Baby Driver d’Edgar Wright : le film qui en donne plus

Baby Driver sort le 19 juillet, il faut vous y préparer :  il s’agit du film de l’année. Bien sûr, cette phrase prononcée dix fois par an n’a pas de sens mais cette fois on a vraiment envie de lui en donner. Le Nostroblog se devait de vous en parler, parce que hey, si c’est le film de l’année, vous nous en voudriez d’être passés à côté.

baby driver affiche

Baby cache sous son visage d’ange des talents de chauffeur d’exception qui en font l’élément indispensable de tout braquage réussi. Il écoute constamment de la musique pour rythmer sa vie et couvrir ses acouphènes. La rencontre avec Debora, serveuse dans un diner, va lui ouvrir les yeux, les oreilles et le cœur.

Baby you can drive my car

Ne nous mentons pas. Nous n’étions pas très confiants quand Edgar Wright, sorti lessivé de son rendez-vous manqué avec Ant Man, a annoncé son retour. Un film de chauffeur de braquage avec l’acteur de Nos étoiles contraires et l’actrice de Cendrillon, pourquoi pas mais enfin n’en attend-on pas plus ? Si on a compris la difficulté à s’exprimer dans le cadre d’un blockbuster, n’y avait-il pas le risque de tomber dans le film de série pour acteurs pas encore ou plus tout à fait complètement vedettes ?

Comme pour Scott Pilgrim, tous les doutes s’effondrent dès la première séquence, un pur bonheur de cinéma, de rock’n’roll et de tôle froissée. Baby Driver est un film à la structure très simple, très classique. 3 casses, trois actes. Des personnages que l’on apprend à connaître, à aimer ou à craindre, une situation qui se dégrade peu à peu et ce putain de destin de voyou qui nous fait craindre le pire pour le héros et sa fiancée.
Edgar Wright est animé par un profond respect pour le genre. Sa cinéphilie est profonde, les figures de style appropriées et digérées. Il sait que le polar se peint en noir, que les braqueurs sont plus dangereux que cools, et que leur malédiction n’est que le fruit d’une violence de moins en moins contrôlée.

Pour autant si l’histoire en appelle aux mêmes figures que le Drive de Nicolas Wending Refn, son traitement en est complètement différent. Drive était un film nocturne, introverti, qui faisait la gueule pour mieux séduire. Baby Driver baigne dans le soleil du Sud-Est des Etats-Unis, explose de vie et récompense constamment le spectateur par des séquences toutes plus inventives les unes que les autres. Surtout les voitures jouent ici un rôle primordial. Au n’importe quoi numérique des derniers Fast & Furious, Edgar Wright préfère la tôle froissée à l’ancienne, filmée avec le sens du rythme moderne. Pas de sous-marin nucléaire mais un vrai respect pour ces cascades folles qui s’enchaînent comme aux plus belles heures de Rémy Julienne.

Baby Driver serait déjà un excellent film d’action s’il se contentait de ce programme. Mais il est tout autant un grand spectacle qu’un film avec du cœur.

baby driver

Baby love, my baby love

Le cinéma d’Edgar Wright est de ceux qui vous nourrissent comme un bon kouign-amann. La première vision peut rester sur l’estomac, chaque vision suivante continue à vous nourrir. Ce n’est pas qu’une question d’information visible dans le plan. Le sens même du film se lit sur plusieurs niveaux. Il aime le genre, s’en nourrit, mais y ajoute toujours un sous-texte. Le dernier pub avant la fin du monde par exemple met sur le même plan invasion extra-terrestre et dépression nerveuse.

Baby Driver est un polar romantique, où l’amour est vu à deux moments différents. Baby et Debora sont au début de l’amour, ce moment où toute sensation devient plus forte, où l’on vit plus intensément. Buddy et Darling sont à un autre moment de leur relation. Ils sont toujours aussi amoureux, mais leur relation fusionnelle a été teintée par leur vie de braqueur de banques, une vie de drogue et de violence. Le miroir déformant tendu par ce couple donne un enjeu dramatique à l’amour des héros. Debora est-elle la porte de sortie de Baby, ou va-t-il l’entraîner dans son monde et se perdre avec elle ?

