Le bazar du renard

Dédales : Les chemins cauchemardesques menant à la création

Restant à l’écart lors d’une fête, Brian dessine une forme monstrueuse avant de se rendre compte qu’il s’agit de son autoportrait, vu à travers le miroir déformant d’un grille-pain. Bienvenue dans Dédales, le nouveau comics de Charles Burns où la création se mêle à la réalité et à l’imagination, et la bande dessinée croise le cinéma.

Dédales Cornélius

Mondialement connu pour Black Hole, l’auteur revient au neuvième art après sa cryptique mais néanmoins géniale trilogie Toxic. Exclusivité française des éditions Cornélius, Dédales est une série qui devrait compter 3 ou 4 volumes et sera publiée à sa fin seulement en Amérique, dans un format intégral. Le premier tome est donc disponible depuis le 10 octobre, au prix de 22,50 €.

Un nouveau bouquin de Charles Burns s’attend forcément, et entre sa couverture énigmatique présentant une femme rousse de dos et sa promesse de parler de création artistique, celui-ci ne faisait pas exception à la règle.

Lire la suite « Dédales : Les chemins cauchemardesques menant à la création »

Gare au manga

Pseudomorph of Love : Pour l’amour des cristaux

Après Femme fatale de Shuzo Oshimi, c’est au tour d’une mangaka que j’admire de sortir son premier artbook : Haruko Ichikawa. En me faisant découvrir L’ère des Cristaux, l’artiste m’avait émerveillé par la beauté de ses dessins et la pureté de son style, si bien que j’avais consacré un long article sur les éléments visuels de la série. Il était donc naturel que je me penche sur son grand recueil d’illustrations afin de les contempler dans de très bonnes conditions.

pseudomorph of love - artbook houseki no kuni.jpg

En vogue avec notamment la diffusion de l’anime (disponible en simulcast sur ADN), le huitième tome de L’ère des Cristaux est sorti le 22 novembre au Japon. Simultanément à sa parution, le premier artbook de l’autrice (en très grande partie consacré à la série) a vu le jour. Coûtant 2800 yens (soit environ 21€), le livre de 128 pages est édité chez Kodansha en sens de lecture français. Maintenant que vous savez tout sur l’ouvrage, vous êtes prêts pour un compte-rendu détaillé de son contenu sans la moindre once d’objectivité mais avec de nombreuses photos !

Lire la suite « Pseudomorph of Love : Pour l’amour des cristaux »

Gare au manga

Les femmes fatales de Shuzo Oshimi

Publié en France pour la première fois en 2015 par les éditions Akata grâce à Dans l’intimité de Marie avant d’intégrer le catalogue de Ki-oon avec Les Fleurs du Mal et en attendant Happiness chez Pika, Shuzo Oshimi s’est très vite imposé comme l’un des auteurs les plus doués de sa génération. Au Japon, l’artiste fait également les beaux jours de plusieurs maisons d’édition puisque sont sortis simultanément le sixième tome de sa série phare Happiness chez Kodansha, le premier volume de son dernier manga Chi no Wadachi chez Shogakukan et enfin Femme fatale, son premier artbook chez Futabasha. Aujourd’hui, c’est ce dernier qui nous intéresse.

femme fatale - shuzo oshimi artbook.jpg

Coûtant 2400 yens (soit environ 18€), Femme fatale retrace la carrière de Shuzo Oshimi à travers 128 pages d’illustrations entièrement en couleur, à l’exception de deux doubles-pages représentant les couvertures du premier tome des Fleurs du Mal et du cinquième d’Happiness qui ont donc été édités en noir et blanc (sauf en France pour la première). Comme en témoigne le titre de l’artbook et sa couverture mettant en avant trois jeunes femmes emblématiques de la bibliographie de l’auteur, l’ouvrage tourne autour de la gente féminine. Bien entendu, il y a des personnages masculins mais ils sont clairement minoritaires. De plus, il est important de noter que le livre ne suit pas l’évolution de l’auteur d’une manière chronologique, ce qui fait s’alterner des illustrations absolument sublimes avec d’autres beaucoup moins marquantes.

