Les homophobes ne sont pas des citoyens de seconde zone.

[Note : ce texte a été rédigé entre le 16 décembre et le 21 janvier dernier, mis à jour et corrigé aujourd’hui, et se trouve parachuté ici où il aura peut-être plus sa place que sur mon blog habituel. Quant à l’utilité de le poster maintenant, alors que certains faits sont plus que dépassés… Je me dis que ça fera peut-être réfléchir la centaine de militants bobo-gauchistes-catophobes-LGBTQ-féministes-francs-maçons qui ne viendra pas défiler avec les soixante millions de Français ce dimanche.]

Voici donc un article, car, oui, les homophobes ne sont pas des citoyens de seconde zone (1).

Et pourtant, là, c’est trop. Cela fait des mois qu’on nous rabâche les oreilles. Mais ça va cinq minutes. Alors, peut-être que cet article servira à rien, mais bon, puisque tout le monde y va de son argument, pourquoi pas moi ?

Il faut savoir que, de nos  jours, en France (je situe clairement les limites du débat, comme ça), il est difficile d’assumer publiquement son homophobie. Dans un pays laïc comme le nôtre, pays des libertés, peut-on encore croire que l’on stigmatise ces pauvres gens ? Que l’on cherche même à trouver la cause de leur homophobie, comme s’il s’agissait d’une pathologie à « guérir » ? Et après quoi, le bûcher des homophobes (2) ?

Face à ce débat aux arguments souvent discutables, le mal-être des homophobes, quotidiennement harcelés, n’est pas quantifiable, mais pas pour autant négligeable. Le suicide des jeunes homophobes, face à l’intolérance de la société, est une réalité.

Ainsi, dans ce duel d’idées, les homophobes tentent (vainement, oups, je ne devais pas faire de jugement de valeur, ohlala) de convaincre qu’ils peuvent être contre le mariage des homosexuel(les) et l’adoption pour tous sans être homophobes. Après tout, vouloir que la discrimination envers les homos continue, c’est pas du tout homophobe, c’est du bon sens, messieurs dames. Du bon sens, qu’on vous dit.

Certains, même, vont au-delà. Après nous avoir dit qu’ils connaissent un ami dont le cousin à un kinésithérapeute qui connaît un patient qui pourrait être gay, ils s’érigent en défenseur des homos. Car il faut respecter le droit à la différence. Parce que, bon, c’est évident, mais les homos, ben ils sont pas comme les hétéros, et tant qu’à afficher leur différence, ben ils n’ont pas à se « normaliser » via la recherche futile du mariage. Puisque « lorsque vous êtes marginal, vous êtes fier de votre marginalité », qu’on vous dit. Soyez fiers, faites pas chier, et pis c’est tout. [Jeu : une citation de Jean-Marie Le Pen se cache dans le paragraphe précédent, sauras-tu la trouver ?]

Voilà. Se normaliser. Être marginal. Parce que oui, les homos ne sont pas normaux, donc. Mais non, dire ça, ce n’est pas être homophobe, voyons. Quelle idée.

Et puis bon, parmi leurs nombreux amis gays (ils en ont des tas, toujours), aucun ne veut se marier ! Preuve que c’est minoritaire, et on ne doit pas légiférer sur les minorités. C’est d’ailleurs pour cela qu’on n’a fait aucune loi pour rendre accessible les lieux publics aux handicapés. Tout s’explique.

Par contre, s’ils connaissent un hétéro qui ne veut pas se marier, par contre, là, gros silence, chut, on en parle pas. Chut, qu’on vous dit.

Surtout que, avoir le droit de se marier ne force pas le passage à l’acte. Il s’agit d’avoir la possibilité de choisir. Oui, je veux me marier, non, je ne veux pas, mais j’ai le CHOIX. Autoriser le mariage pour tous ne forcera aucun gay ni aucune lesbienne à se faire passer la bague au doigt.

Alors on nous dit ensuite que « les institutions ne sont pas là pour valider des inclinations, des goûts personnels ». D’où l’absence de mariage entre personnes de même sexe. Mais si l’État ne doit pas « valider » (?) des « inclinations », alors pourquoi valide-t-il l’attirance plus ou moins réciproque qu’il peut y avoir entre un homme et une femme par les liens républicains du mariage ? Pourquoi ? Voilà un argument sournois et pernicieux !

