Kevo42

La nostro sélection musicale du 8 octobre

Troisième nostro sélection et déjà l’occasion de se plaindre. Je vais en effet vous parler du paradoxe lié aux sorties de la semaine. J’en ai pris pleine connaissance en suivant les très bonnes playlists mensuelles (devenues depuis hebdomadaires) du site Brooklyn Vegan. Dans ces playlists, malgré la diversité des artistes et des genres, on pouvait repérer un motif : là la folk indépendante minimaliste, là le hardcore rempli d’émotion, là le rappeur aux beats dépouillés. Pris en eux-mêmes, chaque artiste clame son identité. Plaqués dans une playlist, on a l’impression d’écouter un peu la même chose, semaine après semaine. Cette sensation est tout à fait normale : chaque site ou journal a sa ligne éditoriale, tous les artistes ne peuvent pas réinventer constamment la musique, et, dans le format actuel de la nostro sélection, il est difficile d’imaginer écouter 9h de musique totalement originale.

Pour autant, cette sorte de lassitude n’empêche pas que, toutes les semaines, il y ait un ou deux albums qui cliquent. Dans cette playlist, j’essaie de mettre des disques qui ont été repérés par au moins un journaliste. Si la sélection met en avant les choses sur lesquelles j’ai cliqué, cela sûrement différent pour vous. Donc, malgré la lassitude des 9h de playlists, cela vaut la peine d’avoir cela en fond, histoire d’avoir, à un moment, quelque chose qui vous fasse tendre l’oreille et dire : ça, je vais l’écouter attentivement.

Cette semaine, trois nouveautés : tout d’abord la participation de deux autres nostroblogueurs, qui ont bien sûr très bon goût. Ensuite, une rubrique rattrapage, parce qu’on a beau essayer de passer les nouveautés au tamis, il y aura forcément quelque chose que l’on ne s’est mis à écouter que sur le tard. Enfin une partie consacrée à ce qu’écoutent les vrais gens, basé sur la playlist new music friday de spotify. Imaginez la honte que vous ressentiriez si vous deviez participer à Tout le monde veut prendre sa place, mais étiez incapable d’identifier le dernier single de maître Gims ! Hé bien grâce à la nostro sélection, cela n’arrivera pas.

La playlist spotify : 

Ce qu’écoutent les Nostroblogueurs

J’ouvre cette semaine la porte à deux nostroblogueurs au goût sûr. 

Ludo vous conseille d’écouter  Terrible town de Airways. Son PC étant mourant il ne peut vous dire ici pourquoi, mais à l’écoute du disque je dirais que c’est parce qu’il aime le gros son avec de grosses guitares et malgré tout une sensibilité power pop. 

El Tooms lui ne vous conseille pas un mais deux albums, dont la sensibilité vous enveloppera : I’ve Felt All This Things de Anna Leone et Friends That Break Your Heart de James Blake.

Pour amorcer les premières vagues de froid rien de tel que la chaleur d’une folk scandinave. L’icône Björk, les chœurs d’Amiina ou de Mùm vous parlent peut-être voire sûrement alors il faudra surveiller de près Anna Leone. Elle glisse dans les tympans collectifs un premier album qui trainera déjà longtemps dans les têtes ses mélodies éthérées et ses tonalités ambiantes dignes des plus grands fabricants et pionniers comme Eno, Budd ou Hopkins. Un mélange délicieux qui balaiera d’un revers gris, froid et monotonie des transports et emmènera poser nos valises sensorielles vers un univers où tout est encore à reconstruire. Cette jeune femme de 26 ans fera certainement parler d’elle dans le futur et sa première galette distribuée par les français AllPoints regorge déjà de titres emblématiques. A commencer par celle qui ne fait pas 24 heures sans que je retourne m’y reposer Still I Wait.

Déjà plus de dix ans et la trouvaille parmi les trouvailles dans une excursion intensive du côté du label techno belge R&S Records. La pelle tapa sur une résistance en or et deux EPs encore auréolés de légende : CMYK et Klavierwerke. Aujourd’hui encore cette poignée de morceaux dubsteps aériens ont encore la côte dans mes tympans et évidemment chaque nouvelle sortie de James Blake est un immanquable dans mon autoroute sonore. Les kilomètres ont été avalés avec une voix bien plus présente au profit de l’ambition des structures mais sa voix est une arme fatale. Il tétanise de ses échos éthérés et fixe au plafond dès que les tonalités s’envolent. Son dernier album, Friends That Break Your Heart, revient aux racines de Retrograde, cœur de file de son Overgrown. Douze titres limpides et homogènes qui nous prennent par la main et percent toute notion de ténèbres à l’horizon. Un allié idéal comme mon autre choix de la semaine pour aller escalader sans cordes les monts Octobre Novembre et  Décembre. 

