Gare au manga

À la recherche du personnage modèle

Comme chaque année, l’excellent site Club Shôjo organise la semaine du shôjo, un événement interblog où chaque personne répond à une question, pendant que le site publie divers articles toujours très intéressants sur le shôjo manga. J’ai toujours rêvé d’y participer mais faute de temps ou de sollicitation, je n’ai jamais pu. Cette année sera donc ma première participation à la semaine du shôjo en tant que rédacteur et non uniquement lecteur. C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai réfléchi à la question de cette année et que je vais tenter d’y répondre. Sans plus de suspense, voici le thème de cet article : 

« Quel personnage de shôjo t’inspire le plus ? Quel personnage de shôjo serait ton modèle ? » 

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Gare au manga

Quand le BL s’engouffre dans l’horreur

Si au départ, j’ai voulu écrire sur l’horreur, j’ai tout de suite remarqué que j’oscillais entre description d’ambiance et sentiment de folie. L’horreur joue avant tout avec nos émotions et nos sensations, qu’elle soit immédiatement comprise par les lecteurs ou plutôt implicite, et que ce n’est qu’une fois l’œuvre refermée que les images les plus marquantes naviguent dans notre esprit dans un frisson glauque.

Peut-être que toutes les œuvres choisies ne pourraient être classées dans le genre horrifique et cependant, celles là ont un point commun: la perception de désespoir et l’impuissance, des protagonistes, mais aussi des lecteurs. L’empathie est grande, avec les héros dont nous suivons les aventures, et cette sensation d’être piégés avec eux dans les situations les plus retorses et inextricables est d’autant plus éprouvante.

Il s’agit donc, encore et toujours, d’écrire sur l’esprit humain qui perd pied et nous entraine dans sa chute. Dans cette sélection de 9 mangas, j’ai tenté de voyager dans ce qui pouvait être le boy’s love le plus sombre ou le plus délicieusement gore, dont certains ont planté un décor digne de Lovecraft.

La mort est tapie dans les nuages

La peur rôde dans la nuit

Car les morts dans leurs suaires

Saluent la fuite précipitée du soleil

(Howard Phillips Lovecraft, extrait de L’horreur de Yulé, 1926)

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Gare au manga

Les 20 meilleurs mangas de 2021

La fin d’année arrive, les nombreuses nouveautés manga de 2021 ont eu le temps d’être lues et appréciées à leur juste valeur. Il est donc l’heure de faire place aux traditionnels bilans de fin d’année. C’est un classement évidement subjectif des 20 meilleurs titres de l’année qui ouvre le bal. Si quelques règles ont été fixées pour le rédiger, comme l’absence de rééditions ou celle de suites et spin-offs, il a toutefois été délicat de faire des choix tant cette année nous a proposé de nombreuses petites pépites. Des excellents mangas sont donc passés à la trappe pour ce classement mais c’est le jeu, choisir c’est renoncer. En fin de compte, il ne reste que des œuvres hors du commun qu’il vous faut absolument découvrir si vous aimez la bande dessinée japonaise. C’est parti pour un top 20 des meilleurs mangas de 2021 qui passe de l’amour à l’horreur, de la passion à la tragédie, du vintage au futuriste.

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Meloku

Banana Fish et les Neiges du Kilimandjaro : la dernière gloire des damnés

Banana Fish. Impossible de ne pas être intrigué par un nom pareil. Un nom aussi unique et inoubliable que le manga culte d’Akimi Yoshida. Paru il y a plus de trente ans dans le Bessatsu Shojo Comic de 1985 à 1994, il rencontre un engouement qui n’a jamais véritablement faibli. Ainsi en 2018, le manga a eu droit à une adaptation animée et actualisée par les Studio Mappa et en 2021, Panini Manga relance le titre dans une Perfect Edition en double volume, permettant à la jeune génération de découvrir l’un des mangas les plus importants des années 90.

