Meloku

Les meilleurs Boy’s Love de 2020 : bonbon du paradis ou frisson des enfers, l’année des délices

L’année 2020 se termine et, avec elle, une longue liste de nouveautés mangas toutes plus belles les unes que les autres. Et le boy’s love n’a pas été en reste. Difficile pourtant de concurrencer l’année précédente qui nous avait régalés avec des titres horrifiques tels que MADK ou Heartless, mais elle s’est magnifiquement défendue. Je vous propose 10 titres coups de coeur, dans les découvertes de l’année, et un titre supplémentaire qui vient de tirer sa révérence et dont il est impossible de ne pas parler.

Happy Shitty Life, tome 1, Harada 

Collection Hana (BL IDP), 27 juillet 2020

Kasuya, salaryman ambitieux à Tokyo, se voit être muté dans un coin paumé de campagne, suite à un scandale dans son entreprise. Il va y faire la connaissance de Kuzuya, chômeur désoeuvré. Tout oppose les deux hommes, si ce n’est leur appétit sexuel et leur envie incontrôlable de « s’en prendre une dans le c** », ce qui, contre toute attente, va les rapprocher.

Harada, c’est l’humour obscène sans concession et décomplexé. Les situations loufoques se suivent dans probablement le manga le plus délirant qu’elle ait fait depuis longtemps. L’autrice aime nous faire rire entre deux stupéfactions, un vrai plaisir coupable de lecture. Elle nous offre aussi un coup de crayon unique, très reconnaissable, qui ne manque jamais de rendre avec justesse les expressions de ses personnages. Personnages terriblement attachants, malgré tout leur grotesque, et que l’on a hâte de retrouver dans le prochain tome.

One Room Angel, Harada

Collection Hana (BL IDP), 25 mai 2020

Kôki est un trentenaire englué dans une vie médiocre et ne trouve pas beaucoup de sens à sa vie. Un soir, il se prend un coup de couteau dans le ventre et, pensant que sa dernière heure est venue, il aperçoit un ange. A son réveil à l’hôpital, il croit avoir rêvé. Mais une fois chez lui, l’ange est bien là, attendant sagement son retour, ses ailes duveteuses déployées dans le petit appartement.

Un bijou. A l’opposé du titre précédent, et montrant par là toute l’étendue de son talent, Harada nous emmène observer Kôki et l’ange avec poésie et émotions. C’est un vrai ovni dans sa bibliographie, même si on reconnait bien l’autrice dans les touches d’humour qu’elle dissémine au fil des dialogues. Visuellement, on se fait régulièrement emporter par un talent lyrique étonnant, grâce à certaines planches fascinantes. Un bijou, donc, à mettre entre toutes les mains.

L’Oiseau de Shangri-la, tome 1, Ranmaru Zariya 

Collection Hana (BL IDP), 13 janvier 2020

Apollon, en pleine procédure de divorce, est engagé dans un bordel de prostitution masculine, le « Shangri-la ». Son rôle est de faire naître le désir chez les « oiseaux » (surnom donné aux prostitués) avant que ces derniers n’aillent satisfaire leurs clients. Pour débuter, il sera confié à Fee, jeune homme insaisissable au passé douloureux qui tentera tout pour le séduire. Mais Apollon aussi a un passé honteux…

Sans aucun doute la reine de l’érotisme et de la sensualité, Ranmaru Zariya nous offre ici son oeuvre la plus envoûtante. On se retrouve embarqué sur cette île d’un pays inconnu, et on pénètre avec Apollon dans ce bordel au décor verdoyant, au milieu de ces hommes beaux comme les dieux d’un morceau de paradis. Comme à son habitude, Ranmaru Zariya est une autrice perfectionniste, soucieuse des détails, tant dans son scénario que dans son dessin. Elle nous avait déjà montré dans Void (one-shot sorti chez Taifu en 2017) qu’elle était capable de nous embarquer dans des histoires au background complexe et qu’elle pourrait déployer tout son talent dans des oeuvres longues de plusieurs tomes. C’est chose faite.

La Vie en Rose, tome 1, Komachi Katsura 

Collection Hana (BL IDP), 23 novembre 2020

Séquelle directe de Rouge, de la même autrice : nous suivons la relation de Nagato et Ai, au lycée Yashima, repère de délinquants en tout genre au sein duquel se joue quelque lutte de pouvoir.

Ce qui interpelle avant tout dans les mangas de Komachi Katsura, c’est sa patte graphique. Elle avait déjà fait notre bonheur avec le superbe La fleur et le vampire (sorti chez le même éditeur en 2018) et ses planches merveilleusement composées. Son trait fluide n’est pas sans rappeler Chise Ogawa, dans la courbe et la finesse des corps de ses personnages. La combinaison est parfaite entre la légèreté de son coup de crayon et son univers parfois très sombre.

Nous avons pu prolonger l’aventure avec la sortie, également cette année, du spin-off de Rouge, intitulé Le Rouge et le Noir, se concentrant sur l’histoire de deux autres protagonistes, Yamato et Yukio, entre le lycée Yashima et leur place dans le clan yakuza Bidô.