Mon favori de la ballade reste le titre éponyme de l’album.

De mon côté, beaucoup d’emo cette semaine avec deux albums intéressants et un troisième qui m’a vraiment beaucoup plu. Les deux bons disques pour commencer : Still bloom de Church girls, un groupe d’emo américain avec une chanteuse. Une musique pas spécialement originale mais très efficace. La même chose pourrait être dit de Closer du groupe Heavy Heart. Comme le nom du groupe l’indique, le versant émotionnel est plus poussé ici. Surtout, le groupe est nantais, et voir le magazine allemand Visions parler de la scène nantaise qui s’est développée autour du ferrailleur emplit mon cœur de joie et de nostalgie. Comme ce disque, donc. La vraie claque de cette semaine est Illusory walls du groupe The world is a beautiful place & I am no longer afraid to die, dont on espère une tournée avec … and you will knows us by the trail of dead pour une tournée centrée autour du rock artistique et l’amour des noms trop longs. Ce nouvel album est très ambitieux, avec des influences shoegaze, un côté rock de l’espace à la failure, des alternances de voix homme / femme, et deux morceaux de vingt minutes à la fin. Sur le papier, cela ressemble donc à un album de Fucked up, mais … qui ne serait pas ennuyeux. Un peu à la manière de Touché Amoré sur stage four, il y a une vraie efficacité pop dans ces morceaux, mêlés à juste ce qu’il faut de complexité pour que l’on ait envie de s’y replonger pour tout comprendre. 

Autre coup de coeur mais qui n’a rien à voir : Après les heures grises de Pauline Croze. La chanson française indépendante, dans la lignée de Dominique A, a souvent produit des artistes qui écrivent des choses très belles mais aussi plutôt tristes. Si Pauline Croze n’est pas sans chanter sans douleur ancienne, ce n’est pas toute sa musique. On sait son amour pour la musique brésilienne, pour le rap (elle a repris Damso). Ces influences se traduisent dans sa musique par un mélange où l’énergie prend le dessus sur la tristesse. Alors oui, à l’image du travail de Joann Sfar qui illustre la pochette de son album, ses paroles peuvent être magnifiques et ensuite un peu bêtes, mais globalement, il s’en dégage un côté positif et confiant dans l’humanité qui me plaît beaucoup. Et puis, même si je sais que cela peut faire débat, j’aime beaucoup sa voix, ce qui n’est pas anodin dans l’appréciation que l’on peut avoir de sa musique. 

Le rattrapage : 

Deux rattrapages cette semaine : un disque que personne ou presque ne connaît sauf moi et un disque que tout le monde connaissait ou presque avant moi. 

La perle underground est Ça v aller de Pays P.,  un groupe parisien composé de deux frères (je pense) et d’une poète, ce qui est assez chic. Le groupe est récent, cet album est leur premier, mais a déjà tourné avec Big thief. Bizarrement, il semble d’ailleurs plus connu aux États-Unis qu’en France car c’est par Brooklyn Vegan que j’en ai entendu parler. 
Qu’est-ce donc alors que Pays P.? Un drôle de mélange à vrai dire. D’un côté une musique bien noise, presqu’hardcore. D’un autre côté une grande attention aux textes avec une voix très particulière. C’est un peu comme si le Feu chatterton faisait un disque avec Die Nerven. Ce mélange particulier rappelle d’autres groupes étranges et mémorables du rock indé français comme Virago ou Diabologum. Résultat, je ne sais pas si j’aime vraiment ce disque (en vrai si), mais il m’intrigue et parmi le flux de nouveautés, c’est l’un des rares que je continue à écouter. 

Le disque hyper connu c’est Inside de Bo Burnham. Ce comique américain est là depuis plus de dix ans mais je ne le connaissais pas, et si j’avais bien vu ma timeline de Twitter en parler avec enthousiasme, je n’ai regardé son show Inside que cette semaine. Si vous ne connaissez pas, vous devez vous demander maintenant pourquoi je parle d’un spectacle de stand up. C’est que Bo Burnham écrit des chansons satiriques, mais, contrairement à par exemple Coluche, elles ne sont pas que le moteur d’une parole humoristique mais de vrais tubes. Musicalement, on pense à Depeche mode, à NIN, au Kanye west de My beautiful dark twisted fantasy, et thématiquement ce n’est pas tellement plus joyeux. Enregistré seul dans sa maison, Inside est l’aboutissement de l’esthétique du confinement, où l’on se connectait pour voir Low jouer dans le jardin faute de pouvoir les voir sur scène. C’est à la fois drôle, acerbe dans la vision du monde, et touchant dans ce qu’il donne à voir du profond sentiment d’isolement de son auteur. Je vous conseille absolument de regarder le special sur Netflix, et je suis sûr que vous aurez envie d’écouter les chansons après. 

