Gare au manga

La mise en abyme du manga chez Inio Asano

En ouvrant Dead Dead Demon’s Dededede Destruction, c’est un tout autre manga qui se présente sous nos yeux : Isobeyan. Après trois pages, on découvre qu’il s’agit en réalité d’un manga dans le manga. Autrement dit, Isobeyan est une œuvre fictive lue par l’héroïne de DDDD. Si cet exemple est frappant, notamment du fait qu’il introduise la série, la bibliographie d’Inio Asano ne manque pas de faire la part belle aux mangas et à leurs auteurs. Dans cet article, nous allons donc étudier différents cas de mises en abyme afin de mettre en évidence les liens qu’entretient l’artiste avec la bande dessinée et ce qu’il nous révèle du métier de mangaka.

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BD

Pour une publication française de Yokohama Kaidashi Kikô

Chers lecteurs, même si cette façon de faire est un peu abrupte, je vais faire de la publicité très directe pour inviter les éditeurs français à songer à une publication du manga Yokohama Kaidashi Kikô. C’est un manga exceptionnel, chef d’œuvre contemplatif, et il est vraiment regrettable que nous ne puissions le lire physiquement dans notre langue.

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3d00a2d9bf7a06f93242bfc4fed392f7Yokohama Kaidashi Kikô est un manga d’Hitoshi Ashinano, publié par Kodansha dans la revue Gekkan Afternoon entre 1994 et 2007. Il existe deux éditions de la série : l’une en 14 volumes, puis la plus récente, condensée en 10 volumes. Elle conte l’histoire d’Alpha, une cyborg très élaborée qui tient un café en attendant le retour de son propriétaire. Dans ce monde, une catastrophe semble avoir fait baisser le niveau de l’activité humaine, ce qui est très propice à une vision calme, contemplative et crépusculaire du monde. Le titre du manga, qu’on peut traduire par « Journal de shopping de Yokohama », évoque les trajets en scooter que doit effectuer Alpha de sa campagne vers Yokohama pour faire les courses. Alors que Yokohama est censée être une ville importante du Japon moderne, elle y croise peu de gens, ce qui est caractéristique de ce monde sur le déclin. Alpha rencontre plusieurs personnages récurrents, de ses voisins humains à d’autres cyborgs, en passant par des créatures surnaturelles, dans diverses séquences tranches-de-vie.

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Gare au manga

Dead Dead Demon’s Dededededestruction : un manga modededederne

C’est en 2014, dans les pages du magazine Big Comic Spirits de Shogakukan, que débute Dead Dead Demon’s Dededede Destruction (aussi appelée DDDD), la nouvelle série d’Inio Asano. Après avoir exploré de fond en comble les tranches de vie réalistes (et parfois surréalistes) avec Bonne nuit Punpun, l’auteur a ressenti un besoin de se renouveler, de proposer autre chose. C’est ainsi qu’est né son premier manga de science-fiction dans lequel on suit le quotidien de Kadode, Ôran et leur bande de copines dans un Japon se relevant d’une attaque extraterrestre.

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Néanmoins DDDD ne peut en aucun cas constituer une remise à zéro dans la bibliographie du dessinateur. Du fait même de son opposition stylistique par rapport à Bonne nuit Punpun, on est en mesure d’affirmer qu’il s’agit d’une suite logique dans sa carrière. On dit d’Inio Asano qu’il est un témoin de son époque, qu’il dresse le portrait d’une frange de la jeunesse et qu’il la remet en cause à travers des récits qui touchent là où ça fait mal. Alors qu’en est-il de DDDD ? Posons la question autrement : en quoi est-il un manga de son temps ?

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Le réalisme graphique dans les mangas

Qu’est-ce que le réalisme ? Se dit réaliste généralement ce qui est proche de la réalité. La signification varie selon le contexte dans lequel ce terme est employé ; il existe le courant pictural réaliste comme il existe le courant littéraire réaliste. Mais ici, il s’agira de se rapporter au graphisme qui se veut être une représentation fidèle du réel.

