Les trésors de Tsukasa Hojo: La mélodie de Jenny

La mélodie de Jenny est un recueil de trois histoires courtes de Tsukasa Hojo. Publié une première fois par Tonkam en 1998, il est remis au goût du jour par Ki-oon à travers sa collection répondant au racoleur de: Les trésors de Tsukasa Hojo.

Les trois histoires ont pour point commun de se dérouler dans le contexte du conflit américano-japonais de la seconde guerre mondiale.

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Bon, autant vous le dire tout de suite, il y a du très bon, et du beaucoup moins bon dans ce one shot. Etant donné que le très bon se trouve dans la seconde histoire, je vais garder le meilleur pour la fin et commencer par parler des première et dernière histoires du bouquin. Titrées Aux confins du ciel et American dream, elles ont pour particularité d’être scénarisées par Shingo Nihashi.

Les résumés, en italiques, proviennent de l’éditeur.

Aux confins du ciel:

Âgé d’à peine seize ans, Junpei Shirakawa rejoint l’école militaire pour devenir un aussi bon pilote de chasse que son frère aîné. Mais nous sommes en 1943 au Japon et, au grand désespoir des siens, l’adolescent reçoit l’ordre d’intégrer une unité kamikaze…

American Dream:

1935. Un joueur de base-ball membre de l’équipe nationale japonaise en tournée aux États-Unis rêve d’une carrière professionnelle sur le continent américain. Malheureusement, le conflit approche à grands pas… Trois moments où le destin se noue, trois histoires simples et touchantes de vies emportées dans le maelström de la Seconde Guerre mondiale.

Dans ces deux histoires, ce que j’ai principalement détesté est le patriotisme dont fait part l’auteur. Dans American Dream le racisme que subissent les japonais peut se comprendre, puisque l’action se déroule aux USA. Mais je ne crois pas que présenter tous les américains, à deux ou trois exceptions près, comme de gros racistes soit l’idée du siècle… Pour Aux confins du ciel, c’est encore pire. Un jeune homme est enrôlé dans une unité kamikaze, et pas un instant il ne doute. Il veut bien sûr revoir son village et d’autres conneries pathos du genre (j’y reviendrai), mais, malgré son jeune âge, il ne craint pas la mort. Il ne remet pas en cause une seule seconde l’armée japonaise qui l’envoie se suicider. J’ai vraiment eu l’impression que l’auteur nous affirme qu’il est tout à fait normal de mourir si notre pays nous l’ordonne, et que ceux qui refusent sont des lâches. Et puis, les deux histoires ont des morales de l’ordre de «il y a quand même des gens sympa» ou «la guerre est absurde», mais après tout ce qu’on a pris dans les dents, ça sonne vraiment faux…

Mais ça ne s’arrête pas là, encore si ça ne mettait à mal que mes convictions personnelles… Non, le gros problème c’est que les histoires sont vraiment mal racontées. Les ficelles sont beaucoup trop grosses pour être crédibles, sans compter que les personnages ne sont travaillés. D’entrée de jeu on commence par un héros qui veut devenir pilote d’avion parce que… son frère est pilote d’avion ! Pitié, un peu de personnalité que diable ! Ils auraient pu lui trouver une autre excuse que ce mimétisme à deux balles. Du coup, rien qu’avec ça ma lecture a été un peu bloquée. Je n’ai pas pu m’empêcher de voir tous les défauts de cette première histoire, de la nunuche du village qui tombe amoureuse du héros au mécano qui fait office de figure paternelle de substitution en passant par le grand frère servant de modèle à atteindre. Non, vraiment, les personnages clichés, sans fond, je n’en peux plus. D’autant que l’histoire est narrée d’une manière classique, mais classique… On s’ennuie ferme, faute à tout le blabla inutile tellement il ne vole pas haut. Là, je parlais de Aux confins du ciel, mais il m’est inutile de traiter d’American Dream, car la nouvelle reprend exactement le même schéma ! On retrouve le héros patriote qui pense à sa famille, la nunuche du village qui s’amourache de lui, la figure paternelle de substitution, l’homme qui fait office de modèle. C’est le même schéma je vous dis ! Seule le contexte de l’histoire change. C’est donc raconté de la même manière et ça ne vole pas haut, mais je dois avouer que l’aspect sportif rend l’histoire un peu plus intéressante à suivre. Un peu.