On nous dit que le mariage est sacré. Ben non, le mariage civil n’a strictement rien de sacré. Il n’y a pas à tergiverser là-dessus, on ne peut pas être plus clair.

On nous dit que le mariage, c’est un homme et une femme, pas autre chose, c’est écrit dans le dictionnaire. Et, c’est connu, les définitions du dico n’évoluent pas, et aucun mot nouveau n’y entre ; le français est une langue encore plus figée et morte que le latin. C’est dire.

Mais si les homos veulent s’unir, il n’y a qu’à améliorer le Pacs que l’on diabolisait il y a une décennie, ou créer une union civile offrant les mêmes droits que le mariage. Car ce dernier droit rester l’apanage des hétéros. À situations différentes, mots différents. Il y a des discrimination qui sont justes, comme nous dirait Phillipe Ariño (voir plus bas).

Sauf que, eh, réfléchissez un peu, les gens. Un peu, pas trop, faudrait pas trop vous en demander. D’un, il serait ridicule, légalement parlant, de créer deux institutions identiques, une pour les couples de même sexe, et l’autre pour les autres, là, les couples H/F qui « respectent la parité dans la famille » (lol). Faire des doublons, c’est pas vraiment le but d’un gouvernement et créer une institution pour une catégorie de la population serait anticonstitutionnel (d’où l’ouverture du Pacs aux hétéros, alors qu’ils n’ont même pas eu à militer pour). Et de deux, le mariage civil, c’est justement une union civile, eh, banane !

On nous aussi dit que l’adoption consiste à donner des parents à des enfants qui en sont démunis. C’est vrai. C’est d’ailleurs pour cela que ce sont ces enfants qui font les démarches administratives pour trouver les parents idéaux. Quand on couple désire adopter, on leur dit « non, il n’y a pas de droit à l’enfant ; non, non, madame ».

On nous dit, comme ci-dessus, qu’il n’y pas de droit à l’enfant. C’est vrai. C’est d’ailleurs pour cela que les couples stériles se voient refuser la PMA. Ils n’ont pas de droit à l’enfant, alors, s’ils ne peuvent en avoir par leurs propres moyens, tant pis, c’est la nature. Les aider serait contre-nature, et qui sommes nous, pauvres humains, pour aller à l’encontre de Mère Nature ?
D’ailleurs, pour respecter la Nature, je propose de supprimer tous les système de santé, de supprimer l’eau courante, l’électricité et toute la perversion que la modernité a apporté à notre pauvre nature. Éteignez votre ordinateur et jetez-le par la fenêtre. Vite.

C’est comme cette belle histoire, où l’on apprend que le premier bébé né en 2013 en France sera élevé par deux mères. Aussitôt, levée de boucliers, non, il n’en a qu’une, l’autre, c’est juste la compagne de la mère, vu qu’elle n’a pas donné d’ovule. Donc, poursuivons la logique, poussons-là plus loin, voulez-vous ? Pour un couple hétéro qui a recourt à l’insémination artificielle avec don de sperme (même si c’est contre-nature, rappelons-le), l’homme ne serait donc pas le père, mais juste le compagnon de la mère ? Bien. Allez annoncer cela à toutes les familles que vous piétinez de votre mépris. Et à la mienne, aussi.

Mais bon, ne refusons pas le privilège de la cohérence à ces gens-là, qui sont aussi anti-PMA pour tous et anti-IVG pour toutes.

On nous dit que « père » et « mère » vont disparaître du code civil. C’est faux. Pour être honnête (contrairement à certains, je ne vise personne, monsieur Copé), c’est partiellement vrai. Une simple vidéo suffira à prouver la mauvaise foi de tels propos :

Le parti de Christine Boutin, toujours très en avance sur son temps, nous dit : Se posent d’ailleurs non seulement la question des partenaires multiples mais aussi celle des relations intrafamiliales ou intergénérationnelles. (3) Parce que, voyez-vous, madame Boutin n’est pas marié avec son cousin dans, je cite, une « relation intrafamiliale ». Là, c’est l’Église qui se moque de la charité.

