Dai Dark : un ovni d’humour et d’horreur

Après avoir agité la planète manga pendant 18 ans et 23 volumes avec Dorohedoro, Q Hayashida est de retour en nous proposant une nouvelle série. Un ovni d’humour et d’horreur appelé Dai Dark, qu’elle publie depuis 2019 dans le magazine Gessan. En France, ce sont les éditions Soleil qui publient ce shônen manga qui ne ressemble décidemment à aucun autre. 

Cette fois-ci Q Hayashida nous amène dans l’espace pour nous livrer une comédie horrifique de science-fiction. On suit dans Dai Dark les aventures spatiales des quatre fléaux, et surtout de Sanko Zaha. Le jeune homme n’est pas comme les autres puisque ses os auraient la faculté d’exaucer n’importe quel vœu. C’est pour cette raison que tout le monde souhaite sa mort, sauf Avakian, son énigmatique et bien pratique Sakadoh.

L’autrice nous plonge au cœur d’un récit décousu au rythme de ses pérégrinations scénaristiques faites de bonds dans le temps, de recettes de cuisine, de massacres sanglants et autres délires farfelus issus de son imagination sans borne. Mais il y a tout de même une trame principale dans cette série comme le rassemblement des quatre fléaux, la lutte contre une entreprise dominant l’univers nommée Photoforce, les mystères qui entourent Sanko et la raison pour laquelle il est pourchassé ou encore le lien entre le protagoniste et Avakian. C’est du grand n’importe quoi, le manga part dans tous les sens et pourtant Q Hayashida arrive à créer un manga cohérent et passionnant avec une recette dont elle a le secret puisque c’était déjà le cas dans Dorohedoro

D’ailleurs Dai Dark ressemble à son prédécesseur sur bien des aspects, notamment dans le fait que les personnages portent des masques terrifiants ou alors avec Sanko qui a des faux airs de Shin de Dorohedoro tout en étant un adolescent. Il y a une dualité entre son attitude insouciante et enfantine d’un côté et son air de psychopathe de l’autre. Sa tête d’ange peut très vite faire flipper, on ressent son envie de meurtre dès que la tension monte d’un cran. Et le désir devient souvent réalité car Sanko récolte les os des gens qu’il tue avec sa hache. L’effet visuel est saisissant puisque la chair de ses victimes se dissout pour laisser place à leur squelette. Dai Dark est donc un manga macabre, où la mort est partout, d’autant plus qu’elle est personnifiée par Death, l’un des quatre fléaux et compagnon de voyage de Sanko.

À l’image du ton du manga, le dessin est sale. Il rappelle Jirô Matsumoto pour le rendu crade par le trait volontairement brouillon ainsi que le côté dystopique de l’univers et Tsumotu Nihei pour les décors de science-fiction qui semblent organiques. Pour créer un tel environnement, Q Hayashida passe outre l’uniformité du dessin en mélangeant différents outils de travail comme le feutre et le crayon qui s’entremêlent pour rendre ses créations informes. Le monde pensé par l’autrice rend mal à l’aise, il ne fait pas bon d’y vivre, il a tout d’un affreux cauchemar. Si cela passe par le dessin, c’est aussi accentué par la mythologie qu’elle crée dans laquelle on retrouve un monde dans un trou noir, une entreprise géante dont la domination capitaliste est morbide ou encore des sandwichs aux spaghetti boulettes dont Sanko raffole. Et pourtant les personnages s’y sentent bien, c’est chez eux. C’est ce qui crée un décalage amusant dans son manga, comme c’était déjà le cas dans Dorohedoro

Globalement, les fans de l’autrice ne seront donc pas dépaysés avec Dai Dark, alors que les nouveaux découvriront un manga comme ils n’en ont jamais lu auparavant. À la fois glauque et drôle, mignonne et morbide, cette série est un nouvel ovni sorti de l’inquiétante imagination de Q Hayashida. Si la patte de l’autrice se ressent sans aucun mal, elle parvient toutefois à mettre de côté l’univers de Dorohedoro qui a fait son succès pour proposer une nouvelle aventure. Elle troque la magie et les démons pour s’intéresser à l’espace, et surtout elle crée de nouveaux personnages tout aussi attachants et charismatiques que leurs prédécesseurs de Dorohedoro. L’attrait pour les acteurs de sa monstrueuse comédie est d’ailleurs l’un des points forts du manga tant la sincérité de l’amour que l’autrice porte à ses créations se ressent à la lecture et est facilement contagieuse.

Q Hayashida est définitivement une figure incontournable du monde du manga. Un talent hors norme de ce média qu’il convient de découvrir si vous souhaitez en entrevoir les plus extrêmes limites. Dans sa nouvelle série, son goût pour le chaos est transcrit à travers le fond avec son ton déjanté et glauque, ses scènes de massacre, ses constructions informes mais aussi par l’intermédiaire de la forme grâce à ses dessins désordonnés et ses divagations scénaristiques. La lecture de Dai Dark s’impose donc comme une nécessité absolue pour peu que l’on accepte de se faire trimbaler dans l’imagination délirante et complètement déjantée de sa géniale autrice.

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