Passons maintenant à ce qui fait l’intérêt du manga.

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La mélodie de Jenny:

Nagano, 1945. Quelques jours avant la fin des hostilités, quatre enfants s’échappent du centre où ils ont été placés, loin de Tokyo, pour les protéger des bombardements. Au beau milieu des champs de bataille, leur chemin croise celui d’un prisonnier américain en fuite…

J’ai beaucoup aimé cette histoire, et je vais vous dire pourquoi. Déjà parce que c’est un témoignage crédible sur ces enfants qui ont été éloignés de leurs familles à cause la guerre. C’est un fait qui remet en cause la responsabilité des américains et des japonais. C’est important de préciser que les japonais ne sont pas tout blancs, comme voudrait le faire croire les deux autres histoires… La seconde raison est qu’il n’y a pas de morale toute écrite à la fin qui nous indique ce qu’on doit penser. C’est avant-tout une histoire, et elle porte à la réflexion au fil des pages. Chacun est libre d’y prêter attention, ou non. Ensuite, la rencontre entre un prisonnier de l’armée japonaise et des enfants, ayant un même objectif est assez touchante. C’est parfois un peu gnangnan, mais ça fonctionne. Les personnages se découvrent et se font confiance au fil de l’histoire, et nous autres, lecteurs, on a presque envie de faire la route avec eux. C’est une aventure éphémère que les lecteurs comme personnages retiendront. Et en ça, la conclusion de l’histoire est bien trouvée.

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En toute honnêteté si je vous conseille la lecture de ce one shot, c’est uniquement pour La mélodie de Jenny, qui est la seule histoire écrite par Tsukasa Hojo par ailleurs. Les deux autres sont des modèles de ce qui ne faut pas faire quand on raconte un manga. Et puis, c’est une question de conviction personnelle, je trouve leurs propos puants.

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8 réflexions sur “Les trésors de Tsukasa Hojo: La mélodie de Jenny

  1. Ah ben dis donc, c’est sûr que décrit comme ça, ça n’a pas l’air terrible… Le trait de Hôjo est quand même au rendez-vous, ça sauve le scénario redondant quand même non ? Je feuilleterai pour voir, mais surtout pour la mélodie de Jenny.

  2. J’avoue que j’ai du mal à en finir avec la lecture parce que c’est pas mal rasoir en fait. Et puis j’ai aussi tiqué sur le patriotisme japonais. Après, il y a un t-il un second degré de lecture ? « Regardez ce gouvernement qui a envoyé au saloir sa jeunesse ! ». C’est toujours difficile de distinguer qui parle dans une bulle : le personnage ou l’auteur ? Là, je n’ai pas la réponse…

    1. Je pense que dans une œuvre « engagée », la parole du personnage est celle de l’auteur (à part quand c’est bien fait, Soldats de sable par exemple). Et puis dans les deux histoires du monsieur, on retrouve le même patriotisme alors…

      Pour le second degré de lecture, l’histoire aurait gagné en intérêt s’il existait. Mais là, le héros n’en veut pas au gouvernement, et ses proches non plus. C’est limite s’ils en ont fier.

  3. bidib

    Moi j’ai aimé ce manga mais je vous l’accorde c’est plutôt simpliste. Le message est clair, trop clair même : « la guerre c’est mal ».
    Cependant je n’ai pas du tout ressenti ce « patriotisme ». Au contraire je dirais que ces histoires servent à illustrer à quel point le gouvernement japonais à lobotomisé son propre peuple avec la propagande de guerre au point qu’un jeune de 17 ans aille à la mort sans même douter de l’armé qui lui donne un ordre absurde. Ce n’est pas patriotique, c’est une dénonciation. Hojo cherche, je crois, à mettre en évidence l’absurdité de la guerre, pas du tout à nous dire que c’est bien de se scratcher sur un bateau avec son avion plein de bombes. D’ailleurs, à la fin de la première nouvelle il précise que ce jour là aucun bateau n’a été coulé. Pourquoi nous donner ce détail si ce n’est pour montrer l’absurdité de cette unité kamikaze ?
    Non, le reproche que je ferais à ce manga c’est sa simplicité et sont excès de mélodrame

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