Damien, Mirabilia

MURAKAMI Takashi : le chewing-gum collé à la carie de l’humanité

Fin novembre 2000 : tandis que plusieurs d’entre vous dormaient en classe ou chouinaient en public pour que maman vous offre votre kinder surprise à l’Intermarché du coin, je visitais une exposition qui m’a bouleversé sur bien des points. Intitulée Au-delà du spectacle, elle s’est tenue au Centre Pompidou jusqu’au 8 janvier 2001. J’en ai retenu deux éléments primordiaux :

  • Le concept d’esthétique relationnelle de Nicolas Bourriaud. Esthétique rela-quoi ? Je m’explique : il s’agit d’une théorie élaborée en 1998 expliquant la manière dont l’art met en jeu de plus en plus d’interactions humaines, faisant parfois naître une œuvre. Les années multimédia se concentrent autour du désir collectif de créer de nouveaux espaces de convivialité et d’instaurer de nouveaux types de transactions face à l’objet culturel. Ces derniers sont des vecteurs et des producteurs potentiels de sociabilité où le dialogue et l’intersubjectivité confèrent à l’œuvre l’opportunité de montrer et de suggérer son processus de fabrication, sa position dans le jeu des échanges (références, impact, réciprocité) et la fonction qu’elle assigne au « spect-acteur ». L’iconologie panofskienne (le jeu des références dans l’histoire de l’art) demeure mais est reléguée au second plan par l’expérience personnelle du visiteur qui imbrique ses connaissances sur l’œuvre comme autant de briques légitimant à ses yeux son existence et l’éducation qu’il a reçu et se fabrique.
  • Les provocations ero-kawaii de l’artiste japonais Takashi Murakami. Et il va me falloir plus d’un paragraphe car j’en ai pris plein la vue. Retour sur les deux œuvres sulfureuses présentées dans cette exposition… Attention, article NSFW !!

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Gare au manga

Comment lire du Shintaro Kago en 2015 quand on ne parle que français ?

En apprenant une nouvelle langue. L’espagnol, l’italien ou même mieux : le japonais. Ce n’est pas le choix qui manque. Allez, à plus pour un prochain article.

Hein ? Quoi ? La réponse n’est pas satisfaisante ? Vous êtes compliqués.

Shintaro Kago est un auteur qu’on ne présente plus (et si jamais vous voulez quand même que je vous le présente, je vous renvois à mon article sur la nouvelle garde du manga alternatif). En France, ce sont les éditions Imho qui publient ses bouquins. Ils ont sorti les deux tomes de Carnets de massacre, Fraction, Anamorphosis et Une collision accidentelle sur le chemin de l’école peut-elle donner lieu à un baiser ?. En 2015, ils avaient prévu la publication de deux nouveaux ouvrages de l’auteur, L’extase de la chair à canon et La grande invasion Mongole. C’est là où le bât blesse, l’éditeur en retard dans son planning a reporté les mangas de Shintaro Kago à 2016. C’est loin.

Du coup, histoire ne pas être en manque, je me suis posé une question : Comment lire du Shintaro Kago en 2015 quand on ne parle que français ? Autrement dit, il y a-t-il des bouquins compréhensibles de l’auteur qui sont sortis cette année ? La réponse est oui (évidemment, sinon il n’y aurait pas d’article aujourd’hui). Et je peux même vous annoncer d’ores et déjà qu’il y en a trois.

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Gare au manga

La nouvelle garde du manga alternatif, numéro 2

Vous vous souvenez de mon article sur la nouvelle garde du manga alternatif ? Mais si, rappelez-vous, j’y parlais de trois artistes qui ne dessinent pas en suivant les principaux courants du manga. Des auteurs qu’on peut qualifier d’alternatifs, voire même d’avant-garde. Dans cette chronique j’avais présenté Inio Asano, Atsushi Kaneko et Shintaro Kago, une sélection très masculine en somme. Alors il est temps de rééquilibrer les débats, de mettre en avant trois femmes qui sont elles aussi des figures importantes de la nouvelle garde du manga alternatif. Attirer la lumière sur des mangakas modernes au féminin c’est bien gentil mais quitte à prendre le précédent article à contresens, allons plus loin : évoquons des mangakas qui ne vivent pas au Japon.


Junko Mizuno

junko mizuno manga avis

Vivant désormais à San Francisco, Junko Mizuno s’est faite remarquer dès la fin des années 90 grâce à son style alliant un design kawaii à un ton trash. Très influencée par Aubrey Beardsley, l’artiste est avant tout une illustratrice dont le style est reconnaissable au premier regard. Dans ses mangas, Junko Mizuno aborde certains thèmes de manière récurrente. Celui de la femme, d’abord, toujours en première ligne. Ses personnages féminins marquent autant par leur force que leur potentielle cruauté, mais aussi par l’érotisme qu’elles dégagent. L’auteure aime représenter des femmes nues à tel point qu’elles s’imbriquent naturellement dans ses compositions. Et derrière ses femmes, on trouve des décors à base de paysages de contes et même de bonbons. On pourrait les qualifier de kawaii, voire même de girly. Sauf que là, on est chez Junko Mizuno : les éléments mignons sont un prétexte pour contraster avec la grossièreté absurde son univers.

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