Bobo, Sick Sad World

Locke & Key : des comics à Netflix

Ayant lu et adoré la série de comics lors de sa sortie au tout début des années 2010, j’étais impatient que le projet d’une adaptation en film, ou en série, se fasse. Même si j’aurais préféré la première option, la seconde étant, par son format, plus propice aux divergences, pour le meilleur ou pour le pire. Il faut dire que le projet a connu beaucoup de rebondissements, entre un pilote pour la Fox en 2011, l’annonce d’une trilogie de films en 2014, le retour à un projet de série en 2017 sur la plateforme Hulu, abandonné moins d’un an plus tard… Et finalement, nous y voilà, pour la version Netflix.

Locke_&_Key_Character_poster_Dodge

L’histoire commence quand une famille endeuillée, les Locke, emménage dans la vieille demeure familiale : la Key House. Les trois enfants vont y découvrir des clés aux pouvoirs incroyables. Mais aussi un-e ennemi-e démoniaque.

Une adaptation d’un tel concept pouvait prendre plusieurs options, notamment au sujet des clés. Dans le comics d’origine, certains affrontements et découvertes de clés sont à peine montrés, en particulier dans le tome 4, assez expéditif. La série pourra donc détailler et prendre plus de temps pour dévoiler ces clés. Si jamais elle arrive à ce point du récit, ou à y retourner après les nombreux détours.

Et ça commence dès le premier épisode, avec deux clés qui n’existent pas dans le comics (les Mirror Key et Matchstick Key). On est donc prévenu dès le début : la série prendra des libertés avec son matériau d’origine. Des clés peuvent être créées, d’autres fusionnées, certaines voient leur importance réduite, tandis que d’autres obtiennent un rôle-clé (pun intended). Et la clé du miroir (ou quelque chose comme ça en vf) montre d’entrée de jeu que ces clés ne sont pas des jouets. Elles offrent du pouvoir à leur détenteur.

Ensuite, autre modification, plusieurs storylines sont mélangées différemment (l’évasion de Sam est beaucoup plus tardive, par exemple), tandis que d’autres sont laissées de côté (pour de futures saisons, peut-être ?), des personnages sont inédits à la version Netflix, tandis que d’autres n’existent plus (et pas des moindres !). Ces changements permettent d’apporter de la nouveauté aux connaisseurs du comics (comme moi), mais cela ne suffira peut-être pas à surprendre lors du cliffhanger final.

Visuellement, le plus gros changement est celui apporté à la Head Key : on ne voit plus le crâne ouvert avec tout un monde à l’intérieur. Dans la série, une porte s’ouvre et on peut physiquement pénétrer dans notre tête. Moins glauque, mais c’est donc beaucoup plus compliqué et plus long pour repérer ce qu’on y cherche. Et cela ouvre d’autres problématiques. Comme, que se passe-t-il si quelqu’un enlève la clé de votre nuque alors que des visiteurs sont encore dans votre tête ? Gloups… Petits frissons rien que de l’écrire…

Une autre modification réside au niveau de l’ambiance. Le comics était particulièrement gore, et violent, alors que la série est plus édulcorée à ce niveau. On se concentre beaucoup plus (beaucoup trop) sur le quotidien des enfants au lycée. Mais pas en cours, que les moments avec leurs amis, au club ciné ou à la pause déjeuner. Ou en soirée. Et cela dilue beaucoup l’aspect horrifique de la série à de rares moments.

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Heureusement, le mystère de ces clés, de leur rôle et de l’objectif de la Dame du Puit (je crois que c’est ça son appellation en vf ? Well Lady en vo) permettent de maintenir l’attention. D’ailleurs, Locke & Key repose beaucoup sur le charisme de Laysla De Oliveira, qui interprète brillamment le-a démon-e qui hante les Locke. Et elle a les épaules assez solides pour assurer le rôle de Dodge. Les acteurs interprétant les enfants et jeunes ados sont plutôt bons dans leur rôle aussi (même si, à tour de rôle, Tyler, Bode et Kinsey peuvent être agaçants), le problème pour eux venant plutôt du scénario qui priorise leurs amourettes tout au long des 10 épisodes plutôt que l’enquête sur ces clés. Je ne m’attendais pas à ce que tout tourne autour des clés, puisque que comme dans les comics les traumas de chaque personnage reviennent les hanter, et cela leur donne plus d’épaisseur et permet aussi de mieux les comprendre. Cependant, ce n’est pas pour rien que ces clés mystérieuses sont dans le titre même de la série. Evidemment, le but initial est de tenir sur la durée, jusqu’à la fin de la saison, et de laisser des portes ouvertes (ahah) en vue d’une suite. Ce que je peux comprendre. Mais du coup le milieu de saison est mollasson, il faut attendre les apparitions de Dodge et le retour du fil rouge pour que l’intérêt revienne.

Et pourtant, l’épisode final a été décevant de bout en bout. La couronne des ombres n’est pas aussi impressionnante que dans le comics, et le double-twist final n’est pas aussi surprenant que veulent nous faire croire les scénaristes, d’autant plus quand on a déjà lu le comics. Si vous rajoutez des persos sans aucune subtilité, on se doute bien qu’il y a anguille sous roche… Et puis, c’est quoi cette porte Omega sans aucun frisson ? Elle brille en bleu, c’est presque plus féerique qu’inquiétant ! Dans le comics, elle éveille un intérêt, une curiosité malsaine chez tous ceux qui l’approche. Là, à part quelques murmures et chuchotements quand Kinsley la cherche pour la 1ère fois, rien. Et une fois ouverte, c’est pire encore. Les étranges démons plein de pics piquants et d’yeux tout partout n’apparaissent pas. A la place, une sorte de galaxie étoilée, avec de temps en temps des tirs de balles-démon façon pistolet ??? WTF ? Le côté family-friendly prend le dessus sur l’aspect horreur lovecraftienne du comics, et c’est bien dommage.

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Et le twist révélé dans les 10 dernières minutes rend le tout incohérent. Ou du moins, en apparence. Depuis le début, Dodge semble ne s’intéresser qu’aux clés, et surtout à celle qui peut ouvrir la porte noire. Or, la révélation finale montre que non, puisqu’iel aurait pu l’obtenir, puisqu’iel aurait pu laisser la porte ouverte, mais non. Donc quel est son véritable but ?

Sans compter que des pans entier du comics de base ont été occulté (tout le tome flash-back sur l’origine des clés et leur découverte par le papa Locke et ses amis, les rôles de Duncan et de Rufus dans cette histoire). La saison 2, confirmée fin mars, va donc forcément s’éloigner un peu plus de sa version papier, même si des indices laissent penser qu’on aura bien, tôt ou tard, des flash-backs sur la création des clés.

Je ne sais pas à quel point Joe Hill et Gabriel Rodriguez (respectivement le scénariste et l’illustrateur) ont été impliqués dans cette adaptation (en dehors de leur caméo), mais c’est, pour moi, un bilan mitigé. J’en attendais beaucoup (l’effet hype), j’ai apprécié certains changements qui apportent une autre vision, mais au final, cette version trop gentillette m’a désarçonné. J’espère que la suite aura plus de mordant.

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