Le Garçon et La Bête : la Divine rencontre

Mamoru Hosoda, dont la popularité est promise à un bel avenir chez nous, a sorti ce mercredi (dans nos salles obscures, oui oui !) son dernier long métrage d’animation : Le Garçon et La Bête. De suite, transcrit dans la langue de Molière, tout ceci a moins de classe et nous renvoie vers un Disney avec beaucoup de vaisselles en porcelaine, mais qu’à cela ne tienne, ce n’est pas tous les jours que ça arrive. Qui plus est à l’échelle nationale.

N’allons pas bouder notre plaisir et asseyons nous sur les fameux sièges rembourrés et communément vêtus de rouge. Mention spéciale aux salles du Rialto de Nice, seul cinéma de la ville à avoir pris le risque de le diffuser, qui plus est en VO.

A toute à l’heure pour les impressions just’au’four. J’essaierai de contenir les éclats de spoils anesthésiants et les excès d’irrationalités. Dans la mesure du possible.

Bon ben voilà, écran noir, crédits. Deux minuscules petites heures plus tard, plein de choses dans la tête. Profusion de scènes à haut voltage, une toile d’humour en fil rouge, de l’action bien menée dans un florilège de sueur, de poils et d’œufs crus. Miam miam.

Mamoru Hosoda, studio Chizu en poche (on change pas une équipe qui gagne), m’a encore pris dans son filet. Faible être que je suis. A trop vouloir triturer les cordes sensibles, il m’a bien remué la tripaille. Côté palpitant, on est bien face à un long métrage construit avec le même ciment que Les Enfants Loups. On a la base sentimentale oserais-je dire.
Fort heureusement on évite le clonage, Le Garçon et La Bête explorant maints autres thèmes inédits ou peu communs dans sa trousse à outils.

Fortes têtes
Subir les affres de l’abandon et du décès sont, dans le domaine familial, les principales sources de déchirement, de dépression et de haine. Le jeune Ren est directement passé à la phase trois, ce qui quelque part peut se comprendre lorsque son âge n’a pas encore deux chiffres au compteur. Nul besoin de qui que soit pour survivre, même lorsque Shibuya est son terrain de jeu et qu’il n’a que deux malheureux biftons en poche. C’est cette force de caractère, cette volonté de vivre comme seul et unique héritier de son fardeau qui va faire basculer l’intrigue vers des directions insoupçonnées.

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Badass Ren

Alors qu’il n’a plus rien à perdre, ni à craindre finalement, sa lente dérive vers la dépression va faire un bond fulgurant. Un tout autre décor n’attend que lui. Car recroquevillé sur lui-même, entre deux vélos parqués ci et là, il va faire la plus grande rencontre de sa vie.

Cette rencontre à la limite de la légalité, divinement parlant, va beaucoup apporter à Ren, comme à Kumatetsu, comme à moi et à vous je l’espère. Car il s’agit, à mon sens, de la plus grande réussite de ce film.

Nouvelle vie, nouveau monde, nouveau tout
Pour revenir sur ce que je disais plus haut, Hosoda a encore accroché de nouvelles flèches à son carquois : on a la notion humaine et réaliste (et larmoyante) des Enfants Loups, l’esprit voyageur de la Traversée du Temps, mais on n’avait pas ce flux divinatoire comparable à ce qu’avait réalisé El Maestro Miyazaki sur Chihiro.

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Comment on grimpe ?

Les voyages ça vous gagne, et Le Garçon et La Bête n’en manque pas. C’est vers ce Jutengai, alter-ego animalier à nos sociétés où les humains sont prohibés, que Ren file malgré sa volonté. Le gringalet errant, autrefois intouchable et qui mordait tout ce qui l’approchait, fera moins le fier face à toute cette population inhabituelle, à ses us et coutumes, ses racines conflictuelles et ses enjeux.

Tout aurait pu très mal se goupiller et finir en bain de sang pour Ren. Mais dès que Kumametsu, qui n’a pas que la fourrure de l’ours mais aussi le caractère, lui fait de nouveau face, tout va très vite évoluer. Nouveau nom, nouvelle profession, nouveaux proches, nouveaux amis. Rebaptisé Kyuta et nouveau disciple de ce dur à cuire de Kumametsu, il va enfin reprendre toutes les couleurs dont il avait besoin, tout ce vide va être peu à peu résorbé.

Pourtant tout à commencé par un « Et tu fais Vlan! »
Sans trop dévoiler l’intrigue et des détails croustillants qui arrivent par la suite, on peut dire que cette relation maître à élève est fascinante. On effleure toutes les facettes possibles dans son entrainement : drôle, sérieux, touchant, poignant. Même si on ressent l’obligation de résultat pour justifier les desseins de Komametsu, sous les yeux ébahis de ses amis de toujours Tatara et Hyakushubo, tout ceci va muter. Et se transformer en une symbiose quasi paternelle entre les deux protagonistes.

