Gare au manga

Kids on the slope : l’espace pour exprimer les sentiments

« La peinture et le jazz ont des points communs, j’en suis sûre. La peinture joue sur l’espace, le jazz joue sur le temps. Mais c’est toujours exprimer ce qu’on est dans le lieu présent et l’instant actuel, ici et maintenant. »

En empruntant ces mots à Junichi, Yurika dévoile au lecteur quelque chose qu’il peut retrouver dans le manga de Yuki Kodama : à travers ses compositions, l’auteure joue sur la distance et la gestion de l’espace afin de mieux lui faire comprendre ce que ressentent les personnages. Après avoir évoqué la notion de s’ouvrir au monde, nous allons nous plonger dans les dessins de Kids on the slope à travers quelques exemples pour en comprendre l’essence.

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Quod reliquum est

Berserk : Je crois en la violence multiple, démoniaque, angélique et apostolique…

Bien avant Berserk, les délices infernaux d’Hiéronymus Bosch ou encore la géomancie autobiographique et les rêves fantasmagoriques de Salvador Dali, il existait déjà un bestiaire fantastique depuis l’antiquité mésopotamienne. Après le sexe et la mélancolie, il est temps d’effectuer une petite incursion tératologique des créatures humaines devenues monstrueuses, un peu comme la métamorphose des ennemis de Guts

Si vous êtes mélomanes, voici une musique d’ambiance à écouter durant votre lecture. Elle a été concoctée par le groupe de black métal finlandais Beherit.

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© 1989 by Kentaro Miura / HAKUSENSHA, Inc.

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Gare au manga

L’art d’Akino Kondoh résumé en 4 thèmes

Née en 1980 dans la préfecture Chiba, Akino Kondoh est une mangaka pour le moins atypique. Diplômée des beaux-arts en 2003, elle débute le manga quelques années auparavant, en 1998. Pour autant, elle n’est pas connue seulement pour ses bandes dessinées, c’est une artiste touche-à-tout qui s’est illustrée dans des domaines tels que l’animation, la peinture ou encore la sculpture.  Elle a été récompensée par de nombreux prix et a multiplié les expositions (personnelles ou collectives) à travers le monde. Parmi elles, on en retiendra deux proches de chez nous : Hint à Bruxelles en 2007 et VIDEOFORMES 2008 à Clermont-Ferrand en 2008. En 2012, elle a été invitée à Lyon dans le cadre du festival Japan Touch. Elle vit et travaille à New-York depuis 2008.

En France, trois mangas d’Akino Kondoh sont publiés par Le lézard noir. Le premier, Eiko, est sorti en novembre 2006. Il est composé de sept nouvelles datant de 1998 à 2002. Les insectes en moi, le second, est disponible depuis octobre 2009. Il compte quant à lui neuf histoires toutes publiées entre 2000 et 2004. Pour finir, Chroniques new-yorkaises a été mis en vente en août 2016, après une prépublication dans le journal Libération. Il compte 70 chapitres diffusés de 2012 à 2015 sur internet, ainsi qu’une histoire inédite en deux parties, servant de prologue et d’épilogue. Toujours chez Le lézard noir, en 2011 sort la première anthologie du magazine Ax. On y trouve une illustration d’Akino Kondoh en guise de couverture. Deux nouvelles de l’auteure sont également présentes dans le recueil, mais celles-ci ne sont pas inédites puisqu’elles étaient déjà disponibles dans Les insectes en moi.

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Maintenant que vous savez tout d’Akino Kondoh, passons au cœur même de l’article et posons-nous la question suivante : quels sont les éléments qui définissent le travail de l’artiste ? Pour y répondre, j’ai relevé quatre thèmes qui apparaissent de manière récurrente dans ses œuvres.

