quotidien, elle n’est en fin de compte pas écoutée et jamais prise au sérieux, jusqu’à ce qu’elle soit gravement blessée. CLAMP s’empare donc de la thématique du harcèlement scolaire avec alarmisme, en affirmant avec fracas qu’il faut comprendre la souffrance des enfants et leur venir en aide réellement, pas seulement les lâcher dans la nature avec des conseils préconçus. Comme on peut le voir dans des mangas plus récents, March comes in like a Lion et A silent voice qui abordent magnifiquement ce sujet sociétal en tête de liste, les situations de brimades peuvent être plus compliquées qu’elles n’y paraissent, même avec l’implication d’adultes. Mais pour CLAMP, il était important de passer ce message et de parler d’une situation bien trop méconnue au moment où paraît le manga. Les autrices se servent de leur art pour prendre la parole, et aborder de front des sujets importants concernant ceux que l’on ne veut ou ne peut pas écouter. Cela va jusqu’aux enfants maltraités, victimes sans la moindre chance de se défendre ou de dénoncer des violences parentales, et dont la fiction leur permet de faire entendre leur faible voix.

Penser à l’Humain

Par le biais de la magie, Tokyo Babylon aborde donc de nombreux sujets de société afin de sensibiliser et documenter les lecteurs. Cependant CLAMP ne se contente pas de nous livrer du texte froid relatant des faits. Non, les autrices vont plus loin en replaçant des thématiques sociétales à échelle humaine. Et quoi de mieux pour cela que d’imaginer des histoires aussi passionnantes que tragiques ou de nous faire nous attacher à des personnages que la société bannit et dont ces préoccupations sont au cœur de leur quotidien ? Il faut penser à l’Humain et à sa souffrance, réfléchir à ses sentiments et agir avec compassion. C’est un message de vivre ensemble que nous fait passer le studio à travers les différentes histoires qui composent Tokyo Babylon. Le point culminant de leur pensée dans ce manga se situe au sein de l’histoire parlant du don d’organes, lorsque la mère du jeune garçon, désemparée, prête à tuer pour que son fils puisse avoir une greffe de rein, blesse Seichiro. Les journalistes se mêlent alors de l’affaire dans le but de relancer le débat en vogue sur les transplantations. Mais si la télévision et les journaux racontent les faits, ils ignorent sciemment la détresse absolue de la mère qui a déjà perdu sa fille et attend depuis trois ans une greffe pour son fils ou encore la solitude du petit garçon qui se retrouve face à l’opinion publique en se demandant si sa maman est méchante. En plus d’acculer une famille qui n’en avait clairement pas besoin, les journalistes relatent les faits en oubliant les humains qu’il y a derrière. C’est ce que Subaru essaie de faire comprendre à l’enfant, en déclarant : « Ce que dit la télévision et ce qui est écrit dans les journaux, c’est la réalité. Et pourtant ce n’est pas la vérité. », avant d’ajouter : « Nous avons tendance à penser que les informations délivrées par les journaux et la télévision sont toujours vraies. Pour la plupart elles le sont… d’un certain point de vue. Mais nous ne pouvons y voir ni les sentiments des victimes ni ceux des agresseurs, ni ceux de leur entourage familial respectif. Dans la majorité des cas nous connaissons que les faits et nous ignorons la vérité ». Plus que jamais, le jeune homme insiste sur le sujet et donne son opinion. Il fait la leçon car il discute avec un enfant, mais à travers la voix de Subaru, c’est aux lecteurs que s’adresse CLAMP.