Lire la suite « Les femmes fatales de Shuzo Oshimi »

Gare au manga, Manga

Manga au singulier #5

Et de nouveau le retour de cette rubrique tant appréciée, où l’on parle avec bonne humeur des premiers tomes de nouvelles séries sorties récemment, sans forcément rentrer dans les détails. Cette fois-ci, nous partons pour un voyage dans l’imaginaire et l’émotion (et parfois, les deux en même temps !).

To your eternity

To your Eternity 1

Yoshitoki Oima est désormais une auteure qu’on connaît. Fort du succès de A silent voice (dont je vous avais parlé pour la sortie du premier tome) et en attente de son adaptation en long métrage d’animation, les éditions Pika lancent sa nouvelle série, To your eternity, après une prépublication au format numérique.

Au commencement « il » était une sphère.

Lire la suite « Manga au singulier #5 »

Capsules cro'

Pil, l’habit ne fait pas le punk

Encore et encore à l’affût d’une nouvelle vision, d’un nouveau faciès, d’une nouvelle idée de conception dans l’art de la case à la japonaise. Je prends un peu tout ce qui me vient en fonction des envies, du budget (eh oui, il faut serrer la ceinture) et de ce qui est disponible chez les quelques bons dealers de la ville (j’essaie d’éviter autant que possible le web qui a tendance à déplumer mon solde bancaire). Inlassable et intarissable, je continue encore mes premières fois en manga en bon testeur de l’extrême, plutôt en bon client de la nouveauté. Qu’elle vienne de temps immémoriaux ou bien qu’elle soit de dernière fraîcheur, qu’importe. Tant qu’en refermant l’ouvrage j’y ai trouvé du plaisir, c’est la satisfaction d’un médium bien consommé. Qu’il s’agisse d’une œuvre légère, complexe, austère, excentrique, sous LSD, larmoyante, qu’importe. Tant que les atomes crochus sont présents, le genre n’est que futilité. Bien sûr il en va aussi des œuvres fortes, de celles qui marquent du bout des ongles et qui arrivent à faire perler des larmes de sueurs au coin des tempes.

Pas le genre de truc facile qui bouleverse, qui fait pleurer quand on le lit…moi je veux que la vie elle-même de celui qui le lit en soit bouleversée. Pas un manga qui fasse oublier la réalité ! Mais un manga qui combatte cette réalité !!

Sachi (Bonne Nuit Punpun / Inio Asano)

nostroblog_pil_iconoLe nouveau venu dans mes nouvelles rencontres par le manga est une nouvelle : Mari Yamazaki. Thermae Romae fait toujours partie intégrante de mon calepin de lectures prochaines. Bloc-notes qui commence à craquer sous le poids des recommandations qui fusent de tous bords. Mais c’est du côté de son one-shot P.I.L que j’ai jeté mon dévolu faute de disponibilité. Publié lui aussi dans la même crèmerie que Thermae Romae, mais pas dans les mêmes matières grasses. P.I.L est publié dans la cour des grands de l’éditeur dans le rayon Casterman Écritures. Bien souvent le terrain de prédilection des gros calibres tels que Jirô Taniguchi ou Charles Masson, il n’a pas le monopole. L’auteure native des sixties n’a rien à envier face à de tels poissons. Preuve en est le sympathique à propos de la main de Taniguchi en personne qui lui ouvre le tapis rouge. Quoi de mieux pour s’exprimer qu’un bon 17 par 24 cm en guise d’exutoire.

