Gare au manga

Quand le BL s’engouffre dans l’horreur

Si au départ, j’ai voulu écrire sur l’horreur, j’ai tout de suite remarqué que j’oscillais entre description d’ambiance et sentiment de folie. L’horreur joue avant tout avec nos émotions et nos sensations, qu’elle soit immédiatement comprise par les lecteurs ou plutôt implicite, et que ce n’est qu’une fois l’œuvre refermée que les images les plus marquantes naviguent dans notre esprit dans un frisson glauque.

Peut-être que toutes les œuvres choisies ne pourraient être classées dans le genre horrifique et cependant, celles là ont un point commun: la perception de désespoir et l’impuissance, des protagonistes, mais aussi des lecteurs. L’empathie est grande, avec les héros dont nous suivons les aventures, et cette sensation d’être piégés avec eux dans les situations les plus retorses et inextricables est d’autant plus éprouvante.

Il s’agit donc, encore et toujours, d’écrire sur l’esprit humain qui perd pied et nous entraine dans sa chute. Dans cette sélection de 9 mangas, j’ai tenté de voyager dans ce qui pouvait être le boy’s love le plus sombre ou le plus délicieusement gore, dont certains ont planté un décor digne de Lovecraft.

La mort est tapie dans les nuages

La peur rôde dans la nuit

Car les morts dans leurs suaires

Saluent la fuite précipitée du soleil

(Howard Phillips Lovecraft, extrait de L’horreur de Yulé, 1926)

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Gare au manga

Tokyo Kaido : un monde qui ne vous comprend pas

Publié entre 2008 et 2010 dans le magazine japonais Morning, Tokyo Kaido sort en France chez Le Lézard Noir d’après une traduction de Miyako Slocombe. L’auteur à l’origine de ce manga en trois volumes est bien connu dans nos contrées, puisqu’il s’agit de Minetaro Mochizuki que nous avons déjà eu l’honneur d’interviewer et que nous admirons de Dragon Head à Chiisakobé.

Tokyo Kaido manga.jpg

Tokyo Kaido marque un tournant important dans la carrière de l’artiste. Lassé des œuvres commerciales et des contraintes éditoriales, il se tourne vers des récits plus intimistes. Pour marquer cette nouvelle orientation, il change la graphie (mais pas la prononciation) de son nom à partir de cette série, 望月峯太郎 devient alors 望月ミネタロウ. Aujourd’hui nous allons donc nous intéresser à bien plus qu’un manga : à la renaissance de l’un des plus talentueux auteurs de bandes dessinées.

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Quod reliquum est

Berserk : entre folie et mélancolie

Au-delà des apparences…

Une épée colossale dans sa main droite,  un canon forgé en acier en lieu et place de son bras gauche, Guts tranche son chemin au travers de hordes démoniaques depuis 1989 dans une saga épique tirée à boulets rouges : Berserk.

Manga-phare dans le genre dark-fantasy, cette série puise son inspiration dans différents domaines, notamment le cinéma fantastique des années 1980 (Conan le Barbare, Excalibur de John Boorman), l’heroic-fantasy avec l’interminable Guin Saga ou encore l’intrigue militaire du film La chair et le sang de Paul Verhoeven (1985) dans lequel se reconnaît une partie de l’ambiance de l’arc des faucons (mercenaires, batailles, viols) et où l’acteur Rutger Hauer forme un des principaux modèles du personnage de Guts.

Tout le monde connaît Berserk pour la richesse de son univers, ses personnages charismatiques, la représentation du sexe et son hyper-violence. De mon point de vue, le manga de Kentarô Miura, plus précisément la partie liée à la troupe des faucons (tomes 4 à 13), est une histoire profonde sur la nature de l’homme, l’amitié et l’honneur, le désir de survivre envers et contre tout et le besoin d’amour. Un assemblage complexe et parfaitement illustré par la trinité Guts/Caska/Griffith.

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Gare au manga

Tract de Shintaro Kago : reprendrez-vous des spaghettis à la sauce eroguro ?

Après une première collaboration qui a donné lieu à l’excellent Industrial Revolution and World War en 2015, la maison d’édition italienne Hollow Press croise à nouveau la route de Shintaro Kago (présenté par moi-même ici) pour donner naissance à Tract. Présenté sous la forme d’une exposition au Toronto Comic Arts Fetival, le bouquin est désormais disponible sur le site de l’éditeur au prix de 20€. On est loin du format manga traditionnel, l’ouvrage étant composé de 64 pages entièrement en couleurs publiées en A4. Et nul besoin de comprendre l’italien, le japonais ou que sais-je : comme son prédécesseur, Tract est une BD muette.

Track Shintaro Kago cover

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Découvertes, Eck

Tokyo Ghoul – le phénomène qui va vous bouffer tout cru !

Difficile en 2014 de ne pas avoir entendu parler de Tokyo Ghoul. Imaginé par Sui Ishida, Tokyo Kushu pour les japanophiles, Ken’s Dark Adventures pour les améri-non je rigole. Mais ça pourrait. Car ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de ce titre, c’est sa touche sombre. De la noirceur en veux-tu en voilà, et même que si t’en veux plus on t’en ressert parce que tais toi et mange, à ton âge j’avais pas tout ça dans mon assiette. Bon, d’accord. Mais sinon, c’est quoi Tokyo Ghoul ?

La couverture du premier tome publié par Glénat Manga en Francophonie.
La couverture du premier tome publié par Glénat Manga en Francophonie.

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