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Jack White – Fear Of The Dawn

En attendant que la team Nostro puisse se repencher sur la selec musical hebdomadaire, je viens en solitaire vous parler du nouveau projet de Jack White. L’ex membre des White Stripes vient de livrer un album (le 8 avril), premier composant d’un diptyque qui sera complété en juillet prochain. Cette première partie représente la partie électrique du musicien et s’appelle Fear Of The Dawn.

L’Empire du côté White

A bientôt 47 ans, Jack White est un artiste qui semble porter seul la bannière du garage rock qu’il a revitalisé à l’aube des années 2000. Avec sa femme de l’époque Meg White, ils forment le duo rock qui a enflammé beaucoup de salles et de stades. Au sein des White Stripes, Jack est le leader, il compose, chante, sature chaque morceau du groupe avec habileté tandis que Meg l’accompagne à la batterie. Très influencés par le blues ou la scène punk de Detroit (MC5 par exemple) dont ils sont originaires, les White Stripes sont un marqueur temporel important du rock alternatif. 

Alors que le groupe est sur un rythme d’un album par an dont Elephant qui les exposera à l’international, Jack White regarde ailleurs et commence à composer avec son cousin Brendan Benson. Ensemble, ils vont enfanter The Raconteurs et sortir un  premier album. Comme si cela ne suffisait pas, Jack White crée un autre groupe dans lequel il s’attachera surtout à la batterie et sera un peu plus en retrait. The Dead Weather se compose d’Alison Mosshart (The Kills), Dean Fertita (Queen Of The Stone Age) et Jack Lawrence (The Raconteurs, Blanche, Greenhornes).

Entre 2000 et 2010, Jack White a pris part à 10 albums dont pour la majorité il en est auteur et compositeur. En entrant dans les années 2010, Jack et Meg White annoncent la fin des White Stripes. Du côté de The Raconteurs et The Dead Weather, les deux groupes sortiront leur troisième album rétrospectivement en 2019 et 2015. Les deux groupes sont des sides project et ont aucunement l’ambition de vampiriser la créativité de leurs membres.

De son côté Jack White oscille entre sa participation aux groupes, des ambitions solo et une carrière de businessman. Depuis 2001 White est le patron du label Third Man Records (TMR) qui produit, édite les albums de ses groupes et déniche de futurs talents.

TMR est implanté à Nashville l’un des berceaux de la musique country, blues, rock. C’est dans cette ville du Tennessee que Jack White et ses groupes ont enregistré certains albums, tout comme Elvis Presley, Bob Dylan, Lana Del Rey. Les Black Keys y ont créé un studio d’enregistrement. Bref, un emménagement logique. Lorsqu’on se rend à dans les locaux de TMR, on trouve un complexe composé d’un studio, une salle de concert, une presse à vinyle, un labo photo.

Assister à un concert dans ce lieu est une expérience puisqu’en plus d’être un temple du garage rock et du blues, il est possible pour le public de pouvoir parfois acheter un vinyle du concert auquel ils viennent d’assister. En 2015 TMR ouvre une antenne à Détroit, puis à Londres 2020 en pleine pandémie mondiale.

Aujourd’hui le label dispose d’une aura assez vertueuse mais peut être considéré comme niche. Son site web propose de s’abonner de manière trimestrielle ou annuelle pour 75$ ou 280$ et ainsi accéder à des réductions, de la précommande et des exclusivités comme des éditions limitées de Vinyles, CDs ou cassettes audio. Débordé par les demandes de production de divers groupes, amateurs ou pro, Jack White a récemment lancé un appel aux Majors pour qu’elles puissent contribuer à la production d’un support physique très apprécié en 2022.

Aussi, White s’est rapproché de Paul McCartney pour créer une édition limitée à 333 exemplaires de son dernier album III sortie en 2020.

Vous l’aurez compris, Jack White aime la musique, la sienne et met tout en œuvre pour la préserver. A un tel point qu’aujourd’hui il est considéré comme un artiste hors du temps, bien plus en décalage avec ses contemporains. Aujourd’hui (depuis une bonne décennie en fait) le rock est largement mis en concurrence avec le hip hop, la pop ou même l’électro et Jack White s’impose en gardien du temple rock de part sa créativité mais aussi son implication dans l’industrie. Beaucoup pensent que White est un de ces artistes qui rêve éveillé, encore bercé par ses immenses succès, et porté à bout de bras par un public qui résiste mais qui s’intéresse aussi à une autre musique. 

Fast and furious 

Fear Of The Dawn est un album court, de 40 minutes. Rien de neuf pour White qui a signé ses trois précédents albums avec la même durée. En solo White ne convainc pas de la même manière que lorsqu’il est au sein d’un groupe. Il a même plutôt déçu avec le dernier album Boarding House Reach.