En parlant de l’Église (je réussis divinement bien mes transitions, décidément), outre qu’elle revendique son droit de s’immiscer dans un débat républicain et donc, par nature, laïc, il faudrait lui signaler que son avis a autant de poids que l’avis de mon boulanger-pâtissier. Or, situons le contexte, il s’agit d’une institution dont les membres sont astreints à la chasteté, donc la paternité ou la maternité, ils peuvent en causer, ils ne la connaissent pas personnellement. C’est un peu comme si je vous parlais d’autre chose que les manga !

L’étape suivante, en toute logique, c’est donc d’afficher une homophilie.

Mais bon, pour se faire, on nous sort Philippe Ariño (si vous pensiez à Xavier Bongibault, je vous ai eu !). Homo mais abstinent, et, obligé, catho. Il est contre car légaliser le mariage gay engendrera l’homophobie (Si la loi ne passe pas, nous permettrons à la communauté homosexuelle d’échapper à une vague d’homophobie sans précédent. (4)). Alors que non, il ne fait que révéler l’homophobie latente qui sommeillait. Réveiller la haine de ceux qui ne voudraient pas voir « ces gens-là » et les contraindre à la clandestinité « comme au bon vieux temps ».

L’homme se dit bien dans sa peau, sain d’esprit, et pas homophobe. Il assume pleinement sa sexualité, même s’il ne la vit plus. Pourtant, vu ses propos douteux, on peut se permettre d’en douter, justement. Florilège :

L’homosexualité n’a jamais été un problème : seule la croyance en celle-ci ou sa mise en pratique en sont un. Mais en soi (et je m’en rends très bien compte aujourd’hui à travers mon choix de vie), elle ne dérange absolument personne !

L’homosexualité est donc problématique pour ceux qui la vivent pleinement. Par contre, pour les abstinents, c’est trop cool la vie. Et elle ne dérange que si elle est « mise en pratique ». Cela commence très bien, dis donc !

L’homophobie est très « gay friendly ».

L’homosexualité est un condensé/symbole de toutes les souffrances/violences humaines possibles et imaginables.

Le couple homosexuel vit un amour moins incarné et moins aimant.

L’homophobie, c’est l’homosexualité pratiquée. Ni plus ni moins.

Cela vous a-t-il suffi ? Je pense que oui. Voilà, avec un tel raisonnement, on peut faire n’importe quoi. L’antisémitisme, c’est le judaïsme pratiqué. La misogynie, c’est la féminité pratiquée.

En plus, c’est affirmé avec une telle suffisance, sans argument, comme ça, pouf, si je le dis, c’est que c’est vrai. Et pour les explications faut lire acheter son livre. Ben tiens. Ou alors faut se farcir le reste du site, et pour ça, bon courage, car c’est du même acabit.

Et donc, pour en revenir au sujet, après ce bref aparté nous permettant, peut-être, de situer le monsieur. Des membres de l’Église et lui-même pensent que, parce qu’il est homo, il sait ce qui est juste pour la communauté. On a un homo contre, et c’est lui qui a raison. Logique.

Bon, allez, je serais de mauvaise foi en disant qu’il n’y en qu’un, mais bon, quand je vois un site comme Homovox (5), qui veut faire entendre la voix des homos (qui sont contre, hein, pas les autres), mais sans même respecter la fameuse « parité » qu’ils désirent garder dans la famille, je ne peux que me gausser. Sans même parler de la récente polémique sur le passé d’acteur de porno gay de certains d’entre eux.  Et puis, comme ils recyclent ad nauseam les arguments les plus éculés, on a vite fait le tour de la question.

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Enfin, je ne serais pas complet si je ne m’attardais pas un peu sur le cas de la Manif pour tous qui se défend d’être homophobe, et qui n’a vu aucun dérapage, selon les sources très fiables que sont Henri Guaino ou l’abbé Grosjean. Je pense qu’ils voulaient dire aucun dérapage médiatisé, puisque la nuance est importante. Suffit de lire Vice pour avoir un échantillon, ou même ce tumblr d’utilité publique. Si le reste de la manif était à la hauteur de ces gens, alors il y avait du beau monde.

