Gare au manga

À la recherche du personnage modèle

Comme chaque année, l’excellent site Club Shôjo organise la semaine du shôjo, un événement interblog où chaque personne répond à une question, pendant que le site publie divers articles toujours très intéressants sur le shôjo manga. J’ai toujours rêvé d’y participer mais faute de temps ou de sollicitation, je n’ai jamais pu. Cette année sera donc ma première participation à la semaine du shôjo en tant que rédacteur et non uniquement lecteur. C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai réfléchi à la question de cette année et que je vais tenter d’y répondre. Sans plus de suspense, voici le thème de cet article : 

« Quel personnage de shôjo t’inspire le plus ? Quel personnage de shôjo serait ton modèle ? » 

Des personnages à travers lesquels j’arrive à me projeter et qui me servent donc de modèles, j’en ai plusieurs, comme par exemple Rei Kiriyama, le protagoniste de March comes in like a Lion qui se plonge corps et âme dans le monde du shôgi, un refuge pour fuir la douleur de son deuil. Il trouve du réconfort autour de ses compagnons de jeu, mais aussi et surtout en compagnie des sœurs Kawamoto, qui l’accueillent comme un membre de la famille. C’est un personnage solitaire, qui a beaucoup de rage en lui, et d’amour à donner, même s’il n’ose pas forcément, sûrement par crainte d’être blessé. C’est un exemple et pas le personnage que je choisis pour cet article, d’autant plus que March comes in like a Lion est publié dans un magazine seinen suite à diverses circonstances, quand bien même son autrice, Chica Umino, est une figure emblématique du josei, qui lui a donné ses lettres de noblesse avec Honey & Clover. 

Pour revenir plus particulièrement au shôjo et au josei, j’aurais très bien pu citer également plusieurs personnages de Setona Mizushiro, tant elle est l’une des autrices qui me parlent le plus. C’est surtout dans L’infirmerie après les cours que je me suis le plus reconnu, dans le mal-être de divers personnages, et le fait de partager leurs expériences m’a fait grandir humainement. Il est question d’identité de genre, de passion amoureuse débordante, de peur de l’avenir, de sensation de vide, le tout avec des métaphores oniriques absolument sublimes. Plusieurs mangas de l’autrice m’ont fait cet effet, des interactions mentales de Brainstorm’ Seduction à la soif de destruction de X Day, en passant par, il faut bien l’avouer, la gourmandise d’un Heartbroken Chocolatier. Elle a même dessiné un manga sur le tennis, S, un sport que j’ai pratiqué durant mon adolescence. C’est dire si ses œuvres me parlent et me motivent. 

Mais non, j’ai choisi un autre personnage, une évidence étant donné qu’il est devenu l’un de mes protagonistes préférés parmi tous les mangas que j’ai lus, et ceci en un rien de temps. Je veux bien sûr parler de Totonô Kunô, le personnage principal de Don’t call it Mystery, la série de Yumi Tamura.

Me comparer à Totonô serait bien prétentieux, tant il est un garçon extrêmement intelligent. On partage à la limite des cheveux bouclés et un goût pour le curry japonais, mais pour le reste, il est plus modèle qu’une projection de moi-même. Si j’ai choisi Totonô, c’est justement car il est une figure quasiment idéale et non une projection sentimentale ou motivante comme peuvent l’être énormément de personnages. 

Moi qui adore les enquêtes, les mystères et les énigmes, je me suis évidemment pris de passion pour le manga de Yumi Tamura, et son personnage qui se retrouve malgré lui impliqué dans des affaires criminelles, tout en ne pouvant pas s’empêcher de les résoudre. En tant que lecteur de ce genre de fictions, j’ai l’habitude d’essayer de devancer les écrivains afin de démasquer le criminel et ses motivations. Du coup j’ai un cheminement de pensée qui rejoint celui de Totonô, acteur de ce genre de situations. Le fait que mes intuitions soient souvent juste en lisant Don’t call it Mystery me rend assez fier, et me rapproche au moins un peu de son protagoniste. Mais cela est dû au fait que je connais très bien les mangas de Yumi Tamura et sa faculté à surprendre ses lecteurs. Cela m’a permis d’anticiper quelques retournements de situation dans Don’t call it Mystery là où 7 Seeds, par exemple, m’avait laissé sans voix. 

Cependant les enquêtes ne font pas tout. Totonô est un personnage qui m’inspire car il sait écouter, il est très fort pour ça. Il sait faire parler également. Ce sont des facultés que j’apprécie et que je trouve très importantes. Ici il est question d’enquêtes, mais être à l’écoute et comprendre les autres est utile dans la vie quotidienne, et c’est quelque chose que je m’efforce à faire. Pendant longtemps j’ai été très solitaire pour diverses raisons, et je le suis encore un peu, mais savoir écouter permet de mieux connaître les gens et de tisser des liens solides. 