Un Démon au Paradis, Kyôko Oyoshikawa et Naomi Aga

Taifu Comics, 28 février 2020, série finie en 2 tomes

Aoki est professeur dans un lycée et n’aime pas s’embarrasser de choses compliquées. La fuite en avant est sa spécialité. Mais sa rencontre avec l’infirmier scolaire, Tengoku, va l’obliger à faire face à certaines émotions. Pour le meilleur et pour le pire.

Ce boy’s love intriguait depuis son entrée fracassante aux Chil-Chil Awards, arrivé premier dans la catégorie « Jeunes talents ». Et il est à la hauteur de l’interêt qu’on pouvait lui porter, probablement la surprise de l’année ! On est fasciné par ce couple qui nous donne l’impression de faire tout à l’envers, se découvrant sadique et masochiste, se déstabilisant l’un l’autre et les lecteurs par la même occasion. Une suite est en cours dans le Qpa, espérons que nous aurons le plaisir de la lire chez nous également.

Akamatsu & Seven, tome 1, Shoowa et Hiromasa Okujima 

Collection Hana (BL IDP), 23 novembre 2020

Akamatsu, un lycéen toujours en colère, fait la connaissance de Seven, un jeune homme vivant dans le parc, et s’en fait un camarade de baston. Il finit par lui proposer de vivre chez lui le temps de trouver un logement et c’est ainsi que leur cohabitation commence.

Un des titres les plus attendus de cette année 2020. Et pour cause ! La grande Shoowa fait son retour avec un nouveau récit dans l’esprit d’Iberico Pork, mais avec un autre auteur au dessin, ce qui rend Akamatsu & Seven à la fois familier et très différent de ses oeuvres précédentes. Le coup de crayon est assuré par Hiromasa Okujima, un auteur qu’on aura l’occasion de découvrir aussi en avril chez Ki-oon, dans une oeuvre hors BL, Les racailles de l’autre monde, et qu’on peut déjà lire chez Omaké Manga avec Assistant Assassin. Leur passion des délinquants au coeur tendre les a donc réunis dans ce titre extrêmement attachant, véritable coup de coeur de l’année, dans une belle alchimie.

Kachô Fûgetsu, tome 1, Yuki Shimizu

Taifu Comics, 9 octobre 2020

Kazuto Itakawa, après le mariage de sa mère, décide de partir vivre dans la maison de son grand-père décédé, dans une ville perdue dans la montagne, désirant rester seul et réfléchir à ses problèmes. Mais, très rapidement, plusieurs personnages hauts en couleurs, habitants du coin, s’immisceront dans sa vie.

Le retour de la Queen du boy’s love ! Très attendue depuis la fin de Ze en 2012, ses fans guettaient sa nouvelle oeuvre avec attention, voyant les tomes sortir un à un au Japon mais sans aucun indice sur son retour en France. Quelle agréable surprise, donc, de la voir se faire éditer à nouveau ici, alors que Kachô Fûgetsu atteignait son 8e tome sur le sol nippon. Un premier tome qui nous introduit les différents protagonistes et pose les premières pierres d’une nouvelle aventure érotique et mystérieuse, dans laquelle on se laisse happer. On aperçoit déjà le schéma propre à l’autrice de faire évoluer différents personnages et couples, aux destins entremêlés. Vu tout son talent, nul doute qu’elle sera à la hauteur de ses oeuvres précédentes. On peut donc s’y lancer sans retenue.

My Little Inferno, Nemui Asada

Collection Hana (BL IDP), 9 mars 2020, série finie en 2 tomes

Hitoshi vit sa vie d’élève à la fac sans grande passion, jusqu’au jour où il rencontre Ma-kun, un homme étrange et plutôt louche, qui, menaçant, lui demande de l’héberger et de le cacher. Hitoshi, mort de peur, n’a pas d’autre choix que de le laisser faire, tout en réfléchissant à un moyen de s’en débarrasser. 

Ce n’est pas évident de comprendre Ma-kun au gré de ses pérégrinations. Ses repères moraux sont déglingués, il vogue en fonction de ses envies et de ses non-envies. Il fait souvent n’importe quoi, nous choque, nous énerve, mais finit par nous attendrir. Il apprendra, petit à petit, où sont les limites, les siennes et celles des autres. On ne peut pas s’empêcher de penser qu’au fond, c’est un mec bien, et de s’en vouloir un peu de le faire. Nemui Asada signe ici un vrai suspense, sombre et bien construit comme elle en a le secret. Sans contexte un petit chef-d’oeuvre du genre.

Les Âmes Perdues, Ringo Yuki

Collection Hana (BL IDP), 13 janvier 2020

Shûichirô a toujours eu un don de perception du surnaturel. Au décès de sa grand-mère, il rencontre Ten, un Yamabushi, moine qui vit en ascète dans la montagne. Celui-ci lui propose de l’héberger quelques temps. Mais Shûichirô est troublé, Ten ressemble étrangement à l’homme qui hante ses rêves chaque nuit.