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Garçon, bête, tout ceci n’a plus d’importance maintenant. Il est d’ailleurs difficile par moment de savoir qui en détient le label. Car, autant Ren / Kyuta doit apprendre de la force brute de l’ours divin, autant Kumametsu ne peut pas se passer de l’agilité féline liée à la frêle constitution du petit bonhomme. Mais pitchoun deviendra grand, car formation longue durée oblige, son corps grandit, s’endurcit. Il est en manque, un vide crucial lui apparaît et seul son berceau d’origine peut le combler.

C’est ici que Le Garçon et La Bête marche sur les pas de la Traversée du Temps. Hormis la boucle temporelle, les allers-retours Jutengai – Shibuya sont légion. Peu à peu, Kaede, charmante maîtresse pédagogue improvisée et sur mesure pour le redevenu Ren, prend le pas sur papou Kumametsu. Les bouquins passent devant les fondamentaux des arts martiaux. L’ego de Ren, alimenté par la soif de savoir, évolue dans le monde qui était le sien, et ses besoins de côtoyer d’autres êtres humains sont en ébullition.

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Tout est bon à prendre dans le bouquin.

Esthétique et étiquette
L’un des points forts de ce nouveau Hosoda reste encore et toujours la qualité visuelle générale explosant de couleurs et pétillant d’animations à couper le souffle (le combat entre Kumametsu et Iozen sur la place publique notamment). C’est un petit bonbon à savourer, même si j’ai moins été réceptif aux quelques embardées de 3D et d’effets spéciaux sur la fin.

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Monseigneur Lapinot

Malgré l’excédent de superlatifs qualifiant Le Garçon et La Bête, il ne restera pas mon favori dans son CV, le déjanté Summer Wars trônant toujours sur la plus haute marche de mon podium. Les quelques longueurs dispensables dans la conclusion, et l’étiquette trop épurée habituelle, hérissent parfois mes quelques poils aux avant-bras. Cela n’engage que moi, mais dans l’absolu ne vient pas tirer vers le bas mon avis général.
C’est réussi et c’est bien là le principal.

Force est de constater qu’il empile les œuvres de qualités comme des Pringles dans un tube. Il a toute la recette nécessaire pour plaire à tout le monde et j’attendrai assidûment chaque nouveau projet du monsieur.

Graine de Star
Même si l’illustre personnage a déjà fait ses ongles sur La Traversée du Temps et Summer Wars, c’est Les Enfants Loups qui l’a propulsé vers un nouveau pic de notoriété en France. Le simple fait de voir débarquer sur nos chaînes de télévision (non payantes) le récit d’Ame & Yuki, le tout diffusé à une heure d’audimat respectable, suffit à s’en faire une idée. Il marche sur l’autoroute tracée par Miyazaki et son étendard Ghibli.

Gageons que Le Garçon et La Bête auront les crocs en France. Que le succès soit à l’heure. Tant que la finalité débouche sur un coup de projecteur braqué vers l’animation japonaise, ce sera une victoire. Et surtout une chance supplémentaire d’en voir arriver d’autres au guichet.

La seule chose à faire et finalement d’aller le voir. Sans traîner par contre. Si vous voulez le voir, il ne restera pas aussi longtemps à l’affiche que Titanic. Je ne prends pas de risque en y mettant ma main à couper.

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5 réflexions sur “Le Garçon et La Bête : la Divine rencontre

  1. Poyjo

    Le temps me manque et pourtant l’envie de le voir me démange. J’ai fait l’erreur de lire cet article, j’en ai encore plus envie maintenant. D’autant plus que je le verrai aussi au Rialto, et même si ce ciné n’a pas la meilleure des réputations, il faut être dingue pour vouloir rater la chance de voir un Hosoda au cinéma, surtout qu’on a aimé les précédents. J’espère qu’il n’aura pas disparu entre temps…

    En tout cas super article, je vais maintenant entrer en PLS pour contenir la hype en moi et éviter toute possibilité d’accident.

    1. Merci ! Ce n’est pas le meilleur Hosoda mais ça reste un superbe divertissement avec un très bel habillage, de beaux messages et beaucoup de sensibilité. Il risque de disparaître des diffusions mercredi, malheureusement. J’aime bien le Rialto, le cinéma est l’un des rares à proposer de la VO et des films de tous bords. C’est juste très loin de chez moi mais ça valait le détour.

  2. Ping : Capsules://01-2016/ | el Tooms'

  3. La première partie est assez légère et amusante et j’ai davantage apprécié la seconde où Ren est tiraillé entre sa nouvelle vie et le puzzle de son ancienne existence qu’il tente de reconstituer. J’ai également été agréablement surpris de la relation qu’il entretient avec Kaede, notamment dans cette confrontation d’une normalité face à un destin « décousu ».

    Une histoire somme toute sympathique mais qui, contrairement à d’autres comme Mononoke et Kotonoha no niwa, n’a pas su me faire verser une petite larme.

    D’s©

    1. J’ai beaucoup aimé cette proximité entraineur / apprentie, et presque père / fils qu’entretiennent nos deux têtes d’affiche. C’est en tous cas une belle prouesse visuelle et ça bouge du tonnerre, c’est vivant tout ce qu’on demande d’un Hosoda. Mais qui n’a pas su être aussi puissant qu’un Summer Wars ou qu’un Enfants Loup.

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