The night beyond the tricornered window : enquêtes paranormales et manipulations humaines

Manga de Tomoko Yamashita, aussi connue pour sa merveilleuse tranche de vie Entre les lignes, The night beyond the tricornered window est une série débutée en 2013 dans le magazine Be x Boy. Terminée en 11 tomes dont un bonus, l’œuvre de Tomoko Yamashita est publiée dans une revue boy’s love et vendue sous forme de livres dans une collection josei. Fort de son succès, The night beyond the tricornered window a été adapté en film ainsi qu’en série d’animation. En France, le manga paraît chez les éditions Taifu.

Dès sa première page, The night beyond the tricornered window nous fait découvrir le don de son protagoniste : Kôsuke Mikado peut voir les morts. L’autrice nous présente son pouvoir par le biais de ses lunettes, lorsqu’il les enlève, le personnage voit tout flou autour de lui sauf les fantômes dont il distingue les contours clairement. Sa faculté est découverte dès le début du manga par Rihito Hiyakawa, un exorciste asocial qui le recrute afin qu’il l’aide dans ses enquêtes paranormales. Mikado travaille déjà dans une librairie, sans compter que ce qu’il voit l’effraie, il observe les morts en retirant ses lunettes surtout pour s’en tenir éloigné. D’ailleurs, il ne croit pas vraiment au surnaturel, et malgré le fait qu’il puisse observer l’invisible depuis son enfance, il tente de trouver des explications rationnelles à ces phénomènes. Ainsi, son monde change au contact de Hiyakawa, qui l’enrôle sans trop lui laisser le choix dans des chasses aux fantômes. 

En mettant en scène des exorcistes, en plus un duo à la relation très ambigüe avec des sous-entendus homoérotiques, en parlant de sujets comme l’emprise psychologique ou la faculté de voir ce que les autres ne voient pas, le manga de Tomoko Yamashita rappelle certaines des meilleures séries de CLAMP. En le lisant, on pense à Tokyo Babylon, Lawful Drug ou encore xxxHolic. Mais l’autrice impose sa personnalité tant elle brille par son style bien à elle et sa narration esthétisée et moderne. Son découpage des cases paraît simple et pourtant chaque plan est millimétré pour créer une ambiance tout en rendant la lecture fluide. Elle se permet même de faire passer des images subliminales dans ses dessins, comme la présence de triangles, symboles fantastiques d’enfermement, qu’elle dessine discrètement partout et notamment dans les yeux de ses personnages. L’autrice joue donc avec les codes narratifs du manga, qu’elle chamboule sans cesse lorsqu’elle nous fait basculer dans le monde des esprits, se libérant du carcan des cases ou du sens de lecture, quand elle ne crée pas des effets stylistiques directement dans les bulles de dialogue. Tomoko Yamashita maîtrise son œuvre sur la forme, rendant sa lecture essentielle pour qui s’intéresse au neuvième art, d’autant plus que le fond est tout aussi intéressant.

The night beyond the tricornered window raconte donc des enquêtes paranormales, et surprend par ses changements de ton. On passe de l’horrifique au thriller, des récits glauques, oniriques, atmosphériques ou bizarres, notamment avec quelques modifications corporelles pouvant rappeler un maître du genre tel que Junji Itô. En plus des investigations, il y a de l’action dans ce manga et du sous-texte érotique, notamment dans l’utilisation des pouvoirs surnaturels faite de nombreuses métaphores sexuelles. C’est aussi une comédie humaine rendue passionnante par la manière dont Tomoko Yamashita façonne des personnages intrigants en leur retirant tout manichéisme. Si Hiyakawa aide les humains en combattant des fantômes, il n’est pas là pour faire le bien pour autant, comme en témoigne sa relation avec Mikado qui est l’un des fils rouges du manga. Et pour cause, elle est fascinante tant il développe à l’aide de ses pouvoirs son emprise mentale sur le protagoniste sans que ce dernier ne s’en rende compte. Cette relation malsaine est à la fois troublante et mystérieuse, elle fascine par l’inquiétude qui s’en dégage. L’un des intérêts de la série est d’arriver à cerner ce que Hiyakawa attend de son acolyte. Mikado se rend compte au fur et à mesure que quelque chose cloche mais il ne parvient jamais à comprendre quoi, ses connaissances spirituelles étant sans doute trop limitées à l’instar de celles des lecteurs qui se retrouvent dans la même position que lui. 