Ainsi, inutile de faire un listing des œuvres possédant un style graphique réaliste, ce ne serait pas intéressant. Et bien que, par exemple, le style graphique de Tetsuo Hara ou de Boichi puissent être qualifiés de réalistes, je ne les considère pas réalistes au sens propre dans la mesure où il y a énormément d’exagérations (muscles extrêmement saillants, déformations etc.). Ces mangakas usent également d’une abondance de codes visuels, sans parler de l’idéalisation des corps qu’ils soient féminins ou masculins. Non, ce qui nous intéresse est un réalisme qui permette au manga de s’émanciper de ces exagérations graphiques et de ces stéréotypes.

Dès lors, en quoi le réalisme peut-il permettre à un manga de s’affranchir de ses codes ?

Il s’agira donc dans cet article de comparer trois mangakas qui tentent bien différemment d’innover en usant du réalisme.

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Le rôle des femmes dans Hunter x Hunter

Quand on parle de codes du manga, c’est en réalité à un genre bien précis qu’on fait allusion : le nekketsu. Cette catégorie, vous la connaissez tous car elle a connu un immense succès au Japon comme en occident avec Dragon Ball et elle a continué à nous servir des séries populaires telles que One Piece et Naruto. Mais aujourd’hui, c’est un tout autre manga qui nous intéresse.

Débutée en 1998 dans les pages de la revue Shonen Jump, Hunter x Hunter est une œuvre de Yoshihiro Togashi, un auteur alors reconnu à qui on doit l’immense succès qu’est Yuyu Hakusho ainsi qu’un titre plus expérimental nommé Level E. Hunter x Hunter débute comme le plus parfait des nekketsu, suivant à la lettre les codes instaurés par ses aînés. Et pourtant, plus on avance dans le manga et plus on se rend compte que l’auteur brise l’ossature de règles que l’on croyait établies. C’est pourquoi, à travers une série d’articles, nous allons nous pencher sur la méthode employée par Yoshihiro Togashi permettant cette déstructuration du nekketsu. De cette manière, on en apprendra plus sur le genre, le manga en question et même l’auteur. Dans cette chronique, c’est la question de la place de la femme qui sera abordée.

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Icare : à s'approcher du soleil, on se brûle les ailes

Moebius, maître incontesté de la bande dessinée franco-belge. Jiro Taniguchi, maître incontesté du manga d’auteur. Alors quand le premier propose un scénario de science-fiction au second, le monde de la bande dessinée est intrigué et assiste à la naissance d’Icare.

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Couverture cartonnée et papier semi-glacé histoire de sublimer les dessins de Jiro Taniguchi : les éditions Kana ont mis les petits plats dans les grands pour proposer une fabrication à la hauteur de cette rencontre. S’ajoute à cela deux bonus en fin de volume : une longue interview de Moebius sur les origines et le traitement du mythe d’Icare ainsi que les dessins préparatoires de Jiro Taniguchi.

Tout promet un BD d’exception. Et pourtant…

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Conseils lectures

Deux mangas de Taiyô Matsumoto qui mériteraient d’être publiés

Bien que Taiyô Matsumoto soit considéré comme un auteur important de mangas depuis Amer Béton en 1993, toutes ses œuvres ne sont pas publiées en France, notamment ses premières.

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Ainsi, dans cette article, j’aimerai vous parler de deux livres de la bibliographie de Taiyô Matsumoto qui ne sont pas publiés à l’extérieur du Japon et qui mériteraient de l’être : Hana/Mezasu Hikari no Saki ni Aru Mono Moshiku wa Paradise (trad litt. Fleur/Peut-être qu’un Paradis se trouve au-delà de la lumière) et Hana Otoko (trad litt. L’homme-fleur). En dehors du Japon, on a tendance à penser que ses œuvres majeures sont belles et bien publiées puisque des titres comme Amer Béton, Ping Pong ou encore Number 5 sont présents. Or Hana Otoko est considéré comme une de ses productions essentielles au pays du Soleil Levant. Ou encore Hana qui a été publié à un moment charnier dans sa vie et son œuvre. L’œuvre de Taiyô Matsumoto ne déroge pas à celle des autres auteurs : elle est faite d’une ligne directrice. Parfois cette ligne est plus difficile à analyser que d’autres, elle est moins distincte car la bibliographie de l’auteur en question se fait plus éparse. Ce n’est pas le cas de Taiyô Matsumoto : la trame de son travail est rapidement mise en place et ça n’en est pas moins intéressant, loin de là.

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