Lire la suite « Pil, l’habit ne fait pas le punk »

Gare au manga

Dead Dead Demon’s Dededededestruction : un manga modededederne

C’est en 2014, dans les pages du magazine Big Comic Spirits de Shogakukan, que débute Dead Dead Demon’s Dededede Destruction (aussi appelée DDDD), la nouvelle série d’Inio Asano. Après avoir exploré de fond en comble les tranches de vie réalistes (et parfois surréalistes) avec Bonne nuit Punpun, l’auteur a ressenti un besoin de se renouveler, de proposer autre chose. C’est ainsi qu’est né son premier manga de science-fiction dans lequel on suit le quotidien de Kadode, Ôran et leur bande de copines dans un Japon se relevant d’une attaque extraterrestre.

dead-dead-demons-dededededestruction-inio-asano

Néanmoins DDDD ne peut en aucun cas constituer une remise à zéro dans la bibliographie du dessinateur. Du fait même de son opposition stylistique par rapport à Bonne nuit Punpun, on est en mesure d’affirmer qu’il s’agit d’une suite logique dans sa carrière. On dit d’Inio Asano qu’il est un témoin de son époque, qu’il dresse le portrait d’une frange de la jeunesse et qu’il la remet en cause à travers des récits qui touchent là où ça fait mal. Alors qu’en est-il de DDDD ? Posons la question autrement : en quoi est-il un manga de son temps ?

Lire la suite « Dead Dead Demon’s Dededededestruction : un manga modededederne »

Capsules cro'

Stranger Things, clignez des yeux

L’avancée des technologies, les progrès insolents de la science et des chipsets. Beaucoup ne jurent que par le divin du dernier cri, quitte à manger des pâtes toute l’année. Slim plus ultra, objets connectés, réalité augmentée et digitale sont des concepts aussi basiques et accessibles qu’une baguette de pain dans un commerce. La face du monde change de maçon tous les jours, je ne pense pas avoir le scoop de l’année en l’énonçant. Je suis même déjà has been. Je ne suis pas là pour me faire l’apôtre ou le gros détracteur de la chose, j’y goûte sans dégoût. Le culte du divertissement quel qu’il soit, c’est plutôt lui mon cheval de course. Et ce dernier n’est pas uniquement régi par les courbes épurées, les tons de gris et l’abus de CGI. Il y a un mouvement qui prend une ampleur mondiale, celui du retour en arrière dans le temps, celui du sens inverse ou du demi-tour sans coup de frein. Appelez-le Vintage, Nostalgie, Hype ou ce que vous voulez, le courant grimpe en popularité en sautant les marches. La sangsue Vintage s’agrippe surtout sur la frise allant des seventies aux nineties et sa Hype campe à peu près dans tous les médias populaires. Il suffit de regarder le film Drive de Refn ou bien de se faire une session sur Megaman Collection pour en avoir quelques exemplaires. Le phénomène est parti pour durer et réserve de belles surprises aux amateurs. Sensible et vite irrationnel quand ça touche mes cordes, l’arrivée de la série Stranger Things sur la plateforme Netflix m’a permis un petit voyage dans le temps. Le meilleur remède pour mettre un peu de côté le glacial de l’actualité et l’implacable percée de l’obsolescence ?

nostroblog_strangerthings_poster
Tout le génie des concepteurs de l’affiche qui ont su de suite se mettre le plus grand nombre d’intéressés, moi compris, sous le coude.

Lire la suite « Stranger Things, clignez des yeux »

Capsules cro'

Une Sacrée Mamie, Saga riche en émotions

Pour tout vous dire, Une Sacrée Mamie est le genre de manga que je n’aurai même pas pris la peine de regarder sur un étal et encore moins de retirer d’un facing en librairie. Je n’ai rien contre les grands-mères et les générations précédentes, loin s’en faut. Pas seulement parce qu’elles ont fait pipi avant moi. Je ne suis juste pas vraiment dans ma tasse de thé avec le manga mis en avant comme familial. Une Sacrée Mamie ne devrait pas déroger à mon ego de conduite. Ces bons vieux préjugés laissent toujours une amertume particulière lorsqu’au final un contre-exemple vient les briser en mille morceaux. Toujours empressé de prendre mes volumes manquants et de lorgner sur le même type de lectures, j’en oublie des fois que des titres tout en simplicité ne tablant que sur le casting mères, filles et fils, rivalisent avec les trucs les plus fouillés et complexes qui soient.

