Keigo Shinzô : Un souffle d’air frais sur la planète Manga

Keigo Shinzô apporte un souffle d’air frais au manga. Appartenant à la génération qui suit celle d’Inio Asano (Solanin, Bonne nuit Punpun) et Shûzô Oshimi (Les Fleurs du Mal, Les liens du sang) et qui précède celle de Tatsuki Fujimoto (Chainsaw Man, Look Back), l’auteur nous fait nous évader à travers des mangas au style singulier qui parlent de relations humaines. Concernant sa génération, il est marié à la mangaka Natsuko Taniguchi dont les œuvres sont malheureusement inédites en France. Et l’artiste trouve surtout de l’émulation dans le travail de Tsuchika Nishimura (La concierge du grand magasin, Au revoir Mina), qu’il considère comme un camarade et un rival. Alors que son œuvre phare, Hirayasumi, arrive en France aux éditions Le Lézard Noir, plongeons-nous dans la carrière aussi jeune que mouvementée de Keigo Shinzô.

Lire la suite

Zone Fantôme : une autre histoire de l’œil

Une jeune femme qui ne peut s’empêche de pleurer, un lycée où se déroule un culte macabre, un homme qui découvre une rivière spectrale alors qu’il voulait se suicider, un tueur en série qui n’est pas maître de ses actes, bienvenue dans Zone Fantôme, la nouvelle série d’histoires horrifiques de Junji Itô. Publiée en ligne sous la forme de saisons ainsi que dans le magazine Nemuki +, cette série de récits indépendants a débuté en 2020, et suit ainsi Sensor dans la chronologie des mangas de l’auteur. En France, le premier tome est sorti au sein des éditions Mangetsu. Celui-ci contient quatre histoires : Le coteau aux pleureuses, Maudite madone, La rivière spectrale d’Aokigahara et Léthargie

Après une panne d’inspiration qui a donné lieu à des récits tout de même excellents comme en témoigne La déchéance d’un homme ou encore Raspoutine le patriote, Junji Itô est revenu aux fondamentaux de sa manière de concevoir du récit d’horreur avec Sensor. Dans la pure continuité, il signe Zone Fantôme où il se débarrasse de la connexion entre les différentes histoires, sorte de prison narrative pour lui qui brille dans la brièveté de ses récits. Il propose donc quatre épisodes succincts, dont la rapidité du basculement vers l’effroi puis en direction d’une conclusion souvent macabre est la principale force. Pour autant Junji Itô prend le temps de poser calmement les bases de ses scénarios en présentant à la fois les personnages et le contexte, une place offerte par l’amoindrissement des contraintes éditoriales dû à la publication en ligne. 

Lire la suite

Interview de Taiyô Matsumoto : l’art de se réinventer à chaque manga

À l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, j’ai eu l’honneur de rencontrer l’immense Taiyô Matsumoto lors d’un long entretien. Cet auteur que j’ai adoré lire à travers des mangas comme Amer Beton, Number 5 ou Sunny se dévoile cette rencontre organisée par les éditions Kana et propose de revenir sur l’ensemble de son œuvre, une bibliographie en perpétuel mouvement, contrastée de récurrences qui nous fascinent depuis ses premières histoires. L’interview s’est déroulée avec nos confrères d’AnimeLand, Manga News, Journal du Japon et Bodoï, et les réponses ont été traduites par Yuki Takanami et Ilan Nguyên.

