La séance du jour, LvK

Calls, angoisse auditive

Il y a des moments, on se demande ce qu’on faisait de si important au point de passer à côté d’une oeuvre que tout le monde semble avoir vu sauf nous. C’est la question que je me pose avec la série « Calls » dont la première saison a été diffusée en 2017 et la seconde en 2019. En 2020, je suis tombé par hasard sur cette incroyable expérience auditive.

Créée par Timothée Hochet d’abord sur Youtube puis développée sur Canal+ Décalé, « Calls » est une série composée de vingt épisodes répartis sur deux saisons. Ici nous sommes face à quelque chose qui bouscule les codes de la peur en favorisant les idées face au budget. Avec peu de moyen, on peut faire de grandes choses et « Calls » en est la preuve. Dans une interview, Timothée Hochet expliquait (à raison) que la peur au cinéma a toujours le même problème : il en dit trop surtout au moment des révélations.

Si dans le fond, la série livre un propos assez « classique » c’est dans la forme qu’elle innove, surprend et surtout immerge son spectateur dans un bain d’angoisse. Chaque épisode d’une durée variant de 10 à 15 minutes, traite de cas de possessions, d’un monstre marin ou d’une catastrophe aérienne via des conversations. A travers des récits téléphoniques, de transcriptions sur dictaphone, d’enregistrements issus d’une boite noire ou tout autres types de captation audio, Timothée Hochet et son équipe proposent de vibrer avec les oreilles.

Pour une immersion totale, il faut regarder « Calls » sur un smartphone ou un écran d’ordinateur, être plongé dans le noir et surtout (si possible) écouter avec un casque. Le travail sonore de Norman Tonnelier est tel qu’il demande une concentration totale, il faut se détacher de la moindre distraction. L’écran, lui, est totalement noir et sert de support pour lire les dialogues. Par moment en fonction de la tension ou comme pour accentuer la sensation d’oppression, l’écran est légèrement balayé par des flashs, des halos, des formes angoissantes. Le reste, c’est le casting qui s’en charge.

Chaque épisode fait appel des comédiens différents. On retrouve par exemple : François Civil, Kyan Kohjandi, Mathieu Kassovitz, Charlotte Le Bon, Gaspard Ulliel, Marina Foïs, Karine Viard etc. Les noms ne sont pas si importants ici. Il n’y a pas vraiment besoin de savoir qui est derrière quel personnage, mais par contre, du fait d’assister à une expérience concentré sur le son, on est par moment scotché par le travail d’acteurs. J’ai en mémoire cet épisode qui relate une émission nocturne à la radio et dont le déroulé se montre bouleversant. Les épisodes défilent rapidement et balancent parfois quelques uppercuts grâce une intensité de jeu des interprètes très bien dosée. Il n’y a jamais d’exagération. A contrario, certains épisodes, sont plus calmes, plus tristes et misent sur quelque chose de viscéral. La sensation d’angoisse est traitée dans toute sa complexité.

C’est après avoir visionné les deux saisons qu’on repense au propos de Timothée Hochet : « si on révèle tout, l’effet est raté ». « Calls » ne montre rien, il n’explique rien et oblige le spectateur à faire confiance à son imagination et ses souvenirs. Car dans cette série, il y a une chronologie des faits que l’on peut s’amuser à reconstituer. Il faut aller piocher dans les événements de tel épisode pour les placer avant ou après un autre et petit à petit, le puzzle s’assemble pour donner une image apocalyptique glaçante.

Après avoir vu « Calls », je me suis imaginé un film comme l’Exorciste avec son ambiance poisseuse, malsaine. Les événements liés à la petite Regan pourraient avoir été enregistrés et le contenu retrouvé des années plus tard. On y entendrait, des crépitements, les voix dédoublées de Regan et de son démon ou encore les incantations des Pères Lankester et Karras. La recherche de sueurs froides peut se faire de multiples façons, grâce à l’imaginaire de chacun et des expériences audio comme « Calls » sont de très bonnes pistes.

Le succès de cette série a traversé l’Atlantique avec Apple qui a acquis les droits pour une adaptation. Il n’y a plus qu’à espérer que les américains exploitent tout ça sans démesure.

La série est disponible sur Canal+ et Youtube.

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