L’autre fil rouge du manga est la présence d’Erika Hiura, un nom que les deux exorcistes rencontrent au cours de leurs enquêtes, une femme qui serait à l’origine de puissantes et macabres malédictions. Cela ajoute une nouvelle dimension aux histoires de fantômes puisque l’on entre en présence d’un antagoniste que l’on rencontre bien vite dans la série et qui échappe également à toute notion de bien et de mal. Le scénario de The night beyond the tricornered window se densifie au rythme des nouvelles révélations, ce qui donne naissance à une série bien plus complexe qu’un simple enchaînement d’enquêtes surnaturelles. Tout comme le fait Mikado, on en vient à se demander qui d’entre les esprits et les humains sont les plus terrifiants. Et si le protagoniste est d’abord effrayé par les morts qu’il voit se mouvoir grâce à son pouvoir, il va devoir apprendre à se méfier de plus en plus de ses semblables.

Ce manga est définitivement envoûtant. Comme Mikado n’arrive pas à se défaire de l’emprise de Hiyakawa, le lecteur est captivé par l’œuvre mise en scène par Tomoko Yamashita. Elle nous aspire dans The night beyond the tricornered window grâce à l’efficacité de sa narration, son esthétisme moderne et la puissance de son récit. Tous les personnages qu’elle présente suscitent l’intérêt, chacune de ses histoires tient en haleine jusqu’au dénouement, sans compter que les trames principales nous plongent dans l’inconnu, un trou noir dont il est bien difficile de s’échapper. Et d’ailleurs, c’est avec grand plaisir que l’on s’engouffre encore plus profondément dans l’obscurité de la série. The night beyond the tricornered window s’impose en somme comme un incontournable pour qui aime les thrillers psychologiques, horrifiques ou surnaturels. 

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5 réflexions sur “The night beyond the tricornered window : enquêtes paranormales et manipulations humaines

  1. Je l’ai dans ma PAL depuis un petit moment (mais pas encore lu) et en le feuilletant, j’ai aussi retrouvé beaucoup d’éléments de Lawful drug, ce qui n’est pas pour me déplaire. Elle me manque cette série ! Le petit détail des triangles dissimulés est juste passionnant, j’ai définitivement hâte de l’entamer.

    • C’est une lecture parfaite pour Halloween, entre les références à des films d’horreur et les enquêtes sous le thème de l’exorcisme, je pense que ça va te plaire. Il y a des passages qui font penser à des scènes très précises de CLAMP, par exemple la première histoire du tome 3 m’a rappelé l’intrigue autour de la femme qui ment dans xxxHolic à travers le découpage ou encore les plans sur les gestes, le regard…

  2. Pingback: Halloween en manga | NOSTROBLOG

  3. J’adore énormément cette série ! ♥ C’est glauque et glaçant mais comme tu dis on est accro, tellement l’autrice maîtrise son sujet. Le côté paranormal et ésotérique ajoute vraiment quelque chose à l’histoire, l’étoffant.

    Je suis parfois saisie par certains regards qui donnent l’impression de me transpercer ! C’est saisissant.

    J’aime le fait que le fil rouge se construise assez rapidement, ce qui évite un schéma classique d’enquêtes paranormales/exorcisations à chaque chapitre. Là c’est plus complexe : on voyage dans le passé, dans les esprits et les univers parallèles.

    Cette symbolique du triangle m’intrigue vraiment. Le côté inversé fait aussi référence à la féminité au contraire du triangle pointe en haut. x)

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