Il convient alors de ne pas subir les informations mais de les écouter et les interpréter avec sa propre sensibilité. C’est l’un des principaux messages que fait passer le quatuor d’autrices dans son manga, et qui se retrouve parfaitement dans les paroles de Subaru lorsqu’il déclare : « Les autres n’existent pas. Il n’y a que des individus, différents les uns des autres. Et tu dois regarder le monde avec ta propre personnalité, car tu es l’un de ces individus. ». Cette pensée se retrouve du début à la fin de Tokyo Babylon, et c’est pour cela que Subaru et Hokuto prennent beaucoup de distance par rapport à la souffrance des uns et des autres. Ils agissent avec beaucoup de bienveillance comme lorsque Subaru s’excuse d’être venu en aide à la personne non-voyante et d’avoir tenu un discours sur le handicap aux agresseurs alors qu’il n’est pas concerné ou que Hokuto se familiarise avec son amie étrangère en lui déclarant qu’elle ne lui poserait aucune question sur son origine et ce qu’elle vit, mais qu’elle est prête à l’écouter si l’envie lui vient d’en parler. Le respect des autres est une notion très importante du manga, et la première étape est de savoir rester à sa place. Il y a autant de souffrances que de personnes qui souffrent, il faut les écouter et non essayer de parler pour eux car on ne sera jamais à leur place, et on risque dès lors de minimiser leur détresse, un peu comme ces professeurs qui conseillent de faire des efforts pour s’intégrer à l’élève harcelée. Subaru, lui, fait comprendre à la jeune fille qu’il sait qu’elle souffre tout en lui avouant qu’il est incapable de saisir l’étendue de sa détresse. Et c’est en la respectant ainsi qu’il parvient à lui tendre la main. C’est une philosophie spirituelle qui fait écho au bouddhisme où les êtres vivants forment un tout en restant des individualités.

Tokyo Babylon - message

Seulement Subaru est heurté aux limites de sa propre tolérance envers les souffrances d’autrui lorsqu’il rencontre une femme tellement désemparée qu’elle compte se servir d’un rituel de magie noire afin de créer un inugami pour assouvir sa soif de vengeance. En effet, la justice a relaxé l’assassin de sa fille, encore enfant, car ayant des troubles mentaux, il n’a pas été reconnu responsable de ses actes. Mais qu’importe cette décision, qu’importe l’état de santé du meurtrier, la mère est ravagée par la détresse d’avoir perdue sa fille et ne peut pas admettre que le coupable ne soit pas puni. Du coup, elle met en place un plan macabre en se servant des sciences occultes pour rendre justice elle-même. Subaru tente donc de l’empêcher de commettre l’irréparable, déjà pour ne pas qu’elle commette un crime, mais aussi car le sort devrait se retourner contre elle. Mais la femme est au comble du désespoir, sa douleur est si intense qu’il lui importe peu de mourir. Pour lui venir en aide, Subaru invoque le fantôme de sa fille disparue, dans l’espoir qu’elle dise à sa mère de ne plus faire appel à la magie et de tout mettre en œuvre pour vivre heureuse. Mais l’esprit de la défunte réclame à sa mère d’être vengé… Subaru, qui établit alors le lien entre le fantôme et sa mère, ne rapporte pas les paroles pleines de haine et de souffrance de la victime et ment à la femme. Un épisode qui le marque profondément, mettant à mal son respect pour le désespoir de la femme qu’il vient de rencontrer au profit de son sens de la justice. Il en vient à fondre en larmes après coup, en se demandant s’il a bien fait de suivre ses propres convictions. CLAMP montre ainsi à quel point il peut être compliqué d’agir avec compréhension, et que l’on peut être désarmé face à la souffrance d’une personne qui s’exprime de manière si violente qu’elle en vient à être contraire à notre idéologie. Néanmoins, malgré les limites de la bienveillance qui se heurtent à celles de la morale, Tokyo Babylon nous convie à repenser nos rapports aux gens. Si la justice n’éprouve pas de sentiments, si les informations déshumanisent les faits, il est important de prendre du recul afin de percevoir la souffrance des victimes. Et c’est un pas nécessaire pour mieux vivre ensemble en société.