Contrairement à Totonô, je ne parle pas beaucoup… Sauf quand un sujet me passionne ou que je discute avec des personnes que j’apprécie beaucoup. Et quand je parle de quelque chose que j’adore, au hasard de mangas, il est bien difficile de m’arrêter. Et pour aller au bout de mes idées, je digresse beaucoup. Énormément même. En fin de compte j’ai aussi ce truc en commun avec Totonô, de partir dans tous les sens et d’arriver à retomber sur mes pattes. C’est peut-être idiot mais le fait de partager ce trait avec ce personnage me donne envie d’explorer ma passion pour le manga autrement. J’écris énormément mais je me dis en voyant s’exprimer Totonô que je pourrais tout aussi faire des podcasts ou bien même des lives. Même si je ne pense pas me lancer pour des raisons techniques et de capacités, ou plutôt de leur absence, ce n’est pas qu’une pensée qui me traverse l’esprit, j’ai des émissions complètes, au mot près, dans ma tête. 

À travers Basara et 7 Seeds, Yumi Tamura a exploré divers sujets de société, surtout par le prisme du scénario. En créant un personnage aussi bavard que Totonô, qui aime autant digresser, elle peut cette fois-ci exprimer ses propres pensées par la voix de son personnage. Et autant dire que ce sont des sujets qui me touchent et me font réfléchir, ou auxquels j’ai déjà beaucoup pensé par le passé. Totonô profite donc de prendre la parole pour parler de tout et n’importe quoi et donc également de thèmes sociaux, avec lesquels je suis le plus souvent en accord. Aussi bien à travers le fait qu’il ose exprimer sa pensée qu’avec celui qu’elle soit parfaitement construite, de manière presque implacable, je vois Totonô comme un modèle. Car moi aussi j’ai mes idées bien définies et je n’aime pas débattre. Exposer ma pensée me suffit amplement, je n’ai pas besoin qu’on me réponde ou cherche à me contredire. Et cela Totonô le fait bien en maîtrisant l’art de la rhétorique. 

Pour finir, Totonô n’est pas un personnage neutre. Il est engagé, comme j’en ai parlé précédemment, et j’estime que le monde se porterait bien mieux si ses idées étaient partagées par le plus grand monde. Je pense d’ailleurs la même chose pour les miennes, mais c’est une autre histoire. Quoiqu’il en soit, la morale de Totonô diffère de celle de la société. Il n’est pas en quête de justice et sa pensée ne se construit pas sur les lois établies. Il prend sa propre indépendance par rapport au modèle dans lequel il vit, quand bien même il est conscient que cela a des limites. Et c’est quelque chose qui me marque profondément, je me retrouve pleinement dans cette façon de penser tant elle propose une ouverture et une alternative au monde dans lequel on vit. Si Yumi Tamura a pu le faire dans d’autres mangas à travers la fantasy ou la science-fiction, elle se permet de l’exprimer cette fois-ci à travers les seules réflexions de son personnage. 

En fin de compte, si Totonô semble être un modèle inatteignable, il n’en reste pourtant pas moins une source d’inspiration. C’est un personnage passionné et curieux, à l’écoute et critique. À sa manière, il est libre, et c’est sans doute cela qui le rend si intéressant. Ses cheveux bouclés, partant dans tous les sens, témoignent de cette liberté et cette anarchie si chères à Yumi Tamura, tout comme ils représentent un mélange de pensées et de digressions, sans queue ni tête. Sans aucune projection sentimentale, sans forcément partager des éléments de vie, je me reconnais dedans. Je me passionne pour chacune de ses phrases. Et ça me fait du bien, voilà un personnage décidemment bien inspirant à ranger dans la catégorie des Nausicaä et Ki-itchi issus des mangas éponymes. 

Et comme La semaine du shôjo est une événement collectif, en plus de vous inviter à suivre les articles toujours très intéressants de Club Shôjo, je vous renvoie vers les autres blogs et chaînes Youtube qui participent :

8 réflexions au sujet de “À la recherche du personnage modèle”

  1. Bravo pour cette première participation et quel excellent choix !
    J’aime aussi beaucoup Totono et les prises de position de l’autrice qu’on entend à travers lui. Elle n’a jamais eu une écriture neutre et c’est bien pour ça que Basara et 7 Seed m’ont autant marquée.
    Pour ma part, j’ai cité, entre autres, Sarasa parmi les héroïnes qui furent des modèles pour moi ☺️

On attend votre avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s