Palepoli : Les ingénieux débuts d’Usamaru Furuya

Usamaru Furuya débute sa carrière de mangaka en 1994 en publiant des histoires en quatre cases dans le célèbre magazine underground Garo. Ses sketchs sortent en 1996 dans un recueil appelé Palepoli. Il faudra attendre 2012 pour le voir arriver en France chez les éditions Imho et ainsi découvrir les débuts du désormais renommé Usamaru Furuya. Alors que valent les débuts de l’auteur ? C’est ce que nous allons commenter dans la chronique de ce manga qui ne ressemble à aucun autre.

Palepoli couvertureS’il existe des continuités entre les sketchs en quatre cases d’Usamaru Furuya, il est néanmoins impossible dans constituer un résumé global de Palepoli. Pour synthétiser, l’auteur met en scène dans cet ouvrage des petites histoires principalement comiques. Nous sommes face à une bande dessinée expérimentale où le mangaka débutant qu’il était s’est fait plaisir en laissant libre court à son talent et à son imagination.

En ouvrant Palepoli, il faut bien évidemment s’attendre à une lecture déroutante. Cela commence par la mise en page, qui en troublera plus d’un. Chaque page est divisée en quatre cases qui forment une histoire. C’est un format rarement observé dans l’univers du manga en France et cela constitue la première particularité de Palepoli. Mais cela ne suffit pas à faire un manga déroutant, c’est à la porté de le monde de réaliser une telle mise en page. Non, Usamaru Furuya nous interloque également par le fond de ses histoires. Il n’y a pas de scénario ici, l’impact sur le lecteur doit se faire en quatre cases. Du coup l’auteur utilise très souvent l’humour, la dérision ou encore l’absurde pour arriver à ses fins. Que l’on rigole ou que l’on soit choqué par le caractère gore ou sexuel d’une histoire, c’est le sens artistique d’Usamaru Furya que l’on retiendra au final. Son talent de mise en scène, son inventivité, sa créativité nous illuminent tout au long de la lecture sans pour autant que l’auteur montre de la prétention. Alors qu’il n’a même pas 30 ans lorsqu’il publie Palepoli, alors qu’il fait ses premiers pas dans le monde du manga, Usamaru Furuya fait sensation en brisant tous les codes du milieu et en nous prouvant, tout en modestie, qu’il est déjà un artiste accompli.

En plus l’auteur se fait plaisir en écrivant librement. Il dessine sans censure, et se permet de faire de multiples références. Le monde du manga est parodié tout en respectant les œuvres d’origines. Ainsi on voit des sketchs mettant en scène Doraemon, Golgo 13, Sazae-san, Ashita no Joe,  l’univers de Yoshiharu Tsuge ou même celui du célèbre Dieu du manga: Osamu Tezuka. Entre des références liées à Pulp Fiction, à l’inspecteur Columbo, à Godard et aux Beatles, Usamaru Furuya témoigne de son intérêt pour la pop culture internationale. L’auteur insère également des clins d’œil à des œuvres d’artistes comme Picasso et Michel-Ange.

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Nous allons à présent prendre quelques exemples d’histoires pour mieux se rendre compte du sens artistique qu’Usamaru Furuya développe dans Palepoli, ainsi que du contenu de l’ouvrage. Dans un sketch récurent le mangaka fait apparaître le fantôme des planches rejetées. Sur ces pages, on voit Usamaru Furuya en train de dessiner la planche sur laquelle il apparaît, et le fantôme qui vient la lui saboter. Du coup la page qu’on lit se voit saboter à la manière de celle que dessine l’auteur dans le manga. Avec cette série de sketchs l’auteur redouble d’ingéniosité pour arriver à nous surprendre. Un autre exemple d’histoire impressionnante et inventive est celle de Tama-chan, le miraculé. Il s’agit d’un jeune garçon se faisant agresser et qui s’en sort en utilisant des interférences entre les cases. Le tout donne un petit tableau qui est un régal pour les yeux tant il est bien pensé. Dans un autre sketch Usamaru Furuya dessine les quatre protagonistes du manga Doraemon. Quand on regarde ces portraits de plus près, on se rend compte qu’ils sont en réalité des représentations d’ébats sexuels. La double-image entre le héros de manga pour enfants et l’acte sexuel est bluffante et pleine de contradictions. Mais le plus impressionnant n’est pas là. Il s’agit d’une autre série d’images à double sens. Cette série met en œuvre des représentations de Dieu et de Bouddha. Mais ces visages sont en réalité synonymes de la souffrance humaine. Quand on regarde mieux les scènes, on se rend compte qu’elles représentent en fait un paysage dans lequel un désastre est en train de ce produire. Ainsi on peut voir derrière ces visages divins un pendu, deux brûlés, un dinosaure pleurant sur sa progéniture ou encore une explosion atomique. C’est dramatique, et on reste impressionné par le talent artistique d’Usamaru Furuya.

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Difficile de parler du graphisme du manga tant l’auteur utilise des styles différents. Usamaru Furuya parodie le cubisme, les tableaux de la renaissance ou encore les mangas qui l’ont marqué (Ashita no Joe, Le cœur de Thomas, Golgo 13…). Sur certains sketchs, il donne à son coup de crayon un style néo-impressionniste alors que sur d’autres il joue sur le trompe-l’œil. Tantôt le trait de l’auteur est réaliste, tantôt il est décalé. Impossible donc de parler globalement du graphisme de l’œuvre. La seule chose à retenir c’est donc que l’auteur varie son style pour le plus grand plaisir des lecteurs !

Du côté de l’édition, on a droit à un bel ouvrage, munie d’une très bonne traduction. On trouve malheureusement quelques soucis de lettrage un peu gênants. Mais rien ne parvient à gâcher le plaisir de lecture du manga !

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En définitive Palepoli marque les débuts d’Usamaru Furuya dans le monde du manga de manière fracassante. Il se détache des codes du milieu pour laisser place à son imagination. De part son côté décalé et ses références poussées, Palepoli ne plaira pas à tout le monde, c’est évident. Mais les curieux, ceux qui ont envie de découvrir autre chose, de lire le manga autrement, ainsi que les amateurs de l’un des derniers grands talents découverts par le magazine Garo se doivent de lire ce manga.

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