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Gare au manga

Tokyo Babylon : Les sciences occultes au service des problèmes de la société

À l’été 1990, les femmes du studio CLAMP signent un nouveau coup d’éclat dans le monde du manga en débutant dans le magazine Wings l’une de leurs séries fondatrices : Tokyo Babylon. Le manga s’est poursuivi principalement dans la revue saisonnière South avant de s’achever à l’hiver 1993 avec une fin délibérément ouverte puisque l’intrigue se poursuit dans un autre titre du studio, X. Cependant Tokyo Babylon est un manga qui se suffit à lui-même. Sous fond d’exorcisme, de fantastique et de maîtrise du Yin et du Yang, les autrices se sont servies de leur média pour prendre la parole et pointer du doigt des problèmes de société.

Tokyo Babylon met en scène Subaru Sumeragi, un jeune exorciste de 16 ans, chef de sa lignée, qui se sert de sa maîtrise du Yin et du Yang pour venir en aide à des gens. Il s’agit pour lui d’un travail qu’il est contraint d’exécuter, quand bien même il préférerait devenir vétérinaire ou s’occuper des animaux dans un zoo. Il est souvent collé par Hokuto, son extravertie sœur jumelle qui prend soin de lui, et Seishiro Sakurazuka, un homme de 25 ans qui prétend l’aimer. Ces trois personnages vont cohabiter dans la série pendant une année afin de vivre des aventures ésotériques au cœur de Tokyo, un temps partagé sur 7 volumes de l’édition originelle, qui est l’occasion pour CLAMP de passer des messages forts sur notre monde. Dépassant le cadre de la trame principale du manga, nous allons nous intéresser aux sujets sociétaux que le studio aborde au sein de Tokyo Babylon ainsi qu’à la manière dont ils sont transmis.

Tokyo Babylon - Bannière

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Orange : effacer ses regrets

Orange est un manga d’Ichigo Takano dans lequel une jeune fille nommée Naho reçoit une lettre d’elle-même envoyée depuis son futur. En effet, si elle est une jeune lycéenne insouciante au moment où elle la lit, elle vit dix ans plus tard avec un regret : celui de n’avoir pas pu sauver Kakeru, le nouvel élève transféré dans sa classe dont elle tombera secrètement amoureuse, d’une mort certaine. Dans cette lettre lui est indiqué jour par jour la marche à suivre afin de se rapprocher du jeune homme et de rendre son quotidien meilleur : les événements à venir sont détaillés et agrémentés de notes pour savoir quelles décisions prendre.

Ayant vécu une situation similaire à celle de Naho, Orange m’a particulièrement touché. Si bien que j’ai d’abord eu une réaction de rejet avant de reprendre des années plus tard le fil de l’histoire. Au final, je l’ai lu donc, et j’ai adoré. Il a entraîné de nombreuses réflexions personnelles sur le regret que je vais livrer partiellement dans cet article. Si tout le monde n’a pas perdu la personne aimée comme notre petite protagoniste, je pense que le fait d’éprouver de l’amertume en repensant à des choix passés peut être une thématique universelle. C’est pour cette raison (entre autres) qu’Orange est tant apprécié et que j’ai eu envie, besoin même, d’écrire à son sujet.

Orange - Les 2 Naho

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Gare au manga

L'imagerie de la lune dans le manga

Lumière dans l’obscurité, révélatrice de l’âme humaine, la lune fascine. Moi, évidemment, mais aussi de nombreux mangakas.

Qu’elle soit pleine, sous forme de croissant, ou… étrange, comme dans Soul Eater, la lune fait partie intégrante de la bande-dessinée japonaise.

lune soul eater

Alors, que fait-on de la lune dans un manga ?