Lire la suite

Après la pluie : la mise en scène de l’Amour

C’est le 27 juin 2014 que le manga Après la pluie de Jun Mayuzuki a débuté au sein du magazine mensuel Spirits des éditions Shogakukan. Le 18 janvier 2016, il est transféré dans revue Big Comic Spirits de la même maison d’édition. Il y est publié jusqu’au 19 mars 2018, où il s’achève en l’espace de 10 volumes. Fort de son succès critique et public, la série est adaptée à l’hiver 2018 en une série d’animation de 12 épisodes réalisée par Ayumu Watanabe puis en film mis en scène par Akira Nagai. Ce dernier est sorti dans les salles obscures japonaises le 25 mai 2018 et a été précédé d’un court drama promotionnel de 4 épisodes. Une période assez faste pour le manga au Japon, au sein de laquelle un artbook est également sorti. En France, ce sont les éditions Kana qui publient Après la pluie depuis le 7 avril 2017. Il est traduit par Thibaud Desbief.

Apres la pluie - manga

L’histoire racontée par Jun Mayuzuki est tout ce qu’il y a de plus simple, puisqu’elle en met en scène Akira Tachibana, une jeune lycéenne qui travaille dans un restaurant familial depuis qu’elle est tombée amoureuse du patron, Masami Kondô, un père célibataire de 45 ans. À travers cette romance naissante, l’autrice aborde de nombreux thèmes liés à la rencontre, des sentiments pétillants à la cicatrisation de blessures, en passant bien évidemment par la flamme de la passion qui se ravive. Il est clair qu’Après la pluie est un manga plus profond qu’il n’y paraît, et cela se remarque très vite, dès les merveilles que produit sa créatrice avec le découpage des cases. On y retrouve de nombreuses idées de mise en scène servant à appuyer les sujets abordés, et bien évidemment à donner un charme tout particulier à la série. Il convient alors de s’intéresser à la richesse visuelle d’Après la pluie, dont la maîtrise affolante n’aura eu de cesse de séduire son public dix volumes durant.

Lire la suite

Le Halloween de Nostroblog

Parmi les nombreuses fêtes qui parsèment l’année, les adorateurs du monde des ténèbres que nous sommes avons une préférence : Halloween. C’est à visage masqué – à l’effigie des créatures les plus effrayantes de notre folklore – que nous vous livrons cet article. Vous y trouverez de nombreux bonbons, choisis avec minutie, afin que votre soirée festive se transforme en une mémorable plongée dans les enfers.

halloween de Nostroblog.jpg

Lire la suite

3 questions à Daisuke Imai

Fin 2015, en pleine publication de Sangsues, la maison d’édition Casterman nous a permis prendre contact avec Daisuke Imai afin de parler de son art. En résulte une courte interview d’à peine trois questions longtemps restée dans nos placards et que nous décidons d’enfin vous dévoiler. Et pour cause, l’auteur revient au devant de la scène avec la publication de Destins Parallèles chez Komikku. Un projet ambitieux de l’artiste puisqu’il s’agit en fait de deux séries agissants comme des miroirs l’une de l’autre, Elle et Lui, alternant le point de vue sur une romance entre la femme et l’homme.

daisuke imai (sangsues - destins paralleles) interview.png

Etant tombé sous le charme des dessins de Daisuke Imai à la lecture de Sangsues, fasciné par la manière dont ses personnages se fondent dans les décors, je l’ai questionné sur son processus créatif. L’entretien est succinct mais si comme moi les planches de l’artiste vous séduisent, quelques informations sur sa manière de les composer pourraient vous intéresser.

Lire la suite

Kids on the slope : l’espace pour exprimer les sentiments

« La peinture et le jazz ont des points communs, j’en suis sûre. La peinture joue sur l’espace, le jazz joue sur le temps. Mais c’est toujours exprimer ce qu’on est dans le lieu présent et l’instant actuel, ici et maintenant. »

En empruntant ces mots à Junichi, Yurika dévoile au lecteur quelque chose qu’il peut retrouver dans le manga de Yuki Kodama : à travers ses compositions, l’auteure joue sur la distance et la gestion de l’espace afin de mieux lui faire comprendre ce que ressentent les personnages. Après avoir évoqué la notion de s’ouvrir au monde, nous allons nous plonger dans les dessins de Kids on the slope à travers quelques exemples pour en comprendre l’essence.

