Zone Fantôme : une autre histoire de l’œil

Une jeune femme qui ne peut s’empêche de pleurer, un lycée où se déroule un culte macabre, un homme qui découvre une rivière spectrale alors qu’il voulait se suicider, un tueur en série qui n’est pas maître de ses actes, bienvenue dans Zone Fantôme, la nouvelle série d’histoires horrifiques de Junji Itô. Publiée en ligne sous la forme de saisons ainsi que dans le magazine Nemuki +, cette série de récits indépendants a débuté en 2020, et suit ainsi Sensor dans la chronologie des mangas de l’auteur. En France, le premier tome est sorti au sein des éditions Mangetsu. Celui-ci contient quatre histoires : Le coteau aux pleureuses, Maudite madone, La rivière spectrale d’Aokigahara et Léthargie

Après une panne d’inspiration qui a donné lieu à des récits tout de même excellents comme en témoigne La déchéance d’un homme ou encore Raspoutine le patriote, Junji Itô est revenu aux fondamentaux de sa manière de concevoir du récit d’horreur avec Sensor. Dans la pure continuité, il signe Zone Fantôme où il se débarrasse de la connexion entre les différentes histoires, sorte de prison narrative pour lui qui brille dans la brièveté de ses récits. Il propose donc quatre épisodes succincts, dont la rapidité du basculement vers l’effroi puis en direction d’une conclusion souvent macabre est la principale force. Pour autant Junji Itô prend le temps de poser calmement les bases de ses scénarios en présentant à la fois les personnages et le contexte, une place offerte par l’amoindrissement des contraintes éditoriales dû à la publication en ligne. 

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L’Enfant et le Maudit : l’image comme vecteur de poésie

Les joueurs du récent The Last Guardian le savent, la poésie ne se ressent pas uniquement en lisant des poèmes, elle peut se cacher dans les images. Dans ce jeu vidéo de Fumito Ueda, on incarne un jeune garçon faisant la rencontre d’un animal fantastique. S’ensuit une épopée quasi-muette d’une splendeur telle que le spectateur actif devant son écran pourra sans mal s’émerveiller et qualifier l’œuvre de poétique.

l'enfant et le maudit manga

« La poésie, on ne sait pas ce que c’est, mais on la reconnaît quand on la rencontre », disait Jean L’Anselme. Et ce terme de poésie, quand bien même il peut paraître galvaudé, c’est justement ce qu’évoque une œuvre mettant elle aussi en scène l’histoire d’une rencontre : L’Enfant et le Maudit ; un manga d’un artiste se cachant sous le pseudonyme de Nagabe, publié au Japon depuis 2015. Dans cet article, nous allons nous intéresser à ce titre atypique selon la question suivante : de quelles manières L’Enfant et le Maudit dégage-t-il de la poésie ?

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Le réalisme graphique dans les mangas

Qu’est-ce que le réalisme ? Se dit réaliste généralement ce qui est proche de la réalité. La signification varie selon le contexte dans lequel ce terme est employé ; il existe le courant pictural réaliste comme il existe le courant littéraire réaliste. Mais ici, il s’agira de se rapporter au graphisme qui se veut être une représentation fidèle du réel.

Ainsi, inutile de faire un listing des œuvres possédant un style graphique réaliste, ce ne serait pas intéressant. Et bien que, par exemple, le style graphique de Tetsuo Hara ou de Boichi puissent être qualifiés de réalistes, je ne les considère pas réalistes au sens propre dans la mesure où il y a énormément d’exagérations (muscles extrêmement saillants, déformations etc.). Ces mangakas usent également d’une abondance de codes visuels, sans parler de l’idéalisation des corps qu’ils soient féminins ou masculins. Non, ce qui nous intéresse est un réalisme qui permette au manga de s’émanciper de ces exagérations graphiques et de ces stéréotypes.

Dès lors, en quoi le réalisme peut-il permettre à un manga de s’affranchir de ses codes ?

Il s’agira donc dans cet article de comparer trois mangakas qui tentent bien différemment d’innover en usant du réalisme.

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