Le manga comme moyen d’expression

Bien évidemment, on trouve des dimensions politiques dans des mangas publiés lors des décennies précédentes tels que Kamui Den, La vie de Bouddha, La Rose de Versailles et Akira, et certains titres abordent même de front des sujets d’actualité, comme Les vents de la colère en 1972, dont l’engagement lui a valu d’être contesté. Cependant lorsque paraît Tokyo Babylon, faire du docu-fiction dans le manga n’est pas une norme. Et cela tombe bien, car le manga de CLAMP ne tombe pas là-dedans et trouve un intérêt même si l’on passe à côté des messages sociétaux. Il en reprend pourtant des codes en présentant des sujets de société en profondeur, de manière didactique et surtout à hauteur humaine. Si les thèmes abordés sont à ce point marquants, c’est avant tout parce que le récit suscite les passions. On ne peut pas extraire l’envoûtante et tragique relation entre Subaru et Seichiro qui se tisse en toile de fond ou la quête occulte liée à l’héritage spirituel de la famille Sumeragi du caractère social de la série. En d’autres termes, l’impact des messages passés par CLAMP est d’autant plus fort qu’ils servent un récit en lui-même fascinant. Le manga en tant que média de divertissement populaire devient donc une place de choix pour les autrices du studio afin de s’exprimer sur des sujets qui leurs tiennent à cœur.

Tokyo Babylon - CLAMP

Incorporer des thématiques sociétales dans la narration passe nécessairement par l’introduction d’au moins un personnage qui subit l’injustice. Le déroulement est assez simple en général, puisqu’il consiste en une présentation de la victime, une explication de la situation dans sa globalité, une montée en puissance de la violence et une morale dictée avec de belles phrases dont CLAMP a le secret. Cependant le studio accroît l’impact des messages par le biais d’envolées scénaristiques, comme par exemple en utilisant le retournement de situation. Pour expliciter, on peut prendre l’exemple d’une femme parlant avec Subaru, et dont on comprend qu’elle souffre uniquement en se basant sur le dialogue. Mais à la fin du récit, un twist se produit et l’on se rend compte alors qu’il s’agissait de l’esprit d’une défunte, s’étant donnée la mort tant sa souffrance lui était insurmontable. Un choc survient de fait pour le lecteur, un temps incapable de saisir l’ampleur de la douleur de la femme et qui prend d’un coup pleinement conscience de la teneur de son mal-être grâce à la puissance du retournement de situation. Un autre moyen de transmettre avec force un discours d’intérêt public grâce à des ficelles scénaristiques est d’impliquer l’un des personnages centraux, c’est-à-dire Subaru, Hokuto ou Seichiro. En effet, lorsque ce dernier est gravement blessé à l’œil lors de la partie traitant du don d’organes, le lecteur est tout de suite plus sensible et donc plus réceptif au sujet de la transplantation, puis du handicap, craignant, comme Subaru, que son personnage fétiche ne perde la vue. Et c’est logique, puisque l’implication émotionnelle est proportionnelle à l’attachement que l’on ressent pour un personnage. C’est pour cela qu’un message social passé dans Tokyo Babylon est d’autant plus renforcé s’il implique directement un avatar auquel on se sent lié. Voir Subaru en larmes ou en colère suite à une histoire qui se termine mal ne fait que renforcer le poids de l’injustice que CLAMP met en scène.

Si les personnages secondaires constituent la matière première des thématiques sociales, les trois protagonistes sont donc des éléments essentiels à la recette des messages transmis dans Tokyo Babylon. Le lien qui unit Subaru à Seichiro ne sert pas uniquement à parler d’homosexualité. Cette relation permet également d’approfondir les personnages, ce qui se constate notamment à travers l’évolution psychologique du jeune maître du Yin et du Yang qui devient de plus en plus sensible. De plus, c’est grâce à la bienveillance des héros, notamment Subaru et Hokuto, que les voix des laissés pour compte peuvent porter. Ils savent rester à leur place et se retirer du premier plan pour offrir le champ libre à des personnes ayant des choses à raconter. Cela permet également à CLAMP de faire passer des messages à travers leurs dialogues, comme l’aphorisme sur l’importance des métiers de service qui revient à deux reprises dans la bouche de Hokuto.