Un autre truc qui me chiffonne, c’est le silence de Tugdual Derville et son écologie humaine (qui ne consiste pas à recycler nos cadavres, contrairement à ce qu’on pourrait croire) sur le coût de la manifestation « bon enfant », face à Pascale Clark, lundi 14 janvier, au matin. Pourtant, le calcul est simple : à « 2 ou 3 euros par manifestants », son prix est compris entre 1,5 millions (estimation faible) et 3,9 millions d’euros (estimations hautes de Gollnish selon laquelle il y avait 1,3 millions de manifestants). C’est pas compliqué, n’est-ce pas ?

Reste plus qu’à se demander d’où provient cet argent, et qui est le réel lobby entre une manif qui rassemble autant d’argent et les LGBT qui dépense à peine 20 000 euros pour le 27 janvier prochain dernier. Mais bon, je dis ça, j’insinue rien…

Reste ensuite les trois porte-paroles actifs, Frigide Barjot (nom de scène) son alibi gay Xavier Bongibault et son alibi socialiste Laurence Tcheng. Pour cette dernière, un article de Rue89 suffit amplement à discréditer la première excuse de madame Barjot. L’alibi gay est quant à lui président d’une association qui ne possède qu’une page facebook dont personne ne s’occupe (comme « la Gauche pour le mariage républicain » de Tcheng, tiens, heureux hasard ?). Mais de la vacuité de ces associations, Le Monde en parle mieux que moi.

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Pour conclure, parce que je pourrais continuer des heures durant comme ça, je cite Dominique Bertinotti :

Je note un progrès : tous les « anti » éprouvent la nécessité de dire qu’ils n’ont rien contre les homosexuels.

Mais, dans le même temps, ils leur refusent les mêmes droits. Or quand on ne donne pas les mêmes droits aux Noirs et aux Blancs, on dit que c’est du racisme ; quand on ne donne pas les mêmes droits aux femmes et aux hommes, on dit que c’est du sexisme.

Quand on ne donne pas les mêmes droits aux homosexuels et aux hétérosexuels, n’est-ce pas de l’homophobie ?

Notes :

(1) Ce titre est un hommage vibrant à Alain Escada, Belge qui vient se mêler des affaires françaises et, entre autres, président de Civitas, qui pense devoir défendre les catholiques qui ne sont pas des citoyens de seconde zone ; mais aussi à Valérie Pécresse, qui n’est finalement pas meilleure que ce monsieur.

(2) Référence subtile à un billet d’humeur sur Nouvelles de France, le site qui sent bon l’amour, la tolérance et la paix.

(3) Eléments de langage du pcd. Ce sont de « bonnes raisons ». Genre.

(4) Phillipe Arino : Ici ou . Vous trouverez des choses bien plus terrifiantes sur son site, comme la notion de « responsabilité des victimes manifestées dans l’acte du viol ». Avec une photo de Matthew Sheppard pour illustrer son propos.

(5) Je crois qu’il y a déjà assez de liens comme ça, pas la peine d’en rajouter une couche.

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2 réflexions sur “Les homophobes ne sont pas des citoyens de seconde zone.

  1. Bon article :3
    Par contre je me pose une question : c’est bien de taper sur les homophobes, c’est même de salubrité publique si on veut éviter que le discours ambiant devienne plus puant et merdeux que les écuries d’Augias. Mais en face il n’y a pas de prise de parole assez forte pour mener la danse et montrer que le mariage pour tous, c’est quelque chose de positif, de bénéfique pour la société.
    En Angleterre Cameron disait que le mariage est une institution conservatrice, donc qu’il est pour le mariage gay, qui renforce les liens entre les personnes. Rien de tel chez nous…

    1. Ben, quand même, quand on a des « arguments » aussi nuls en face, il n’y a plus vraiment besoin de se casser le cul à trouver soi-même des points positifs. Surtout que, bon, est-ce qu’on s’est demandé si le mariage entre personne de sexe opposé était bénéfique pour la société ? Bizarrement, ce genre de question ne vient pas à l’esprit des gens. Et pourtant…

      Et puis, Taubira s’est révélée talentueuse dans ses discours largement ovationnés par la majorité. Et ça, ça vaut tous les Cameron du monde.

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