kids on the slope artwork.jpg

Lire la suite

Interview d’Eldo Yoshimizu : le manga comme exutoire

Exposé en galerie avant de devenir un livre, Ryuko est le premier manga d’Eldo Yoshimizu, un artiste reconnu qui, à presque 50 ans, a décidé d’auto-publier sa bande dessinée. Diffusé en France chez Le Lézard Noir et sur une traduction de Miyako Slocombe, ce diptyque à l’accent vintage fait d’ores et déjà figure d’incontournable pour tout amateur de récits à l’action effrénée. Et ça tombe bien, car durant le Festival d’Angoulême, nous avons pu rencontrer l’auteur afin d’approfondir l’univers de son œuvre grâce à un entretien exclusif de près d’une heure, traduit par Asako Duval, que nous vous livrons ici.

eldo yoshimizu interview nostroblog.png

Lire la suite

Berserk : Je crois en la violence multiple, démoniaque, angélique et apostolique…

Bien avant Berserk, les délices infernaux d’Hiéronymus Bosch ou encore la géomancie autobiographique et les rêves fantasmagoriques de Salvador Dali, il existait déjà un bestiaire fantastique depuis l’antiquité mésopotamienne. Après le sexe et la mélancolie, il est temps d’effectuer une petite incursion tératologique des créatures humaines devenues monstrueuses, un peu comme la métamorphose des ennemis de Guts

Si vous êtes mélomanes, voici une musique d’ambiance à écouter durant votre lecture. Elle a été concoctée par le groupe de black métal finlandais Beherit.

berserk-monstres1

© 1989 by Kentaro Miura / HAKUSENSHA, Inc.

Lire la suite

L’art d’Akino Kondoh résumé en 4 thèmes

Née en 1980 dans la préfecture Chiba, Akino Kondoh est une mangaka pour le moins atypique. Diplômée des beaux-arts en 2003, elle débute le manga quelques années auparavant, en 1998. Pour autant, elle n’est pas connue seulement pour ses bandes dessinées, c’est une artiste touche-à-tout qui s’est illustrée dans des domaines tels que l’animation, la peinture ou encore la sculpture.  Elle a été récompensée par de nombreux prix et a multiplié les expositions (personnelles ou collectives) à travers le monde. Parmi elles, on en retiendra deux proches de chez nous : Hint à Bruxelles en 2007 et VIDEOFORMES 2008 à Clermont-Ferrand en 2008. En 2012, elle a été invitée à Lyon dans le cadre du festival Japan Touch. Elle vit et travaille à New-York depuis 2008.

En France, trois mangas d’Akino Kondoh sont publiés par Le lézard noir. Le premier, Eiko, est sorti en novembre 2006. Il est composé de sept nouvelles datant de 1998 à 2002. Les insectes en moi, le second, est disponible depuis octobre 2009. Il compte quant à lui neuf histoires toutes publiées entre 2000 et 2004. Pour finir, Chroniques new-yorkaises a été mis en vente en août 2016, après une prépublication dans le journal Libération. Il compte 70 chapitres diffusés de 2012 à 2015 sur internet, ainsi qu’une histoire inédite en deux parties, servant de prologue et d’épilogue. Toujours chez Le lézard noir, en 2011 sort la première anthologie du magazine Ax. On y trouve une illustration d’Akino Kondoh en guise de couverture. Deux nouvelles de l’auteure sont également présentes dans le recueil, mais celles-ci ne sont pas inédites puisqu’elles étaient déjà disponibles dans Les insectes en moi.

art akino kondoh.png

Maintenant que vous savez tout d’Akino Kondoh, passons au cœur même de l’article et posons-nous la question suivante : quels sont les éléments qui définissent le travail de l’artiste ? Pour y répondre, j’ai relevé quatre thèmes qui apparaissent de manière récurrente dans ses œuvres.

Lire la suite