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Gare au manga

La maison aux insectes et Le vœu maudit : les histoires courtes de Kazuo Umezu

Publié en France chez Glénat dans le milieu des années 2000 avec des titres comme L’école emportée et Baptism, Kazuo Umezu est un mangaka que nos chers éditeurs francophones ont rapidement délaissé. Et pourtant, l’auteur a profondément marqué l’histoire du manga en redéfinissant dès le début des années 60 le genre horrifique. Si l’artiste a imposé son style pour effrayer, ce qui aura marqué des générations de lecteurs dont certains deviendront eux-mêmes mangakas (Junji Ito, Hisashi Eguchi ou encore Minetaro Mochizuki sont des exemples (que j’affectionne) parmi d’autres), il a aussi exploré la science-fiction et l’humour absurde.

kazuo umezu photo manga

Il faut attendre 2015 pour que la maison d’édition Le Lézard Noir remette Kazuo Umezu au goût du jour grâce à la publication de La maison aux insectes. Un recueil d’histoires courtes qui en appelle d’autres, puisqu’il est suivi par Le vœu maudit dès l’année suivante. L’éditeur a la ferme intention de continuer à publier les mangas du maître et c’est La femme serpent qui sera le suivant sur la liste. En somme, et ce n’est pas pour me déplaire, on est en train d’assister à la naissance d’une collection rappelant ce qu’ont fait les éditions Tonkam pour Junji Ito.

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Gemini

Le Requiem du Roi des Roses : Richard au Royaume des Filles

Bien le Bonjour ! Pour celles et ceux qui ne me connaîtraient pas : je m’appelle Gemini, et je suis blogueur itinérant. Ce qui signifie, en gros, que j’ai des problèmes de serveur, mais que bloguer étant une drogue dure, le Nostroblog a bien voulu m’ouvrir ses portes.
Un de mes sujets de prédilection : les shôjo manga. Primo parce que je trouve que les médias n’en parlent pas suffisamment, et secundo parce qu’ils restent victimes d’un nombre conséquent d’idées préconçues qui me sortent par les trous de nez. Pas de surprise, je parlerai donc ici de shôjo, et d’un titre en particulier. Celui-ci :

Et là, vous vous dites : « Mais, ô inconnu que je devine d’une grande beauté à travers les élégants mots que tu distilles de ta plume gracile par l’intermédiaire de ton clavier d’ordinateur, il s’agit là d’un seinen et non d’un shôjo. Comme le Port-Salut, c’est marqué dessus. » Ce à quoi je réponds que le manga en question a été publié dans un magazine nommé Princess, et qu’à moins qu’il ne soit particulièrement louche, je ne crois pas qu’il s’adresse en premier lieu aux hommes adultes. Et là, vous vous demandez certainement pourquoi son éditeur français le présente comme un seinen, s’il souhaite nous vendre un shôjo. Simple : parce que l’éditeur n’est pas fou.

Un shôjo, c’est quoi ? Tout simplement un manga pensé pour un magazine destiné à un lectorat féminin. Point barre. Ensuite, je pourrais dessiner des tendances générales, mais certainement pas des vérités. Rien qu’un titre comme Banana Fish suffirait à invalider n’importe quelle certitude à ce sujet. Donc non, il ne s’agit en rien d’un genre, mais bien d’un public cible – les jeunes filles – pour lequel il faudra penser des histoires attrayantes. Public qui n’a lui-même rien d’homogène en termes d’âges – il n’existe d’ailleurs pas d’équivalent « officiel » du seinen au féminin, même si nous utiliserons abusivement le terme de josei – et de centres d’intérêt. Dites-vous bien que n’importe quel genre – comédie, drame, science-fiction, que sais-je – peut être traité sous le prisme des shôjo.
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Humeurs

Collusion de la sémantique et du marketing dans la distribution du manga

S’il y a bien une chose dont chaque passionné se revendique, c’est d’avoir son propre jargon lié à son univers. Les philatélistes auront alors leur vocabulaire, les modélistes aussi, et donc naturellement les otaku pareil. Et comme nous sommes une sale race comme une autre, nous sommes fiers de posséder un petit dictionnaire nippo-français inintelligible du grand public. Vocabulaire qui sonne comme des insultes aux oreilles des non initiés, qui eux vont plutôt rigoler en répétant des blagues à base de sushi ou sudoku, ne repoussant ainsi pas les limites de leur connaissance ni les frontières de leur ouverture d’esprit. Et c’est dans cet imbroglio de noms qui résonnent tantôt dans un japonais respectueux tantôt dans un franponais douteux que nous allons nous attarder sur l’exemple du seinen avant de poser la problématique liée au titre.

genshiken manga débat seinen

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