Tokyo Babylon - citation

Une autre spécificité du manga est qu’il s’agit, à l’instar du cinéma, du jeu vidéo ou évidemment de la bande dessinée dans sa globalité, d’un art narratif visuel. Le poids des images et de la mise en scène est fondamental dans la manière de raconter une histoire, à tel point que l’on peut économiser des mots pour nous faire comprendre des idées ou voyager dans divers lieux. Et même si CLAMP débute dans le monde du manga au moment où le studio crée Tokyo Babylon, un style et une personnalité se dégagent de la série, avec beaucoup de puissance et de maîtrise. Les artistes s’enlisent dans un esprit de recherche esthétique novatrice, allant du design des livres au découpage des cases, qu’elles poursuivront dans leurs séries futures. C’est donc avec fracas qu’elles débutent leur carrière en présentant aux lecteurs des séries aussi abouties que RG Veda et Tokyo Babylon. L’esthétisme et le style de CLAMP sont d’autant plus affirmés dès leurs œuvres de jeunesse que l’on retrouve également une maîtrise du langage visuel qui leur est propre.

À partir de ce constat, il devient évidement que l’ampleur des messages sociétaux passés dans Tokyo Babylon est accrue par le langage visuel et la recherche esthétique. Les autrices se servent de diverses figures de style pour raconter leurs histoires, comme la représentation de motifs religieux pluriculturels signifiant leur ouverture au monde ou la métaphore d’un miroir qui se brise afin d’expliciter la destruction intérieure d’un personnage. Cette scène est d’autant plus marquante que la cassure intervient dans un monde onirique, et donc les éclats du miroir ne sont pas uniquement au sens figuré. On n’en éprouve que mieux la violence. Cependant, cette puissance visuelle et symbolique est contrastée par la mise en évidence de gestes simples. Que ce soit dans les discours ou les dessins, CLAMP aime ajouter une dose de simplicité à ses récits, rendant les messages audibles instantanément de tous. Un exemple frappant au sein de Tokyo Babylon se situe lorsque Subaru prend la main d’une femme étouffée par sa propre solitude. Une main tendue qui pourrait être banale, et pourtant elle s’avère salvatrice tant elle était espérée par une femme victime d’une société qui écrase les individualités. CLAMP donne à ce geste une grande importance grâce au découpage des cases, le faisant surplomber des vignettes montrant le visage de la femme d’abord ébahie par l’attitude de Subaru avant d’arborer une expression soulagée. La mise en scène est complexe, brisant les limites de la bande dessinée, mais elle appuie avec férocité un propos simple, qui devrait être naturel.

Tokyo Babylon - Sanskrit

La maîtrise de la mise en scène, et par extension du manga en tant que média, permet donc à CLAMP de s’exprimer avec aisance sur des sujets qui lui sont chers. Grâce à diverses techniques visuelles, les autrices parviennent à mélanger le cours du récit aux explications données aux lecteurs. C’est par exemple le cas lorsque Subaru fait la leçon à un enfant concernant le recul qui doit être pris vis-à-vis des informations transmises par la télévision et les journaux. Dans le cadre du récit, on est confronté à un adolescent qui explique très clairement et de manière didactique à un enfant désemparé pour qui il éprouve de l’affection qu’il ne faut pas prendre pour acquis tout ce qui est raconté. Mais dans la mise en scène, CLAMP montre un Subaru s’exprimant en regardant en face de lui. Le message qu’il porte dépasse le cadre du récit, et son interlocuteur n’est pas seulement l’enfant, il prend directement à partie le lecteur en le fixant, afin de lui transmettre un message réfléchi par les autrices du manga. Outre la place du personnage dans les compositions, CLAMP joue également du découpage des cases et de la représentation de l’espace pour appuyer ses propos, et cela va évidemment de pair avec une recherche esthétique si chère au studio. Les autrices s’amusent avec les cases en se servant de nombreux effets stylistiques. Lorsqu’elles les superposent, elles créent une tension dramatique à multiples couches, tandis qu’elles renforcent la puissance des mots en écrivant du texte en blanc, sans la moindre bulle, sur des cases noircies. De plus, elles gèrent l’espace de manière à faire ressortir les personnages clés des scènes, pour mieux mettre en évidence leurs propos. En dépassant le cadre du positionnement dans la composition d’un dessin, une technique employée dans Tokyo Babylon consiste à modifier le contraste entre le personnage qui subit et la foule. Cela permet de placer visuellement en avant quelqu’un ayant une souffrance à exprimer en opposition aux personnes qui lui font endurer des brimades, qui attisent des rumeurs et donc participent à l’oppression ou tout simplement aux gens qui passent en arrière-plan, et qui vont ainsi jusqu’à ignorer la souffrance d’autrui, comme si elle n’existait pas. On comprend donc par le biais de techniques de mise en scène à quel point la société broie les individus et les fait s’enliser dans leur solitude.