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Damien, Mirabilia

MURAKAMI Takashi : le chewing-gum collé à la carie de l’humanité

Fin novembre 2000 : tandis que plusieurs d’entre vous dormaient en classe ou chouinaient en public pour que maman vous offre votre kinder surprise à l’Intermarché du coin, je visitais une exposition qui m’a bouleversé sur bien des points. Intitulée Au-delà du spectacle, elle s’est tenue au Centre Pompidou jusqu’au 8 janvier 2001. J’en ai retenu deux éléments primordiaux :

  • Le concept d’esthétique relationnelle de Nicolas Bourriaud. Esthétique rela-quoi ? Je m’explique : il s’agit d’une théorie élaborée en 1998 expliquant la manière dont l’art met en jeu de plus en plus d’interactions humaines, faisant parfois naître une œuvre. Les années multimédia se concentrent autour du désir collectif de créer de nouveaux espaces de convivialité et d’instaurer de nouveaux types de transactions face à l’objet culturel. Ces derniers sont des vecteurs et des producteurs potentiels de sociabilité où le dialogue et l’intersubjectivité confèrent à l’œuvre l’opportunité de montrer et de suggérer son processus de fabrication, sa position dans le jeu des échanges (références, impact, réciprocité) et la fonction qu’elle assigne au « spect-acteur ». L’iconologie panofskienne (le jeu des références dans l’histoire de l’art) demeure mais est reléguée au second plan par l’expérience personnelle du visiteur qui imbrique ses connaissances sur l’œuvre comme autant de briques légitimant à ses yeux son existence et l’éducation qu’il a reçu et se fabrique.
  • Les provocations ero-kawaii de l’artiste japonais Takashi Murakami. Et il va me falloir plus d’un paragraphe car j’en ai pris plein la vue. Retour sur les deux œuvres sulfureuses présentées dans cette exposition… Attention, article NSFW !!

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Bazaar, LvK

Art Brut : esprits rebelles

C’est dans un cadre scolaire que j’ai découvert le musée de l’art brut situé à Lausanne en Suisse. Petite structure sur trois étages, ce lieu abrite non seulement des œuvres d’arts mais également une philosophie. L’art étant une question d’appréciation subjective, il demande ici une seconde compétence de réflexion : l’ouverture d’esprit.

ENTRE ICI, JEAN DUBUFFET

Oh non, il ne s’agit pas de tenir un discours moralisateur sur la tolérance ou de patauger dans le verbeux mais plutôt d’aborder la visite de cette collection avec quelques pré-requis. Tout d’abord, définissons l’Art Brut, ses artistes et l’homme qui en est à l’origine.

La brutalité suggérée dans ce courant tend à définir des œuvres (peintures, sculptures, architectures) dont les auteurs sont dépourvus de culture artistique. Il n’y a aucun point commun si ce n’est cette idée de « s’éloigner des voies de l’art homologué ». Le processus de création se base sur l’impulsivité des artistes et manifeste la « seule fonction de l’invention et non celles, constantes dans l’art culture, du caméléon et du singe »

La particularité de ces créateurs autodidactes se trouve dans leur marginalité. Loin des normes culturelles et autres valeurs collectives, des marginaux, des personnes atteintes de pathologies psychiatriques ou autres originaux créent un univers pour leur propre bien-être. Le système de débrouille est inclus dans leur schéma créatif puisqu’ils utilisent en majorité des matériaux insolites. Ainsi l’Art Brut « repose sur des caractéristiques sociales et des particularités esthétiques ».

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Mirabilia

L'art contemporain chinois : la perfection au masculin (partie 1/2)

Au début du XXe siècle sont massivement introduits en Chine la technique et l’usage de la peinture à l’huile, une invention occidentale du XVe siècle. Cet élément concoure à modifier profondément le rapport aux images qu’ont les chinois et qui commencent à réaliser de grands formats comme témoins d’un héritage des longues peintures traditionnelles de paysages.

L’art chinois, alors essentiellement lié à la calligraphie et à la peinture de paysage, multiplie ses supports et ses techniques, s’adapte à de nouvelles réalités. L’artiste chinois peint souvent avant de représenter quelque chose. Le geste a une signification plus forte que le sujet proposé comme c’est le cas dans la calligraphie ou dans les peintures philosophiques. Il s’agit en effet de plonger dans une œuvre et s’y ressourcer sans chercher une signification idéologique, politique ou critique. On trouve aussi bien des œuvres démontrant la « suprématie » de l’Occident que des créations ayant un attachement traditionnel à certaines formes de spiritualité et une forte symbiose à l’environnement naturel ou urbain. La relation artistique entretenue entre la Chine et l’Occident varie du dialogue à la confrontation et c’est ce que nous allons voir avec une sélection en deux parties de peintres contemporains chinois.

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