Les zombies vus par Kengo Hanazawa

Aujourd’hui je vais continuer la saga de l’été de Nostroblog ayant pour thème les créatures symbolisant l’horreur en occident dans le manga. Après les vampires de Suehiro Maruo, je vais m’attaquer à la vision des zombies de Kengo Hanazawa. Dans cet article je vais donc parler de I am a Hero, un manga publié en France par les éditions Kana depuis 2012.

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Hideo est un assistant mangaka de 35 ans. Peureux, maniaque, souffrant d’hallucinations, ce loser adepte du monologue a tout d’un parfait anti-héros. Petit à petit les gens qui l’entourent vont se transformer en zombies, mais il ne se rendra pas compte de cela avant que ses proches soient atteints du virus.

Avant tout, il faut préciser que les zombies sont éloignés de ceux des premiers films du genre de Romero. Ici les humains mutent de manière… japonaise. On a effectivement plus l’impression d’atterrir à Silent Hill que d’être confronté à la vision américaine du zombie. De plus, il est intéressant de préciser que le mot zombie n’est jamais prononcé dans le manga.

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Pour autant il s’agit bel et bien d’un manga de survie, même s’il se joue des clichés du genre. On retrouve le fusil à chevrotine ou encore le fameux passage du supermarché, qui parleront à tous les amateurs de Romero. Mais Hanazawa ne tombe pas dans le stéréotype. Non, il rend hommage. En effet, il parodie ces clichés et les adapte à sa sauce. Pour le fusil, par exemple, ne sert pas à Hideo à tirer à tour de bras. S’il en a un, c’est qu’il a un permis de port d’arme. Il est conscient que c’est un objet dangereux, que ce n’est pas évident de tirer et également que c’est bruyant, ce qui attirera donc d’autres zombies. Pour le cliché de supermarché, je vais vous laissez découvrir comment Hanazawa le contourne. Une chose est sure, c’est qu’on est bien loin de ce qu’on a l’habitude de voir.

Si Hanazawa bouleverse les clichés du genre, il se joue également des codes du manga. Entre les changements de rythme marqués et ceux de ton, c’est surtout les codes graphiques qu’il met à mal. Enchaînement de doubles-pages sur un plan fixe, effets de perspective cinématographique et toutes sortes de découpage des cases non-conventionnelles ne manqueront pas de captiver le lecteur. Difficile de ne pas être impressionné devant tant de maîtrise. Mais si Hanazawa est loin d’être le meilleur dessinateur, il nous en met plein la vue par sa mise en scène. Je le dis sans détour, I am a Hero, ça claque !

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Il est indéniable que I am a Hero soit un manga décalé, qu’il sorte des normes de la production actuelle. C’est visible par le côté humoristique, mais c’est également le cas du schéma scénaristique. Mais j’ai l’impression qu’on ne s’en rend pas assez compte car le manga de Hanazawa souffre de ce que j’appelle l’effet Urasawa. Hideo rappelle Kenji de 20th Century Boys dans son attitude: personnage loser auquel on peut facilement s’identifier, contraint de fuir son quotidien banal pour vivre une histoire extraordinaire dont il se serait bien passée, etc. L’originalité de I am a Hero est bien là, mais elle souffre clairement de l’influence qu’a eu les thrillers de Naoki Urasawa sur le monde du seinen. Du fait de la popularité d’Urasawa, on a l’impression que ce schéma est devenu une norme, mais rares sont ceux qui parviennent à le maîtriser.

D’ailleurs si Hanazawa arrive à rendre son héros aussi attachant, c’est parce qu’on ne peut pas qualifier I am a Hero uniquement comme un manga d’horreur. Il est aisé de le qualifier de manga social, se rapprochant ainsi d’Ushijima de Shohei Manabe ou même Solanin d’Inio Asano. On peut aussi le comparer un manga de survie traitant des réactions humaines. Difficile de ne pas penser à Dragon Head de Minetaro Mochizuki ou Tokyo Magnitude 8 d’Usamaru Furuya quand on voit la création et l’organisation de micro-sociétés qui profitent de l’horreur ambiante pour émerger.

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I am a Hero est indéniablement un mélange de tout ce que j’aime, avec une dose de créativité qui lui est propre. Entre un héros qui donne l’impression d’être humain, une critique de la condition de mangaka, un humour ravageur, une mise en scène aussi originale qu’époustouflante, on en oublierait presque les zombies… Pourtant ils sont bien là, pour le meilleur et pour le pire…

Pour conclure, je vous invite à lire l’excellente interview de l’auteur que mes ex-collègues de Manga-News ont réalisé. Elle vaut le détour !

Je m’en fiche de ne pas être un héros ! Mais je veux au moins être le personnage principal de ma vie.

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5 réflexions sur “Les zombies vus par Kengo Hanazawa

  1. Ma foi, ce seinen m’a l’air fort sympathique ! Et perso, je trouve que le trait est plutôt beau, ça change un peu on va dire. Tu prends Amer Beton ou Ping Pong, la mise en scène est exceptionnelle et le trait un peu différent ;) Après pour Urasawa, c’est un peu obligé compte tenu du succès qu’ont eu ses oeuvres, c’est un peu comme bon nombre de mangaka qui ont été influencé par Araki, voilà… Bon article !

    1. Oui, c’est vrai que les dessins de Matsumoto sont un peu spéciaux, mais perso j’adore ! Là, c’est bien plus « classique » graphiquement parlant, mais la mise en scène rend ce manga unique.
      Merci ! :)

  2. Coeluli

    Je suis un gros mangeur de manga horrifique, sans pour autant en avoir jamais été effrayé… ou du moins était-ce le cas avant que je ne lise le premier volume d’I am a hero et ses quelques dernières pages qui m’ont VRAIMENT (non, je ne cris pas, j’insiste) fais flipper. Un manga passionnant qui revisite le mythe du zombie, ou du moins sa narration et sa mise en scène, à lire. Et un sympathique billet :-)

  3. Putain tous les tomes ne sont pas sortis ! Je viens de finir le tome 13 et j’en peux plus, je veux savoir la suite. C’est mon premier manga d’horreur et malgré un début difficile (jusqu’à la rencontre de la gamine, j’ai eu du mal) la suite est une tuerie. J’ai découvert un univers où la relation avec les zombies est complètement différente des modèles traditionnels. Le zombie n’est pas perçu comme un mort-vivant mais plutôt comme un mort-malade, et encore pas tous les zombies.

    Je me disais que Meloku était un taré qui lisait des mangas horribles pour extérioriser ses pulsions, mais peut-être pas en fait… Les mangas d’horreurs sont peut-être cool aussi !? Non cette seconde hypothèse n’est sûrement pas la bonne, je vais rester sur la première ;)

    Merci en tout cas de m’avoir fait connaître !

    1. Mais je ne suis pas taré (enfin je crois)(je n’égorge pas de chat)(enfin parfois).

      En tout cas content que ça te plaise au final, j’avais un peur avec tes premiers avis. Et ouais, vivement la suite !

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