Comme pour l’écriture, toute la partie graphique de Tokyo Babylon est travaillée de manière à proposer de brèves envolées visuelles insufflant de la puissance aux messages passés. Autrement dit, dans le fil scénaristique des différents récits, il y a un moment où la tension est à son comble. Si les autrices choisissent cet instant pour mieux faire résonner les idées qu’elles souhaitent faire passer à travers le manga, le texte est mis en valeur par la mise en scène et le dessin. Les artistes utilisent en général des doubles-pages afin de mieux marquer leurs lecteurs. Lorsque l’on passe des planches normales à une double-page, l’impact est fort en lui-même, juste par son aspect visuel. Alors profiter de ces points culminants de divers récits pour faire passer des messages sociaux accroît la portée de ceux-ci. En général, une double-page composée d’une seule et unique case suffit à provoquer un choc, surtout quand elle est bien amenée par une montée en puissance préalable, mais CLAMP se permet d’aller encore plus loin en ajoutant un découpage au sein de certaines doubles-pages sans en atténuer l’impact. Cette introduction de la narration au cœur d’un moment censé être figé dans le temps témoigne d’une virtuosité évidente en matière de mise en scène. D’autres méthodes sont exploitées au sein de Tokyo Babylon dans le but de surligner les moments charnières, comme l’utilisation d’effets visuels ou le fait d’appuyer l’encrage. Ce dernier procédé artistique permet aux autrices de mieux faire ressentir la gravité d’une situation. En effet, en accentuant l’encrage sur le personnage concerné par la teneur du sujet sociétal qu’elles souhaitent aborder, elles insistent sur son expression faciale, ce qui permet aux lecteurs de comprendre d’autant plus facilement ce qu’il ressent. Tout est une question de perception donc, et il convient d’amener le lecteur à ressentir des émotions. Le dessin et la mise en scène sont des outils propres au manga, entre autres, pour y parvenir et la maîtrise de cette partie visuelle nous fait comprendre pourquoi CLAMP a choisi ce média de divertissement pour nous transmettre des leçons de vie et des messages sur la société. L’attache qu’a le studio pour le neuvième art se remarque aussi bien par son implication dans les sphères amatrices qu’avec le fait qu’il éprouve du mal à se détacher et à quitter les mondes créés, comme en témoignent les multiples suites de séries phares et les univers qui se croisent dans leur imposante bibliographie. Un amour pour le manga se fait sentir si fort qu’il paraît tout à fait naturel que le média devienne pour CLAMP un moyen d’expression privilégié.

Tokyo Babylon - illustration

Un quatrième personnage principal apparaît dès le premier chapitre du manga : Tokyo, la ville. Secourir cette mégalopole de son déclin devient l’une des préoccupations majeures de l’exorciste tant elle cristallise tous les maux d’une société. Tokyo Babylon est raconté par le prisme de la capitale japonaise et pour autant, ses messages sont universels. Le sexisme, le racisme, le harcèlement, l’oppression des minorités, la mise sous silence de la souffrance des individus sont autant de thèmes que l’on retrouve partout ailleurs dans le monde, et malheureusement encore à notre époque. Oui, quand bien même le manga est paru entre 1990 et 1993, les sujets qu’il aborde sont actuels. Les autrices y ont projeté leur vision d’une société dans laquelle l’urbanisation isole les habitants, ce qui les rend tristes, méchants, ou évidemment seuls. Sauver la mégalopole de Tokyo revient donc à sauver le monde, et pour y parvenir CLAMP nous propose la solution d’utiliser des pouvoirs magiques basés sur l’équilibre du Yin et du Yang non pas pour se battre contre des forces maléfiques, mais simplement dans le but de donner la parole aux personnes qui souffrent.

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