Les histoires de Ringo Yuki sont empreintes de poésie et de mélancolie, soutenues par un trait tout aussi raffiné. Après le splendide Tamayura (sorti chez le même éditeur en 2016), elle nous emmène cette fois au milieu de l’ère Shôwa, peu après la guerre de Corée, dans la campagne japonaise. L’autrice a un don certain pour nous embarquer, tant son rythme est posé et ses décors travaillés, dans ses atmosphères si particulières desquelles on n’a jamais vraiment envie de revenir.

The Wize Wize Beasts of the Wizarding Wizdoms, Nagabe

Editions Komikku, 11 juin 2020

Il y a bien longtemps, le sorcier Wizdoms décida de donner forme et intellect humains aux animaux. Il créa ainsi la race des térianthropes qui, avides de savoir, créèrent des écoles. Les histoires de ce recueil se déroule dans une école de magie au sein de laquelle ces jeunes animaux anthropomorphes, magiciens en devenir, vont vivre leurs premiers émois amoureux.

Que dire de Nagabe, à part qu’il nous avait déjà envoûté avec L’enfant et le maudit, sorti chez le même éditeur. Il peut, dans ce tome, laisser libre court à sa passion des non-humains anthropomorphes. Chaque personnage est unique, son caractère teinté de ses caractéristiques animales, celles-ci se plaçant parfois même au coeur de l’intrigue. On se prend à espérer avoir encore toujours plus de Nagabe dans nos contrées.

Blue Morning, Shôko Hidaka

Collection Hana (BL IDP), série finie en 8 tomes

Akihito Kuze, après la mort de son père, doit endosser le titre de Vicomte et de chef de famille. Il est aidé par l’intendant Tomoyuki Katsuragi, responsable de son éducation depuis l’enfance. Mais les deux hommes sont guidés par une relation d’amour-haine, dans laquelle s’emmêlent non-dits, rejet et passion charnelle.

Même si elle n’est pas une nouveauté de l’année 2020, difficile de ne pas parler de l’oeuvre ultime de Shôko Hidaka, qui s’est terminée cette année avec son 8e tome. Mêlant décor historique et romantisme, respect des conventions et abandon à la passion, elle nous emmène après la restauration de Meiji, vivre l’histoire d’Akihito et Tomoyuki. Il aura fallu 10 ans à l’autrice pour conclure son oeuvre la plus emblématique, qui est devenue, sans aucun doute, un must-read.

4 réflexions au sujet de “Les meilleurs Boy’s Love de 2020 : bonbon du paradis ou frisson des enfers, l’année des délices”

  1. Bravo pour ton premier article déjà !

    C’est bien difficile de réagir en disant que je suis content de voir des autrices comme Harada ou Zariya dans ce classement, car c’est grâce à toi que je les ai lues. J’espère que ça poussera de nouvelles personnes à s’y intéresser, elles le méritent tellement. Et je suis très content d’avoir des petites surprises comme Akamatsu & Seven et My Little Inferno publiées en France cette année. Un petit mot Nagabe aussi, juste pour dire que je suis le plus heureux des fans que ses mangas hors L’enfant et le maudit soient publiés en France. J’aime tellement son trait…

    Là où ça devient compliqué, c’est que tu me donnes envie de lire des choses pas prévues, comme Les âmes perdues, Un démon au Paradis et, pire encore, des séries plus longues, avec Kachô Fûgetsu (après l’ensorcelant Ze) et surtout l’inévitable Blue Morning. Je vais pas tarder à craquer…

    Et pour finir, vivement 2021, j’espère des retours attendus comme celui d’Asumiko Nakamura (s’il vous plait les éditeurs) et plein de bonnes petites surprises.

    1. Merci beaucoup Joan! Si j’ai réussi à donner envie de lire les BL de la sélection, c’est parfait! On a été vraiment gâtés cette année, et il y en a pour tous les goûts, même pour les non-initiés. J’espère aussi revoir Asumiko Nakamura, on croise les doigts.

  2. Une sélection parfaite <3
    (pour chipoter – et pcq j'ai toujours des problèmes avec les limites – (10 ou 12 c'est un peu pareil^^') j'ajouterais Twilight Outfocus qui est une des perles de l'année et peut-être même aussi La Foret aux Lapins pcq Enjou <3 )
    J'ai toujours pas fini Blue Morning ni lu One Room Angel, faut vraiment que je m'y mette (mais j'aime garder des titres sûrs dans ma pal, ça m'angoisse sinon) à part ça je suis une fan absolue de ta sélection
    On a encore été gâté cette année, même si c'était effectivement pas simple de rivaliser avec l'an passé

    1. Merci pour ton avis :) C’est toujours un crève-cœur de faire une sélection parce que ça veut dire en éliminer! Il y en a quelques uns dont j’aurais aimé parler. Notamment des rééditions, Totally Captivated et 10 dance, qui ont fait mon bonheur aussi cette année.

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