Le prêt de l’intégrale de la série m’a convaincu d’autant plus vite de cette vérité. Affirmation qui existe heureusement pour beaucoup d’autres titres qu’Une Sacrée Mamie. Là, comme ça à chaud, je ne fais sortir de mon chapeau que du Yotsuba& ou du Mes Voisins les Yamada. En creusant beaucoup ressortent. Les titres dits familiaux sont loin d’être une cible de niche. Ils traitent du sujet dans toutes les mesures et sous tous les angles possibles. Il y en a pour toutes les bourses. Ici, aucune ardoise à régler pour onze tomes chargés en chapitres. L’avantage du prêt m’évitant d’avancer piécettes et me dotant du tout à portée de main. Nul risque, nulle attente. Que demande le peuple ?  Après digestion, intérêt zéro pour le titre ou flamme immédiate ?

nostroblog_unesacreemamie
L’écharpe de rigueur, même en cas de temps doux, est l’apanage de nos aïeux.

Lire la suite « Une Sacrée Mamie, Saga riche en émotions »

Humeurs

Naruto : cas scolaire d'un bon manga devenu médiocre

Question : Pourquoi Naruto est-il un bon shônen manga qui a mal tourné, tel un gamin brillant et promis à un bel avenir qui se mettrait à fumer du shit et voler des scooters au lieu de finir ses devoirs ? 

C’est probablement un des premiers mangas vraiment SHÔNEN NEKKETSU que j’ai pu lire, avant même de me lire l’intégrale Dragon Ball ou me lancer dans One Piece (que j’ai lâché because reasons) voire Bleach (que je continue pour le dessin de l’auteur que j’aime beaucoup davantage que pour l’histoire qui tourne tellement en rond qu’elle s’est faite embauchée par le CERN pour bosser sur son accélérateur de particules). Un gamin qui veut devenir le meilleur X, qui va se faire des copains parmi les gentils, puis convertir des méchants en gentils, des gentils en méchants et enfin des méchants en méchants encore plus méchants. Puis ils deviendront gentils sur leur lit de mort. Tout un concept. Avec un mentor qui sait des choses mais ne dira rien avant la fin (ou sur son lit de mort), un mentor qui va transmettre du savoir avant de mourir, des ennemis plein se sagesse (mais que sur leur lit de mort, vous savez, avant de redevenir des gentils), des méchants que l’on aime détester et des gentils que l’on déteste aimer. Pfou, c’est complexe les mangas hein. BON, où et comment Naruto a-t-il pu mal tourner ? Il faudrait quand même que je m’explique sinon on va encore me traîner dans la boue pour écrire beaucoup pour ne rien dire et faire des articles à clics. Ah, la déontologie, une étape nécessaire à tout processus créatif basé sur l’exercice de critique. Acte.

Faites que Kishimoto change de public et d'éditeur histoire de ne pas gâcher son potentiel esthétique.
Faites que Kishimoto change de public et d’éditeur histoire de ne pas gâcher son potentiel esthétique.

Lire la suite « Naruto : cas scolaire d'un bon manga devenu médiocre »

Capsules cro'

Dispersion, maladie ou don de la nature ?

 Ma quête incessante de grimoires à bulles, oubliés des libraires et réduits à l’état de poussière, continue sans relâche. Avec en tête le leitmotiv du chasseur de Pocket Monsters qui se respecte, je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin. Mon champ d’action bien qu’encore trop réduit à mon goût prend rarement les mauvaises directions. Un argent bien placé. Les routes sont nombreuses. Du côté du label Sensei de Made In (Kana), de IMHO, de Casterman, du Lézard Noir ou de Cornelius pour ne citer qu’eux, les manga(s) (je ne sais pas s’il faut mettre le s ou non les risques de lapidations sur les réseaux sociaux sont élevés) n’ont pas de stock illimité. En parlant pluriels et « s » polémiques, c’est ici des « S » de Sakka et de Dispersion (encore un diptyque !) dont il sera question. Aux manettes un mangaka aussi doué de ses mains pour dessiner que pour masser, celui qui n’est pas l’auteur de One PieceHideji Oda.

Le manga, comme beaucoup chez l’éditeur Belge, a également été dispersé à deux reprises chez les imprimeurs en 1995 puis en 2005.

Lire la suite « Dispersion, maladie ou don de la nature ? »