Ce cœur qui bat permet aux personnages d’exister et donne de la force au dernier acte. Si le film est le plus léger d’Edgar Wright, il n’est pas superficiel, et nous entraîne d’autant plus facilement dans son suspense qu’il nous a fait ressentir l’euphorie de l’amour naissant.

baby driver sourire

Dance, Baby, dance

Baby Driver serait déjà un excellent film d’action et d’amour s’il se contentait de ce programme. Mais il est tout autant un grand spectacle avec du cœur qu’une comédie musicale, d’un concept particulier certes, ou l’on valse en voiture et où le bruit des mitraillettes a remplacé celui des claquettes.

Baby Driver n’est pas le premier film en forme de ballet. John Woo par exemple a bâti ainsi ses meilleurs films. Pourtant le rapport qu’il entretient avec la musique est assez unique.

Le premier exploit est de toujours maintenir l’aspect intradiégétique de la musique, c’est-à-dire que l’on entend toujours ce que les personnages écoutent.

Le deuxième exploit est que ce n’est pas un gadget. Les Gardiens de la galaxie avaient déjà tenté le coup avec la cassette de Star Lord dont les morceaux correspondaient toujours, quel hasard, à ce qui se passait à l’écran. Baby Driver amène le concept au niveau supérieur. Un I-Pod constamment dans la poche, Baby synchronise ses mouvements et ses humeurs sur sa musique. Cette danse du quotidien orchestrée par le chorégraphe de Sia se prolonge dans un sound design qui bruite la réalité pour la faire coïncider avec le beat. La musique n’est pas décoration mais enjeu. C’est en elle que se retrouvent Baby et Debora, c’est par elle que Baby s’exprime. Baby Driver est un film qui parle musique et vit musique.

Dans un meta-niveau de lecture, on peut même dire qu’Edgar Wright nous livre des clés sur son cinéma au travers de son utilisation de la musique. Les morceaux qu’il utilise nous sont connus sous d’autres formes : samples, remixés, repris, comme pour nous dire : vous connaissez les formes que j’utilise dans mes films, et pourtant vous ne pourrez vous empêcher d’être constamment surpris.

baby driver chante dans la voiture

A movie that has the capacity to geek

Loin d’être un petit film entre deux projets plus ambitieux, Baby driver est un film parfait, au sens où il ne pourrait mieux accomplir le programme qu’il s’était fixé . Il représente ce que le cinéma geek peut avoir de meilleur : prendre un objet de pop-culture aussi mâché qu’un vieux chewing-gum, le travailler et le polir pour créer de la nouveauté. La concision du scénario, l’incroyable travail de montage, de chorégraphie de la vie quotidienne aussi bien que de l’action, l’émotion, le suspense, l’euphorie devant un tel spectacle en font un objet d’expérimentation populaire si réussi qu’alors même que j’écris ce texte pour vous inciter à découvrir le film, je n’ai qu’une hâte : qu’il sorte enfin pour pouvoir le revoir.

baby driver casque

Film vu en avant-première le 19 juin à l’UGC Ciné Cité Paris XIX. Toutes les images proviennent de la bande annonce et sont copyright Sony Pictures. Le gif animé a été réalisé avec l’aide du logiciel GifCam.

Tant que vous y êtes, lisez l’hommage d’Edgar Wright à George Romero, qui nous a quitté le 16 juillet.

 

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2 réflexions sur “Baby Driver d’Edgar Wright : le film qui en donne plus

  1. J’ai tellement envie d’aller voir ce film, il s’annonce fichtrement marquant, et pourtant le casting de départ ne m’emballait pas des masses. Comme quoi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

  2. Très chouette article sur un film qui mérite définitivement d’être accueilli chaudement par le grand public. Le génie de Wright n’a de cesse de nous étonner à chaque film!

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