Chaque album possède la même essence de guitare saturée, des riffs plutôt incisifs et toujours cette ambiance blues qui permet d’identifier White à la première note. Pour ne pas l’aider, il se traîne la triple étiquette de rockeur et des groupes dont il a été ou est encore membre. Et forcément la comparaison survient toujours.

L’album est disponible librement sur le channel Youtube de Jack White.

Pour Fear Of The Dawn, Jack White semble s’être émancipé de son passé, de son rôle de gardien du rock alternatif et n’hésite pas à y aller à fond. Clairement les potards sont poussés à fond et comme il a décidé de répartir sa musique sur deux albums aux ambiances différentes avec ici uniquement des morceaux électriques, l’album est bien plus cohérent et agréable que les trois précédents. 

C’est Taking Me Back qui ouvre l’album, premier single qui avait étrangement accompagné un trailer d’annonce du prochain Call Of Duty, niveau philosophique indépendante le choix est surprenant. La suite possède la même énergie, la même utilisation d’effets fuzz et vient tutoyer Led Zeppelin, Sonic Youth ou encore Judas Priest. Fear Of The Dawn titre éponyme, sur la seconde piste, est peut-être le meilleur titre de White depuis longtemps. The White Raven lui emboîte le pas, moins énervé mais à l’efficacité incontestable et qui rappelle un artiste comme Zappa.. De quoi égarer quelques fans qui s’attendaient à retrouver la chaleur des White Stripes alors qu’on est clairement sur quelque chose de survitaminé. Jack a dit, le rock doit se renouveler et Jack le fait. Au point même d’ajouter du hip hop avec un featuring avec Q-Tip sur Hi De Ho, petit ovni de cet album. 

Toujours dans cette démarche de couper avec le passé, White s’autorise à injecter du dub dans Esophobia, une première fois puis une reprise quelques titres plus tard. L’album est une courte mais intense exploration, une nouvelle quête d’un nouveau son pour White. Into The Twilight est peut être le seul moment faible avec une durée de 4:41, un peu ennuyeuse. Comme Jack fait ce qu’il veut, il propose une petite interlude de 30 secondes intitulé Dusk où il tapote sur ses cordes avant d’envoyer le morceau What The Trick qui vient anéantir la douceur de la pause précédente. That was then this now continue dans la même énergie mais possède une structure plus éclatée avec un segment dynamique avant de disgresser vers quelque chose de plus calme. Morning Noon and Night pourrait se rapprocher du son des Beatles, époque album blanc et au delà.

L’album se clôture par Shedding My Velvet, mettant fin à une écoute de 12 titres. Le titre est le plus posé avec une vibe lounge. Les dernières secondes voient une guitare aux sonorités acoustiques et la voix de White calme, comme l’acceptation de voir l’Aube se lever. 

Projet né pendant la pandémie mondiale, Jack White a enregistré chaque instrument ou a été accompagné et a réussi à mettre de côté son esprit Control Freak. Bien que Fear Of The Dawn soit un album qui arpente divers chemins du rock, les différentes expérimentations fonctionnent, elles sont déroutantes certes mais si on accepte cela, on tient là, sans doute un des meilleurs albums sortis du cerveau de Jack White. On ressent sur certains titres toute la complexité du musicien que ce soit dans la composition, la quête de renouvellement, assumer un passé qui pèse un peu et l’envie de tout envoyer balader pour se recentrer sur quelque chose de simple et efficace.

Fear Of The Dawn va diviser, divise surement déjà et les oreilles attendent désormais Entering Heaven Alive, conclusion du diptyque tout en acoustique cette fois.

Jack White vit dans son monde, lui seul a les clés, et Fear Of The Dawn est une belle porte d’accès.

UN MOT SUR LE SUPPORT VINYLE

Grand défenseur de ce support, Jack White a tout naturellement édité son album sur son label et proposé des versions vinyles. Une exclusive disponible sur le site de TMR à 39$ (en plus de l’abonnement trimestrielle ou annuel) avec un très beau design en ce qui concerne le disque. Et une autre plus simple, disponible dans toutes les bonnes enseignes pour une vingtaine d’euros. Là où le bât blesse, c’est que cette version est d’une simplicité déconcertante quand on connait White et ce qu’il défend, l’amour du support physique, l’importance de la connexion entre l’artiste et son public (les téléphones portables sont interdits à ses concerts). Fear Of The Dawn, est livré dans une pochette simple (gain de place, on apprécie) et les trois inserts contenant un artwork, les paroles etc sont mis en vrac à côté du vinyle. Une petite enveloppe, aurait été agréable histoire de protéger ces beaux papiers. Malgré sa défense de l’aspect matériel de la musique, un petit code de téléchargement pour récupérer les titres dans une qualité idéale aurait été un petit bonus appréciable.

1 réflexion au sujet de “Jack White – Fear Of The Dawn”

  1. J’adore les White Stripes et Elephant fait partie des albums les plus importants de ma vie. Merci beaucoup pour ton article passionnant, qui me donne une nouvelle fois envie de me remettre à ce que fait Jack White.

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