Ce qu’écoutent les vrais gens

Pour cette sélection je suis parti de la playlist New music friday de Spotify. J’aimerais élargir cette sélection en regardant les nouvelles propositions de NRJ, Chérie fm ou Fun Radio mais elles sont très difficiles à trouver sur leurs sites. Les mauvaises langues diront que cela s’explique par le fait que ces radios ne diffusent aucune nouveauté. 

Quelques remarques donc sur les titres mis en avant par Spotify. Le premier single qui m’a réjoui était la présence de Gims dans les charts. On l’avait laissé un peu en galère après le premier volume de Devil’s relics. Il est rassurant de le voir rebondir dans la chanson. Cela représente un vrai message d’espoir pour nos dessinateurs de manfra. 

Le single de BBno$ est l’occasion de retrouver une autre personne qui a été le sujet de moqueries : Rebecca Black. Cette jeune chanteuse était devenue un meme suite à la chanson friday. Je suis content de la revoir dans un contexte positif, même si c’est dans le cadre d’un featuring auprès d’un chanteur grâce à la danse d’un tik tokeur chinois. Là encore un beau message d’espoir. 

Toujours de l’espoir avec le nouveau single de Kelis, qui retourne à son style propre et abandonne les collaborations avec David Guetta. 

Mammamia, le nouveau single de Maneskin montre que gagner l’Eurovision n’est pas synonyme de mort artistique. Le groupe de rock italien est devenu vraiment populaire. Et si le meilleur moyen de gagner l’Eurovision était de faire de la musique que les gens aient envie d’écouter ? Une piste à creuser, assurément. 

Le nouveau James Bond, Mourir peut attendre, est enfin sorti (avec une bande son de Hans Zimmer aidé par Johnny Marr aux bruits de guitare), avec sa musique de générique. Cette fois-ci, c’est Billie Eilish qui la chante, et c’est très joli, même si je serai toujours inconsolable que Spectre de Radiohead ne soit pas une chanson officielle. 

Enfin Justin Bieber a sorti une édition étendue de son nouvel album, ce qui réjouira notre président et Naps a convaincu Jul et Sch de le rejoindre pour former les Avengers. Une configuration que même le gardien n’a pas vu venir, mais qui plaira sans doute au Thor fêtard. 

La presse a aimé

Il faut croire que la presse en a elle aussi assez d’écouter toujours la même chose car les deux albums qui reviennent le plus (4 itérations)  sortent du lot.

Il y a tout d’abord Talk memory de Badbabdnotgood, un groupe de jazz qui a l’air de mélanger un peu tous les styles : là un morceau jazz fusion, là un hommage à Jobim. Je n’écoute pas assez de jazz pour vous dire si c’est le top du top. Je vous le conseillerais donc si à la question : écoutes-tu du jazz ? vous souhaitez répondre autre chose que, ah oui j’aime bien le trio d’Esbjörn Svensson.

Autre album cité quatre fois, Windflowers d’Efterklang. J’aimerais vous dire qu’il s’agit d’un album de pop électronique calme et subtil, rappelant tour à tour Talk talk, Sigur Ros ou les Talking heads, mais la seule chose qui m’est passé par la tête en écoutant cet album est : cela ferait une belle musique pour death stranding. 

La presse a aussi été très enthousiaste pour les albums de James Blake et The world is a beautiful place & I am no longer afraid to die, ce qui prouve, si besoin était le bon goût des nostroblogueurs.  

Rapidement, trois albums ont été cités par trois publications : I want the door to open de Lala Lala, Vanities de W.H. Lung, et All day gentle de Porches. N’hésitez donc pas à y jeter aussi une oreille.

Les vieux de la vieille

Trois vieux de la vieille cette semaine : deux singles et un album événement. 

Côté single, le retour de Tears for fears, 17 ans après leur dernier album et un premier single du nouvel album de Dave Gahan de Depeche mode. Il s’agit d’un album de reprise, et ce premier morceau en est une de Cat Power, qui elle-même sort bientôt un album de reprise, mais qui ne contiendra, il me semble, aucune reprise de Depeche mode. L’album s’appellera Imposter, ce qui est peut-être une réponse à Counterfeit, l’E.P. de reprise de Martin Gore.

L’album événement, qui conclura cette semaine, est Géographie du vide d’Hubert Felix Thiéfaine. Il y a deux catégories de personnes. Les fans de Thiéfaine, et les autres. Les fans de Thiéfaine diront qu’il s’agit d’un nouveau chef d’œuvre poétique et iconoclaste. Les pas fans diront qu’il chante un peu n’importe quoi, pas très juste sur une musique pas très bien arrangée. Ici, on dira que comme tous les artistes profondément libres, il ne laisse pas indifférent. 

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